La sauvegarde du patrimoine Amazigh oral, un chantier stratégique pour l’IRCAM

L’amazigh, de l’oralité à l’écriture

Ce patrimoine oral qui est transmis de bouche à oreille, de génération en génération, s’il n’est pas suffisamment transcrit, sera promis à une future disparition.

Le recteur de l’Institut Royal de la Culture Amazighe (IRCAM), Ahmed Boukous, a déclaré, le 13 décembre 2021, que la sauvegarde sous une forme écrite du patrimoine amazigh oral représente un chantier stratégique pour son institut et une des priorités majeures inscrites dans son agenda annuel.

Un chantier des plus difficiles, vu tous ces problèmes liés à la scripturalité, laquelle joue un rôle primordial à la conservation du patrimoine socio-culturel de la communauté amazighe. Certes, l’amazigh est une langue essentiellement orale. Néanmoins, une société à tradition orale n’implique pas forcément une absence totale d’expériences de l’écriture. Reste que l’aspect oral de la langue et la culture amazighe est l’un des paramètres non seulement de sa résistance mais aussi l’une de ses faiblesses.

Pour faire face à cette faille du caractère oral, qui le dévalorise et le confine dans une position secondaire par rapport aux autres langues en concurrence au Maghreb, plusieurs auteurs, à l’instar de Mustapha Oudija, doctorant de l’Université Sidi Mohamed Ben Abdellah de Fès, ont travaillé sur les problèmes liés à la scripturalité. En effet, pour cet auteur, «la transmission intergénérationnelle des expériences des communautés amazighophones se fait essentiellement par le biais de l’oralité en prenant la forme du conte, de la poésie, de la devinette, etc. Et avec l’évolution de la société marocaine dans le contexte de l’urbanisation, la question de la transmission de la mémoire collective pose des difficultés. La pérennité de cette langue dépend essentiellement du passage à l’écrit».

Communication sociale
En fait, dit-il, Il ne faut pas confondre l’oralité avec le parlé. L’oralité est une forme de communication sociale caractérisée par des modes de transmission et de production propre à une communauté, alors que le parlé, c’est un acte individuel de la conversation.

Pour ne pas nous égarer, dit-il, nous devons jeter une clarté définitive sur les vocables de «oralité» et «scripturalité». La notion d’oralité caractérise souvent des sociétés traditionnelles dites orales. Elle est la forme qui témoigne de l’ancienneté des cultures et des sociétés, elle est donc ce fait verbal dans lequel «s’affirme le patrimoine culturel oral. Il s’agit d’une parole vive enrichie de fonds traditionnel millénaire dont les dépositaires fidèles sont ceux qui excellent dans l’art verbal et représentent par cet acte même la mémoire sociale. Poésie orale, proverbes, dictons, devinettes, contes, […] sont les genres qui constituent le champ d’une production raffinée dont l’oralité, […] est le moyen de transmission».

Ce patrimoine oral est transmis de bouche à oreille, de génération en génération, s’il n’est pas suffisamment transcrit, il sera promis à une future disparition. La scripturalité joue donc un rôle primordial à la conservation du patrimoine socio-culturel d’une communauté. De toute part dans le monde, l’oralité et la scripturalité cohabitent dans toutes les nations, il n’y a quasiment jamais une société dominée par une culture orale ou une culture écrite.