Les perspectives de croissance sont-elles compromises ?


L’extrême volatilité de la production agricole due à des chocs climatiques de plus en plus fréquents conditionne en grande partie l’évolution de la croissance économique.

Malgré l’amélioration de la perception des opérateurs économiques opérant dans différents secteurs d’activité de l’économie, entre le dernier trimestre 2022 et le 1er trimestre de l’année 2023, les perspectives de croissance de l’économie marocaine pour l’année 2023 semblent compromises. En cause : l’extrême volatilité de la production agricole due à des chocs climatiques de plus en plus fréquents qui conditionne en grande partie cette évolution. En effet, ces prévisions de croissance seront certainement revues à la baisse dans un contexte de baisse chronique des précipitations, surtout lors des deux derniers mois. De tels chocs du côté de l’offre agricole risquent d’hypothéquer l’élan de la croissance globale et se répercuter négativement sur les autres secteurs de l’économie, comme ce fut le cas l’année dernière.


N’est-il pas utile, alors, de rappeler que durant l’année 2022, la campagne agricole a été extraordinairement sèche, entraînant une forte baisse des cultures pluviales et un volume inquiétant des réserves d’eau qui menace l’agriculture irriguée, et potentiellement d’autres secteurs de l’économie. Deuxièmement, comme dans une grande partie du monde, la guerre en Ukraine, la montée des tensions géopolitiques et la reconfiguration des chaînes de valeur mondiales ont entraîné une poussée inflationniste tirée par l’offre, avec une croissance annuelle de l’indice des prix à la consommation (IPC) atteignant son pic de 8,3% vers la fin de 2022. Enfin, malgré la résilience des recettes des Marocains résidents à l’étranger (MRE), des exportations de biens et l’amélioration rapide des recettes touristiques, le choc des prix des matières premières a affecté la balance des paiements.

Risques élevés
Cela n’a pas manqué, d’ailleurs, d’entraîner une décélération rapide de l’activité économique, avec d’importantes répercussions sur le bien-être. La croissance du PIB réel a, en effet, chuté de 7,9 % en 2021 à environ 1,2 % en 2022, tandis que le déficit du compte courant s’est creusé de 2,3 à 4,1 % du PIB. L’extrême volatilité de la production agricole due à des chocs climatiques de plus en plus fréquents explique environ la moitié de cette décélération. Les enquêtes de confiance du HCP montrent que le bien- être subjectif de la population a nettement diminué, tombant en dessous des niveaux observés même pendant les mois les plus difficiles de la pandémie de COVID-19. En outre, et principalement en raison de la sécheresse, plus de deux cent mille emplois ont été perdus dans le milieu rural, où réside la plupart des ménages pauvres marocains. En revanche, le marché du travail a mieux résisté dans le milieu urbain.

Certes, selon « le rapport de suivi de la situation économique du Maroc », récemment publié par la Banque mondiale, « la croissance économique devrait s’accélérer à 3,1 % en 2023 ». Néanmoins, « les risques restent élevés », nous préviennent ses experts. En effet, en 2023, l’économie marocaine continuera de faire face à un environnement international défavorable, notamment la décélération de la croissance attendue de ses principaux partenaires commerciaux de la zone euro, voire une récession dans les premiers mois de l’année.

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