LES BANQUES NATIONALES ET LEUR RÔLE CONSTRUCTIF DANS LE ROYAUME ET EN AFRIQUE

Petite histoire d’une grande réussite marocaine

L’Etat soutient ce secteur qui a longtemps supporté l’économie nationale, notamment à travers la contribution au financement de la dette publique intérieure, le cofinancement des investissements publics et l’accompagnement des grands projets structurants.


Cérémonie de signature du produit de dette subordonnée, en présence des patrons des banques.
Casablanca, le 5 mars 2024


Après Crédit du Maroc, c’est au tour d’une filiale d’une autre banque française, en l’occurrence Société Générale, d’être «marocanisée». Moulay Hafid Elalamy, homme d’affaire et ancien ministre de l’Industrie, se prépare à concrétiser l’acquisition par son groupe Saham des parts de Société Générale France (57%) dans Société Générale Maroc. Le montant estimé de la transaction est de 8 milliards de dirhams. En attendant l’annonce officielle en grande pompe, il faut savoir que cette opération succède à celle menée, en décembre 2022, par le groupe Holmarcom, présidé par Hassan Bensaleh, qui a racheté, à travers sa holding Holmarcom Finance Company (HFC) et sa filiale AtlantaSanad Assurance, la participation totale de Crédit Agricole S.A. (78,7%) dans Crédit du Maroc.

Fusion-absorption
Dans les deux opérations, ce sont des acteurs majeurs marocains qui se sont appropriés les participations des banques françaises dans leurs filiales marocaines. il s’agit de Saham et de Holmarcom. Ce mouvement de fusion-absorption est en vérité un mouvement de concentration qui vise à faire émerger un pôle financier national, un projet pieux de plus d’une vingtaine d’années. L’historique des rapprochements bancaires dans le Royaume a commencé en 1991 par l’absorption de la SBC (Société de banque et de crédit) par la BCM (Banque commerciale du Maroc). Cinq ans plus tard, il y a eu l’absorption d’UNIBAN (filiale d’une banque espagnole) par Wafabank. En 2001, cette dernière absorbe la BBVA, filiale marocaine de Banco Bilbao Viscay Argentaria. L’année 2002 a été marquée par le rachat de la SMDC (Société marocaine de dépôt et crédit) par la BCP (Banque centrale populaire). Et en 2003, la BMCI, filiale de BNP Paribas, a absorbé l’ABN AMRO Bank Maroc (filiale d’une grande banque hollandaise) tandis que la CDG a repris la BNDE (Banque nationale pour le développement économique).

L’esprit de cette grande opération de concentration dont les linéaments se précisent est de créer des banques nationales solides en termes de taille (fonds propres, nombre d’agences -réseau- clients). Aussi, les spécialistes de la finance d’entreprise savent pertinemment que le rachat d’une banque coûterait moins cher que la construction d’agences propres (une agence nécessite un investissement entre 3 à 10 millions de dirhams), sans compter ce que cela entraîne comme économies d’échelles. Créer des banques nationales avec des assises financières solides prémunit le secteur contre toute offensive de banques étrangères, fortes de leurs fonds propres colossaux et de leurs expertises indéniables.

Stratégie de regroupement
Par ces opérations de concentration et de «marocanisation», l’Etat soutient ce secteur qui a longtemps supporter l’économie nationale, notamment à travers la contribution au financement de la dette publique intérieure, le cofinancement des investissements publics et l’accompagnement des grands projets structurants. Surtout quand on sait que les bailleurs de fonds classiques et les banques étrangères préfèrent investir dans des projets privés dont la rentabilité financière est garantie. Les banques marocaines, elles, sont tout le temps sollicitées pour le financement des plans sectoriels, Génération Green, plan Maroc Vert, plan Emergence, plan Touristique, plan Energie... Le cas du Crédit agricole du Maroc (CAM) est très édifiant. Grâce à cette banque, que de fois les dettes des agriculteurs ont été supprimées ou rééchelonnées. La stratégie de développement agricole (Plan Maroc Vert puis Plan Génération Green) n’aurait jamais vu le jour sans l’appui financier de cette banque. Par ailleurs, la stratégie de regroupement et de concentration vise également à ce que les institutions bancaires et financières nationales investissent dans les plans colossaux de restructuration, de réformes, de développement et d’expansion des offices publics (OCP, ONEE, ONCF...).

Rôle capital
En outre, le secteur bancaire et financier marocain s’est adjugé un rôle prépondérant et capital dans la stratégie de coopération sud-sud du Maroc, initiée et pilotée par S.M. le Roi Mohammed VI. Il était, à n’en pas douter, le bras financier de la diplomatie économique du Royaume. Si en dix ans, le Maroc a investi près de 5 milliards de dollars en Afrique subsaharienne, se positionnant ainsi comme 2ème investisseur intra-africain et 1er investisseur en Afrique de l’Ouest, c’est grâce aux financements des banques marocaines comme Attijariwafa bank, Bank of Africa (ex-BMCE bank) et la Banque centrale populaire (BCP) qui ont créé des antennes dans ces pays. Ces trois grands groupes bancaires marocains font partie du Top 20 des plus grandes banques africaines (2023) publié par notre confrère «Jeune Afrique». Attijariwafa bank se positionne en tête du peloton à la 9e place continentale, la Banque Centrale Populaire (BCP) au 19e rang, et BMCE Bank of Africa à la 20e place. Pour ne citer que cet exemple, en Afrique de l’Ouest, les banques marocaines représentent près de 20% de l’activité bancaire totale. Leur présence rassure quant à l’aboutissement d’un projet d’envergure comme celui de l’accès des pays du Sahel à l’Atlantique, annoncé par S.M. le Roi.

Ces grandes banques ont également des filiales à l’international, notamment en Europe, venant en soutien aux Marocains du monde et à leurs projets d’investissement dans les pays d’accueil ou au bled. Concernant les compagnies d’assurance, certaines se sont illustrées dans le continent africain. Il s’agit de Wafa Assurance, la Royale Marocaine d’Assurance, la Mutuelle Attamine Chaabi, Sanlam (ex- Saham) Assurance Maroc et Atlanta Sanad Assurance.

A travers leurs engagements dans divers domaines en Afrique, les banques marocaines ont renforcé l’intégration régionale sur le continent. Elles investissent dans des projets d’infrastructures, notamment dans les domaines de l’électricité, de l’énergie verte, du transport, de la mobilité et de la logistique… Cette stratégie a permis aux opérateurs marocains dans les télécommunications, l’industrie, les énergies, la santé et le bâtiment d’étendre leurs présence dans le continent et de renforcer, par conséquent, le leadership du Royaume en Afrique en matière d’investissement. Que ce soit sur le plan national ou à l’échelle régionale, les banques marocaines soutiennent encore la croissance des petites et moyennes entreprises (PME) et des grandes entreprises, favorisant l’industrialisation, la création d’emplois et la compétitivité du «made in morocco» et du «made in africa».

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