Pire que l’inflation, la "Shrinkflation"

Diminuer la quantité, c’est moins voyant qu’une hausse de prix.

Le renchérissement des matières premières, conjugué notamment à la reprise de l’activité économique et aux contraintes d’approvisionnement, continue d’exercer une forte pression sur les prix à la consommation. Hausse des prix qui revient en vogue avec la poussée inflationniste post-pandémie.

Poussée inflationniste qui ne va pas sans avoir d’impact négatif sur le pouvoir d’achat des consommateurs aussi bien chez nous qu’ailleurs dans les quatre coins du monde. Mais les choses ne vont pas s’arrêter là, car il y a pire que l’inflation, la «shrinkflation», un autre mot bizarre qui vient s’ajouter au palmarès de tout ce qui tourne autour de la variation des prix, à la hausse ou à la baisse. Baisse qu’on qualifie de déflation.

Une tendance aussi inquiétante que l’inflation. Mais ce qui change avec la «shrinkflation», c’est qu’au lieu d’agir sur la variation des prix à la hausse, on joue sur l’ajustement des quantités. Ainsi, selon Edgar Dworsky, un grand prêtre du phénomène, qu’il suit depuis un quart de siècle, tout en gardant le prix d’un produit identique, on fait payer plus cher discrètement les consommateurs. Encore une autre astuce sortie du sac à merveilles des spécialistes du marketing. Pour qui, l’essentiel est de vendre.

L’essentiel est de faire acheter le client. Peu importe si l’achat répond à un besoin réel. C’est à ce prix que le système capitaliste continue à régner, aujourd’hui plus qu’hier. Un système dont le but n’est pas de produire pour répondre à des besoins réels croissants, mais de produire plus pour vendre plus.

Le profit est à ce prix.
Or, comme il n’est pas toujours souhaitable d’augmenter les prix pour réaliser plus de profit, les entreprises ont trouvé le moins de vendre aux consommateurs des produits au même prix, mais en mettant moins de produit. C’est le moyen utilisé traditionnellement, notamment, dans l’agroalimentaire, de masquer la hausse des prix. Face à ce subterfuge, le consommateur, l’oeil rivé sur le prix, est souvent désarmé pour faire toujours attention au calibrage des produits qu’il achète.

«C’est plus insidieux parce que diminuer la taille, c’est moins voyant qu’une hausse de prix», explique à l’AFP Jonathan Khoo, concepteur de logiciel en Oregon. «C’est le délai entre l’achat et le moment où vous vous rendez compte que vous vous êtes fait avoir qui rend la manoeuvre pire» qu’une hausse de prix. Ce sentiment d’arnaque vient du fait que la plupart des consommateurs ont confusément l’idée que les quantités sont normées, réglementées, ce qui n’est pas le cas, à de rares exceptions près.

Comme on fait l’hypothèse que le poids est fixe, on ne le regarde pas. «Pour moi, c’est clairement un problème», affirme Jonathan Khoo, «mais j’ai aussi l’impression qu’en tant que consommateurs, on n’est pas entendus, (...) qu’il n’y a rien à faire.» Les entreprises font ça parce que les consommateurs ont un prix en tête pour tel ou tel article, basé sur des années d’expérience.