Peut-on encore croire au FMI ?

A L’ORIGINE DES ÉMEUTES DE 1981 AU MAROC

D’après plusieurs économistes, les recommandations du FMI ont aggravé la pauvreté, les dettes et engendré une inégale répartition des fruits de la croissance dans les pays en développement.

Créé en juillet 1944, le Fonds monétaire international (FMI) n’a pas été exempt de critiques. Des piques émanant de nombreux économistes qui estiment que ses recommandations ont aggravé la pauvreté et les dettes des pays en développement. Ils pointent du doigt ses statuts exigent que l’octroi d’un prêt soit conditionné par la mise en oeuvre de programmes d’ajustement économique.

Selon eux, il préconise globalement les mêmes recommandations économiques sans tenir en compte les réalités structurelles de chaque pays. Certains le qualifient même de «pompier pyromane», puisque ses interventions pourraient dissuader des investisseurs internationaux.

Ses interventions, particulièrement en Afrique, par l’entremise de ses fameux plans d’ajustements structurels, ont souvent provoqué des drames. Les émeutes de la faim de 1981 au Maroc sont un cas d’école. En demandant au gouvernement marocain de réduire considérablement les subventions accordées aux produits alimentaires, le FMI a mis le feu aux poudres. Tout s’accélère.

En juin 1981, l’État décrète une hausse de 50% du prix de la farine, tout en demandant aux boulangers de ne pas augmenter le prix du pain. Ces derniers refusent et entament une grève générale à partir du 20 juin, sous la houlette de la Confédération démocratique du travail (CDT), pour annuler cette hausse. Des milliers de jeunes manifestent dans plusieurs villes, notamment à Casablanca, pour dénoncer cette cherté. Des rassemblements violemment réprimés et qui avaient fait 114 morts, selon le bilan officiel. Face à cette grogne populaire grandissante, le gouvernement avait décidé de surseoir temporairement à son plan d’austérité.

Nouveaux indicateurs
La crise asiatique de 1997 a également mis à nu les limites du FMI. Il avait imposé à ces pays la suppression de tous les dispositifs d’intervention étatiques qui avaient pourtant stimulé la croissance de leurs économies, avant de reconnaitre plus tard qu’elles n’étaient nullement un facteur néfaste dans cette crise. Un point qui a d’ailleurs été soulevé par l’économiste américain Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie en 2001 dans son livre «La Grande Désillusion», publié en 2002.

Un ouvrage dans lequel il critique le «consensus de Washington » de l’institution financière, un programme qui exige des pays emprunteurs une plus grande ouverture aux capitaux étrangers et au commerce mondial de biens et services, la privatisation des entreprises publiques ainsi que l’austérité budgétaire. D’après l’ancien chef économiste de la Banque mondiale, tous les pays qui ont appliqué ses directives ont connu un développement lent et les bénéfices de la croissance y ont été inégalement partagés.

Ces nombreuses critiques ont poussé le FMI à revoir sa copie. Outre les axes liés aux politiques macroéconomiques, il a décidé de prendre en compte les besoins spécifiques des pays dans lesquels il intervient, notamment les aspects «macrosociaux» ayant trait à l’emploi et à la croissance, dans la conception de ses programmes. L’institution de Bretton Woods souhaite aussi faire preuve de souplesse sur les questions liées aux réformes structurelles qui modifient les grands pans de l’économie d’un pays. Suffisant pour rassurer ses détracteurs? Pas sûr.