Le phénomène migratoire est aussi un produit marocain


Le tribut de la mal-gouvernance


Nous ne sommes pas encore quittes avec les drames en haute mer de l’immigration illégale sur des rafiots de récupération. De jeunes Marocains, dans la force de l’âge, tentent toujours le grand départ au péril de leur vie. Pourquoi?

Le flux migratoire, dans ses aspects multiples, semble irrémédiablement collé aux faits économiques et sociaux du Maroc. Chaque événement à caractère humanitaire ou judiciaire nous rappelle à la bonne souvenance que ce phénomène est une partie intégrante d’une réalité qui est la nôtre et dont on ne peut faire l’économie en la regardant sans la voir.

Le samedi 8 septembre 2018, la Marine royale a arraisonné une embarcation de fortune qui tanguait dangereusement au large de Casablanca, transportant 19 candidats nationaux à l’émigration clandestine. Il ne s’agissait pas uniquement de les mettre à l’abri de la houle d’une mer déjà formée; mais d’abord de les sauver, car leur chaloupe commençait à prendre l’eau. Ce sont les familles qui ont alerté les garde-côtes sur une noyade de leurs proches.

Mésaventures suicidaires
Cette aventure que l’on peut qualifier de happy-end puisqu’il n’y a pas eu mort d’hommes, n’est pas isolée par les temps où ce genre de mésaventures suicidaires a pris des dimensions planétaires et s’est du coup banalisé. Le Maroc n’y a pas échappé.
Récemment, des statistiques officielles ont révélé que pas moins de 54 mille Subsahariens dont beaucoup de Marocains ont été empêchés de rallier les côtes européennes, durant ces neufs derniers mois, avec une préférence pour l’Espagne, l’Italie ou la Grèce. De même que 74 réseaux de ce commerce d’êtres humains ont été démantelés. Tout un arsenal de matériel utilisé pour ce genre de trafic a été saisi.

Il est vrai que les zones tampons entre le Nord et le Sud de la planète sont les plus touchées par ce flux migratoire quasiment sans précédent dans son genre. Géographiquement, le Maroc est dans l’une de ces zones. Mais est-il pour autant dans cette dualité systémique des mêmes causes qui produisent les mêmes effets? On peut dire, valeur aujourd’hui, que nous avons appris à gérer l’élément sécuritaire. Le Maroc ne vit pas au rythme d’actes terroristes ravageurs. Il y règne même une quiétude bon enfant très attractive pour les touristes.

Chômage structurel
Pourquoi alors des Marocains n’ont qu’une idée fixe en tête, quitter le pays par tous les moyens imaginables, souvent au péril de leur vie? À chaque épisode de ce feuilleton mortifère, nous semblons surpris, ou presque, par un mouvement qui ne concernerait que les autres. On est bel et bien dedans. Reste à savoir pourquoi. Il faut bien une raison suffisante pour faire pareil saut vers l’inconnu! Le mot clé de cette situation est précisément un ras le bol d’une vie qui semble figée; définitivement programmée pour que rien ne se produise à même de donner espoir d’un lendemain meilleur. Les problèmes majeurs qui minent la société ne s’évaporent pas. Ils s’accumulent, comme pour dire je vous attends au tournant.

Aveu de faiblesse
À la base de cet amoncellement, la courbe ascendante du chômage que rien n’infléchit, encore moins de l’endiguer. Un chômage structurel qui se renforce toujours un peu plus, aussi longtemps qu’un système d’enseignement- formation le nourrit régulièrement. Ceux qui n’en attendent plus rien ont toutes les raisons d’enfourcher un rêve qui ne mène à rien d’autre qu’à un suicide annoncé.

En face, un gouvernement qui supporterait tous les qualificatifs sauf celui d’innovant ou de productif. À chacune des apparitions de son chef, Saâd Eddine El Othmani, à la télé, au parlement ou devant les siens du PJD, il semble complètement empêtré dans un dédoublement sans fin entre savoir- être et savoir-faire. Bref, un faisant fonction peu ou pas convaincant dans ses promesses de foi, en guise de programme.

À l’évidence, il serait illusoire de prendre ce gouvernement pour la bonne adresse en mesure de réaliser un redressement économique salvateur. Dans ce domaine, plus que dans d’autres, rien n’indique un éventuel renversement prometteur d’une croissance économique forte et durable. Pas même la commission mixte, patronat-gouvernement, créée et présentée au public le vendredi 6 septembre 2018. Sans préjuger de son fonctionnement et de ses résultats, elle aura reçu en héritage un lestage difficile à évacuer.

D’ailleurs, il est souvent dit que le meilleur moyen d’enterrer un problème c’est de créer une commission. Au final, la mère des questions n’a pas varié; quelle alternative pour un jeune Marocain dans la force de l’âge, rêver sur place ou tenter le grand voyage vers un rêve improbable?.

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