Le pétrole ne vaut-il plus rien?

La cotation du baril de pétrole a connu une descente aux enfers lundi 20 avril 2020

Le marché du pétrole connaît de fortes chutes depuis des semaines alors que les restrictions de déplacements et la paralysie de l’économie, notamment pour cause de Coronavirus, ont fait fondre la demande.

Personne ne veut acheter de pétrole à court terme, et certains sont prêts à le vendre à perte car ils n’ont nulle part où le stocker. Si cet effondrement illustre les incertitudes liées au coronavirus, il ne signifie pas pour autant que l’or noir ne vaut plus rien. Reprenons les faits depuis le début de cette baisse historique des cours du pétrole.

New York, lundi 20 avril 2020, le baril WTI (West Texas Intermediate, un type de brut léger) pour livraison en mai a, d’abord, enregistré une baisse record, sous les 10 dollars, puis 5, puis 2, pour tomber à 1 cent et poursuivre sa chute sous le seuil de 0 dollar, -37,63 dollars, son plus bas niveau jamais enregistré. Et, tandis que le WTI évoluait toujours en terrain négatif, le baril de Brent de la mer du Nord, lui, est tombé mardi sous les 20 dollars, son plus bas niveau depuis décembre 2001, emporté par la chute de la demande en or noir et la pression qui s’exerce sur le stockage du brut. Vers 10h25 GMT, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en juin perdait 18,93% à 20,73 dollars à Londres, après avoir touché 18,10 dollars trois quarts d’heure plus tôt.

Les investisseurs ont cherché, alors, désespérément à se débarrasser de certains barils de pétrole américain dans un marché saturé et en étant prêts à payer pour trouver preneur. L’effondrement de lundi, expliquent les analystes, est aussi dû en partie à la saturation du dépôt pétrolier de Cushing, dans l’Oklahoma, un des plus importants des États-Unis. Mardi matin, on assistait à un léger rebond en Asie avec un retour près de zéro. Mai tout de suite, après cette légère accalmie, le prix du baril de pétrole est redevenu négatif mardi 21 avril. Vers 10 heures (heure de Paris), le baril de pétrole américain WTI pour livraison en mai et dont c’est le dernier jour de cotation, s’échangeait à -4,72 dollars, après avoir atteint -37,63 dollars lundi et être repassé au-dessus de zéro quelques heures après.

Des ventes à perte
Selon tous les analystes, cette baisse historique des cours de pétrole est provoquée par une chute de la demande et des capacités de stockage approchant de la saturation. Rappelons que, comme pour toute matière première stratégique, le marché pétrolier est fortement spéculatif. Ainsi, le pétrole, comme de nombreuses marchandises, peut s’acheter «comptant », pour des livraisons immédiates. Mais à New York, le brut est un produit spéculatif coté sur un marché «à terme»: On se met d’accord sur un prix aujourd’hui pour une livraison à une date ultérieure. Lundi, c’est le prix pour les livraisons de WTI du mois de mai qui s’est effondré de 300%, notamment car les contrats arrivent à échéances ce mardi. Et personne ne veut se trouver coincé avec des barils sur les bras en cette période. Selon certains analystes, «c’est la première fois de l’histoire qu’on a un cours négatif pour des livraisons du mois suivant. C’est extraordinaire».

Un baril à un prix négatif, cela signifie que les ventes se font à perte. «Ceux qui ont des positions pour des livraisons en mai sont prêts à payer n’importe qui pour s’en débarrasser car ils n’ont nulle part où stocker le brut», comme l’expliquent certains experts. Malgré son nom, un «baril n’est pas livré dans un bidon. La livraison et le stockage ont un coût qui explique le prix de vente négatif», disent-ils.

Donald Trump a indiqué lundi, que les États-Unis allaient profiter de la chute historique des prix du pétrole pour acheter 75 millions de barils afin de remplir la réserve stratégique des États-Unis. «Nous remplissons notre réserve stratégique de pétrole (…) et nous pensons mettre jusqu’à 75 millions de barils dans les réserves ellesmêmes, ce qui les remplirait», a dit le président lors de son point de presse quotidien consacré à la pandémie de Covid-19.

Le 13 mars déjà, le président américain avait déclaré qu’il avait l’intention de remplir à ras bord la réserve stratégique. Au 17 avril, elle contenait 635 millions de barils et la limite autorisée est actuellement de 713,5 millions de barils. Entreposée dans un complexe de quatre sites souterrains le long des côtes du golfe du Texas et de la Louisiane, dans le sud du pays, la réserve américaine a une capacité totale de stockage de 727 millions de barils.