Les personnels soignants grands victimes du Covid-19

AGRESSIONS, MANQUE D’EFFECTIFS, MANQUE DE RECONNAISSANCE…

Alors que la pandémie du Covid-19 exerce une pression insoutenable sur la population, les personnels soignants se retrouvent en première ligne. De plus en plus exposés à différents risques, ils attendent des mesures fortes pour améliorer leur situation.

Rouée de violents coups de pieds, la tête frappée contre le mur, puis traînée par les cheveux dans les couloirs de l’hôpital Hassan- II de Dakhla. Imane a vécu, le 22 octobre 2021, des moments effroyables qui la marqueront à jamais. Sauvagement prise à partie par le fils d’un patient admis dans cet établissement pour être traité des complications Covid- 19, la jeune infirmière est loin d’être un cas isolé.

Khalid Aït Taleb a d’ailleurs réagi quatre jours après l’agression, qui a fait le tour de la toile, tentant de montrer que l’intransigeance et la fermeté seront désormais les mots d’ordre pour réagir à ce genre d’incidents. Dans un circulaire adressé aux différents hauts responsables du secteur, le ministre de la Santé a appelé à “engager des poursuites judiciaires dans le cas d’actes de violence visant les fonctionnaires de ce département lors de l’accomplissement de leurs fonctions, parallèlement au renforcement des mesures de prévention et d’accompagnement”.

Situation tendue
Une mesure qui aurait pu être prise bien avant. Car depuis le début de la crise provoquée par la pandémie du Covid-19, le système de santé national, de base, très fragile et en manque de moyens, se retrouve sous une forte pression supplémentaire. Au coeur de cette tension, le personnel de la santé, qui se retrouve souvent directement face à face avec des citoyens désespérés et anéantis par les effets de la crise actuelle.

Résultat, d’autres médecins et infirmiers agressés dans des conditions quasiment similaires à celle de Dakhla. “Notre secteur est de loin le plus affecté par la pandémie. Nous sommes à bout de souffle. Les personnels ont été privés de leurs congés pendant un an. Certains ont été mutés en urgence pour répondre aux exigences exceptionnelles de la pandémie sur tout le territoire”, regrette Habib Kerroum, président de l’Association marocaine des sciences infirmières et des technologies de la santé. Celui-ci assure que les agressions contre les personnels soignants n’est qu’un problème parmi tant d’autres que le Covid-19 ne fait que remettre au devant de la scène.

“Cela fait plus de huit mois que j’attends la deuxième tranche de ma prime Covid-19. Déjà que la première est arrivée après une longue attente, mais alors là ça devient juste insupportable”, nous confie Salma, 30 ans, infirmière exerçant à Rabat. Annoncée en août 2020 par le département de tutelle, la première tranche des indemnités exceptionnelles pour le personnel soignant n’a été versée qu’en début 2021 après plusieurs spéculations sur la date fatidique.

Un brin de reconnaissance
Les sommes versées par tranche oscillent entre 2.500 et 6.000 dirhams, selon la nature du poste (médecin, pharmacien, infirmier et technicien de santé, administratif et technique). “Si on la divise par le nombre de jours travaillés durant la pandémie, on se rend compte que c’est assez faible comme indemnités”, soupire Salma.

La deuxième tranche, initialement prévue pour 2021, est toujours en standby. “Mais l’argent n’est pas tout”, rétorque Ayoub, jeune médecin qui était très actif dans les mouvements de contestation qui secouaient, il y a quelques années, des facultés de médecine marocaines. Pour lui, les pouvoirs publics doivent en premier lieu se pencher sur le déficit en matière de personnel.

En août 2021, Khalid Aït Taleb avouait au Parlement que le Maroc a besoin de près de 97.566 professionnels de santé supplémentaires, à raison de 32.522 médecins et 65.044 infirmiers, pour combler ce déficit et atteindre les standards de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Celle-ci recommande un minimum de 23 médecins par 10.000 habitants, alors que le Royaume affiche un faible ratio d’un peu plus de 7 médecins par 10.000 habitants. À titre de comparaison, l’Algérie et la Tunisie disposent de 12 médecins par 10.000 habitants.

Les réponses du nouvel exécutif
L’une des réponses apportées par l’ancien gouvernement implique l’ouverture des professions de santé à des praticiens étrangers, comme prévu dans la loi 131.13. Celle-ci est d’ailleurs évoquée dans les déclarations du nouvel Exécutif lors de présentation du volet relatif au secteur de la santé contenues dans le Projet de loi de finances (PLF) pour l’année 2022.

Ce dernier se veut ambitieux en faisant passer le budget alloué au secteur à 23,3 milliards de dirhams, soit 3,3 milliards de plus qu’en 2021, avec à la clé près de 5.500 postes budgétaires. “Pas du tout suffisant pour combler le déficit du personnel, ni pour répondre aux nombreux dossiers revendicatifs des différentes catégories professionnelles du secteur, dont notamment les médecins, les infirmiers, les assistants de santé”, se désole Habib Kerroum.

Articles similaires