PEUR ET CONFUSION AU SERVICE DU CONFINEMENT

CES CHIFFRES QUI NE TROMPENT PAS !

Le gouvernement a-t-il caché la vérité? En tout cas, il n’a pas respecté ses engagements et sa promesse faits aux Marocains. Il a même manipulé ces derniers. Par les chiffres, bien sûr.

Le hasard fait parfois bien les choses. Et souvent, il fait plus que la science. C’est le cas de le dire concernant les chiffres avancés par le ministère de la Santé depuis l’apparition des premiers cas de contamination au coronavirus au Maroc jusqu’à ce jour et sur lesquels le Chef du gouvernement s’appuie pour convaincre tant bien que mal des Marocains désabusés et fatigués d’être enfermés entre quatre murs de la nécessité de jouer la prolongation. Des chiffres qui ne trompent pas !

Dans son discours devant le Parlement, le 10 juin 2020, M. El Othmani évoque de nouveau, brièvement cette fois, les fameux indicateurs dont son ministre de la Santé et lui-même s’étayent pour décréter une prolongation de l’état d’urgence sanitaire et du confinement. Il souligne qu’ils sont très encourageants. Sur les cas de contamination, 2,5% seulement nécessitent un suivi et les cas de réanimation occupent moins de 1% la capacité des établissements de santé, alors que la norme de l’OMS est de 4%. Même quand le Maroc a atteint le pic des contaminations, ce taux ne dépassait pas les 2%. Pourquoi donc faire durer et endurer le confinement au détriment d’une économie qui s’effondre et de couches entières qui se paupérisent davantage?

Devant les deux chambres du Parlement, le 18 mai, M. El Othmani promet la levée du confinement si ces indicateurs atteignent des seuils confortables. Comme par exemple un taux de reproduction à 0,7%. Il a été déjà atteint. Pourquoi alors le confinement? Ces chiffres témoignent, certes, que le Maroc a bien su relever le défi, en préservant sa souveraineté concernant l’autosuffisance en produits et matériel de prévention sanitaire et en gestion sanitaire de la pandémie, grâce notamment à la vision clairvoyante et proactive du Roi Mohammed VI.

Mais ils dissimulent difficilement une autre réalité. Le gouvernement a-t-il caché la vérité? En tout cas, il n’a pas respecté ses engagements et sa promesse faits aux Marocains. Il a même manipulé ces derniers. Par les chiffres, bien sûr. Comment? C’est simple. Commençons par la fin pour remonter un peu dans le temps, quelques semaines auparavant. Le lendemain et le surlendemain de la décision de prolongation de l’état d’urgence sanitaire et du confinement dans les grandes villes du Royaume, comme par magie, les chiffres de contamination ont emprunté de nouveau la pente descendante. 71 nouveaux cas en 24h, puis 29.

Huit jours auparavant, observons ce qui s’est passé: le 3 juin, 56 nouveaux cas et 456 guérisons en 24h, le 2 juin, 33 nouveaux cas et 517 nouvelles guérisons, le 4 juin, 81 cas et 329 rémissions, le 5 juin, 68 cas et 73 rémissions, le 6 juin, 80 cas et 47 guérisons, le 7 juin, 73 cas et 49 rémissions, le 8 juin, 78 cas et 44 guérisons, le 9 juin, 135 cas et 85 rémissions, et le 10 juin, 71 cas et 72 rémissions, puis le 11 juin 29 cas et 18 nouvelles guérisons. Rien à signaler? Même constat entre le début et la fin (4 à 5 jours avant la fin de l’étape) de la première phase et de la deuxième phase du confinement. Ces deux taux ont servi le gouvernement pour semer la peur qu’un nouveau pic est possible. Et à force du matraquage télévisuel, le tour est bien joué. “Encore ces indisciplinés qui faussent la donne toujours à la dernière minute”. Si vous n’avez pas dit cette phrase un de ces jours, vous l’aurez certainement entendue, sur un ton amer et coléreux. C’est la théorie du complot. Evidemment. Sauf que les grands chercheurs en sociologie s’accordent à dire que cette théorie permet notamment de répondre à un besoin humain essentiel: celui de comprendre.

Pour les spécialistes, le confinement sert tout bonnement à éviter la surcharge des hopitaux et le dépassement de leur capacité de réanimation. Et au Maroc, sur ce registre, on est vraiment très loin du compte. Pourquoi donc le confinement? Et puis, qui croire, quand le Chef du gouvernement croit dur comme fer à l’OMS, ce qui l’a amené à se contredire moult fois: “Ce n’est pas une pandémie”, “C’est une pandémie”, “le port du masque est inutile”, “le port du masque est obligatoire et incontournable”…

Les chiffres ne trompent pas. Leur manipulation trompe. Et quand le Chef du gouvernement, dont la voix trahissait sa confiance en lui au Parlement, n’était pas vraiment luimême convaincu, il a délégué ses pouvoirs au ministre de l’Intérieur, sur un plan national, et aux walis et gouverneurs sur une échelle régionale et locale. C’est donc une lecture des chiffres un peu spéciale, plutôt sécuritaire, qui va désormais prévaloir. Et plus que jamais, personne n’y comprendra plus rien.


Laisser un commentaire

X

Télécharger le magazine Maroc Hebdo

Télécharger