Comment la pénurie d’eau à Agadir aurait pu être évitée

STRESS HYDRIQUE

Le Maroc connaît actuellement un énorme déficit en ressources hydriques. Plusieurs régions souffrent de ce manque de ressources en eau, en particulier Souss Massa. Une région qui connaît actuellement l’une de ses pires crises de stress hydrique. Comment en est-elle arrivée là ?

La sécheresse ne serait pas la seule cause du stress hydrique dont souffre le Maroc. La mauvaise gouvernance du secteur de l’eau en est l’une des principales raisons. Ajouter à cela, les conséquences néfastes des calculs politiciens observés ces dernières années. On se souvient encore du bras de fer entre le PJD et le PPS sur le secrétariat d’Etat chargé de l’eau.

La victime de cette mauvaise gestion de la chose publique est finalement le citoyen. Les Gadiris le vivent depuis le 3 octobre. Ce jour-là, la Régie autonome multi-services d'Agadir (Ramsa) a décidé des coupures quotidiennes d'eau de 22h à 5h30. Ces coupures concernent les communes d’Agadir, Dchira, Inzegane, Aït Melloul, Aourir, Drarga et la station balnéaire de Taghazout. Pourtant, cette décision aurait pu être évitée, nous confie une source locale ayant requis l’anonymat, si le chantier de la station de dessalement de l’eau de mer d’Agadir n’avait pas accusé un important retard.

Annoncés il y a 6 ans, les travaux de cette station avaient débuté près de la région d’Imsouane. Les travaux de terrassement ayant débuté, tout a été chamboulé, les travaux suspendus et le projet déplacé dans la province de Chtouka, au niveau du douar de Douira, à une trentaine de kilomètres au sud d’Agadir. Ce qui a entrainé un retard dans le calendrier et des dépenses supplémentaires.

Un projet stratégique capote
«Si l’emplacement de Chtouka avait été décidé depuis le début, la station aurait pu être opérationnelle aujourd’hui. Malheureusement, nous devrons attendre jusqu’à début avril 2021 et les gens doivent encore subir des coupures d’eau nocturnes pour les 6 prochains mois», nous déclare notre source. Un gâchis pour les Gadiris et pour la gouvernance d’un projet hautement stratégique et vital pour la région Souss Massa.

Pour avoir plus de détails quant à cette mauvaise gouvernance, nous avons essayé de joindre Mohamed El Fasskaoui, directeur de l'Agence du bassin hydraulique de Souss Massa, Salah El Malouki, président du Conseil communal d'Agadir, et Abdelkader Amara, ministre de l'Equipement, du transport, de la logistique et de l'eau. Nos sollicitations sont restées lettres mortes.

Outre ce couac, la gestion des ressources hydriques de la région serait entachée de laxisme. Les consommations d’eau des trois principales nappes phréatiques de la région aurait été surexploitées par les différents golfs, resorts, complexes hôteliers et grandes exploitations agricoles.

Les nappes en régression
De 1970 à 1992, la nappe des Chtouka a baissé de 8 mètres, soit une réduction de 0,3 mètres par an. De 1993 à 2015, cette baissé a été beaucoup plus importante (22 mètres), à raison d’un mètre par an. La nappe de Souss d’Ouled Teïma, quant à elle, a connu une régression de 27 mètres de 2011 à 2017, à raison d’une baisse de 4,5 mètres par an. De plus, les autorisations des opérations de creusement des puits et forages ont connu une augmentation considérable ces dernières années. Alors qu’ils étaient de 1.220 en 2017, ils ont augmenté de 123 opérations en 2019. A fin septembre, elles ont totalisé 1.836.

De l'eau potable pour les golfs
Concernant la surexploitation des nappes phréatiques, l’Agence du bassin hydraulique de Souss Massa aurait tardé à prendre les bonnes décisions. Dans un document de l’agence, dont Maroc Hebdo détient copie, il est mentionné que l’agence a demandé l’arrêt de l'arrosage des espaces verts et des golfs à partir des réseaux d'eau potable. Près de 34 établissements hôteliers et 5 golfs seraient concernés par cette interdiction.

Ceci supposet-il que ces établissements et golfs utilisaient l’eau potable, destinée notamment à la commune d’Agadir, pour l’arrosage de leurs espaces verts et golfs? Nous n’en saurons rien face au mutisme des responsables sollicités. Quoi qu’il en soit, la baisse de la pluviométrie de 60% à fin septembre causant un maigre taux de remplissage de 12,5% des barrages de la région, ne serait pas la seule cause de cette pénurie d’eau à Agadir. La mauvaise gouvernance est aussi passée par là.


Laisser un commentaire

Merci de cocher cette case
X

Télécharger le magazine Maroc Hebdo

Télécharger