Le personnel de santé, ces soldats abandonnés

LUTTE ANTI-COVID

Dans la lutte contre le Covid-19, le personnel de santé, les médecins en particulier, souffrent depuis 8 mois dans le silence et face à un manque de reconnaissance de la part du ministère de tutelle et du gouvernement.

Les médecins du secteur public, comme ceux du privé, sont en colère. Ces soldats au front, depuis mars 2020, dans la guerre contre le Covid-19, se sentent de plus en plus délaissés par le ministère de tutelle et le gouvernement. Des conditions de travail lamentables, des moyens humains et matériels insuffisants, et ce malgré les milliards de dirhams mobilisés par le Fonds spécial de lutte contre le Covid-19.

Ajoutés à cela l’énorme stress et pression subis au quotidien, beaucoup de personnels de santé ayant manifesté des troubles liés au burn-out, sont aujourd’hui effondrés psychologiquement. Face aux risques liés à cette crise, plusieurs d’entre eux ont été contaminés par le Covid-19 et les annonces de décès de médecins deviennent de plus en plus courantes dernièrement. Face à cette situation calamiteuse, le gouvernement a fait preuve d’une grande absence de reconnaissance envers ce corps de métier, pourtant vital pour la survie du pays en cette grave période. Des propositions d’indemnités en faveur du personnel de santé du secteur public ont été récemment formulées par le ministre de la Santé, des indemnités extrêmement et ironiquement dérisoires.

Absence de reconnaissance
«Ce gouvernement nous a manqué de respect en opérant des ponctions de salaires au début de la crise pour renflouer le fonds spécial de lutte contre le Covid-19 et nous a abandonnés à notre sort lors de cette guerre. Aucune coordination, aucune anticipation. Le ministère de tutelle ne fait que réagir lorsque le mal est déjà fait. Nous n’en pouvons plus», nous confie, avec amertume, un médecin au Centre hospitalier universitaire Ibn Rochd de Casablanca.

Du côté du privé, ils ont été plus de 12.000 à être mobilisés dans cette guerre anti-Covid. Eux aussi souffrent des mêmes maux que leurs confrères du public, à une exception près. Ils ne bénéficient ni de couverture médicale, ni sociale, ni de retraite. «La loi 98-15 relative au système de l’assurance maladie obligatoire (…) destiné aux professionnels, travailleurs indépendants et non-salariés exerçant des activités privées a été publiée dans le bulletin officiel du 5 avril 2018. Depuis, rien n’a été fait par le gouvernement pour appliquer cette loi. Plusieurs de nos collègues sont décédés sans soutien de l’Etat. C’est inadmissible», regrette Saâd Agoumi, président-fondateur du Collège syndical national des médecins spécialistes privés.

Le Syndicat national des médecins du secteur libéral du Maroc est également monté au créneau pour dénoncer les conditions de travail insoutenables, les multiples contraintes que rencontrent les médecins libéraux et l’absence de soutien du ministre de la Santé, Khalid Aït Taleb. Ceci alors que ce dernier leur a demandé de venir en renfort pour remédier à la saturation des hôpitaux publics. Un appel auxquels ils ont répondu, même si certains se sont enrichis grâce au Covid-19, facturant des consultations de quelques minutes à plus de 1.200 dirhams, mais plusieurs souffrent en silence, d’autres sont malheureusement décédés, dans l’oubli.


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