Lutte contre la pauvreté au Maroc: Des experts appellent à l’adoption de nouvelles politiques publiques

La mesure de la pauvreté ne doit pas être réduite à un indicateur mais doit tenir compte d’approches aussi bien qualitatives que quantitatives.

Les participants à un séminaire sur la situation de la pauvreté au Maroc ont appelé à l’adoption de stratégies de ciblage individuel dans le cadre des programmes de lutte contre la pauvreté. Lors de ce séminaire organisé, mardi 8 juin 2021, par l’Observatoire national du développement humain (ONDH), des chercheurs et experts ont souligné que la mesure et l’analyse de la pauvreté nécessitent la mise en place d’approches qualitatives qui tiennent compte des mouvements d’entrée et de sortie de la pauvreté et de leurs facteurs causaux.

Ainsi, le secrétaire général de l’ONDH, El Hassan El Mansouri, qui présidait cette rencontre, a souligné la nécessité de lancer un véritable débat sur les outils de mesure et de suivi de la pauvreté au Maroc.

Le taux de la pauvreté absolue a nettement reculé depuis 2001 pour ne représenter que 1,2% en 2019, dans un contexte d’amélioration globale du niveau de vie des Marocains, en particulier en milieu urbain, a fait remarquer M. El Mansouri, notant, toutefois, que l’appareil de mesure de la pauvreté doit prendre en considération la pauvreté subjective, qui représente le pourcentage des chefs de ménage qui se considèrent en situation de pauvreté.

Un phénomène très complexe
En 2019, près de 45% des Marocains se considèrent subjectivement pauvres (38,6% en milieu urbain et 85,4% en milieu rural). La pauvreté subjective affecte l’ensemble des classes sociales mais à des niveaux différents. Pour sa part, Ikbal Sayah, directeur du pôle Etudes générales à l’ONDH, a indiqué que la lutte contre la pauvreté implique de la mesurer et d’en analyser les causes pour proposer des politiques adéquates et ciblées.

En effet, la pauvreté demeure un phénomène très complexe, rendant nécessaire le recours aux approches longitudinales, a souligné M. Sayah, mettant l’accent sur la nécessité d’analyser les trajectoires individuelles, en l’occurrence l’entrée et la sortie de la pauvreté. Un individu pauvre a plus de chances de sortir de la pauvreté que d’y rester (55,7% contre 43,3%) et un individu non pauvre a plus de chances de rester non pauvre (86,3%) que de tomber en pauvreté (13,7%).

De son côté, Larbi Jaidi, économiste et enseignant chercheur, a mis en relief l’importance de cette étude dans ce contexte précis lié notamment à la crise de la pandémie de Covid et qui a constitué un vrai choc social. Cette étude va alimenter la réflexion générale sur les politiques publiques inhérentes à la question de la pauvreté au Maroc, a relevé M. Jaidi, précisant que la mesure de la pauvreté ne doit pas être réduite à un indicateur mais doit tenir compte d’approches aussi bien qualitatives que quantitatives.

«Certes, nous sommes en voie d’éradication de la pauvreté, mais ce sont ces approches liées notamment à la question de l’entrée et sortie dans la pauvreté qui nous intéressent tous pour mettre le doigt sur le profil des ménages concernés par ce phénomène social», a-t-il ajouté.

L’étude a pour principaux objectifs de mesurer la pauvreté selon deux approches «monétaire » et «subjective», de faire une analyse descriptive des dynamiques de la pauvreté entre 2012 et 2019, outre la détermination des causes d’entrée et de sortie de la pauvreté dans le Maroc contemporain.