LE PASSÉ OUBLIÉ D’EL MOSTAFA RAMID

LE MINISTRE D’ETAT HANTÉ PAR LE SPECTRE DE SA SECRÉTAIRE

La personnalité publique qui aurait enfreint la loi dans ce cas de figure est un ministre d’Etat chargé des droits de l’Homme et un ex-ministre de la Justice.

Un enregistrement diffusé par un avocat anonyme. Ce dernier rapporte, avec une voix rauque, que Jamila Bichr, qui a rendu l’âme il y a quelques jours, n’aurait jamais été inscrite à la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS) par son employeur. Durant 24 ans. L’employeur n’est autre que El Mostafa Ramid, ministre d’Etat chargé des droits de l’Homme, ex-ministre de la Justice, un des piliers du Parti de la justice et du développement (PDJ), la formation politique dominante du gouvernement de Saâd Eddine El Othmani qui se targue d’avoir un référentiel islamique, donc probité, intégrité, justice sociale…

M. Ramid se refuse à tout commentaire concernant ce point. Au cabinet Ramid Law Firm (où officiait la défunte), géré par sa fille Me Zineb Ramid, contactée par Maroc Hebdo, on évite d’en parler. “Je vous passe Me Zineb”, répond une voix douce. Puis, 10 secondes plus tard, la même voix devient solennelle: “Me Zineb ne sera pas au bureau pour toute la journée.” C’est tout. Un fait divers comme tant d’autres. Pourquoi en faire toute une histoire? Il y a tant de patrons qui ne déclarent pas leurs employés à la CNSS. Mais cet enregistrement, largement partagé sur le réseau social WhatsApp, a enflammé la toile. Parce que ce patron en particulier n’est pas n’importe qui. Il est ministre d’Etat. De surcroît, chargé des droits de l’Homme. Homme avec “H” majuscule, qui englobe les deux sexes. Donc il est chargé de faire respecter et de défendre les droits de son ex-secrétaire, de son vivant, aussi.

Auparavant, Me Ramid était chargé de la Justice. Et avant cela, il était militant infatigable au sein du parti au référentiel islamique, qui lui interdit de bafouer les droits d’autrui et de frauder en vue de l’en priver. N’est-ce pas ce parti qui s’est toujours vanté d’avoir une base militante très large? Cela ne suppose-t-il pas que cette base constituée est la résultante d’une démocratie interne sacro-sainte? Et puisqu’on en parle, où sont les impétrants militants de la jeunesse pjdiste qui consacrent cette démocratie interne et critiquent ouvertement leurs ténors quand ils déraillent.

Un moment fatidique
M. Ramid était avocat. Il l’est toujours. Il avait, certainement, ne serait-ce qu’une fois dans sa vie d’avocat en exercice, défendu un client qui n’a pas été déclaré par son employeur. N’a-t-il pas prêté serment d’exercer ses fonctions avec dignité et humanité et dans le respect de la déontologie professionnelle?

Et puisqu’on est dans un pays d’institutions, pourquoi celle du bâtonnier de Casablanca n’a pas réagi et enclenché sa propre enquête sur cette affaire susceptible de porter atteinte à l’image toujours soignée des avocats? Pourquoi le Parquet général n’a pas usé de sa prérogative d’auto-saisine pour tirer au clair cette affaire qui concerne une personnalité publique de haut rang? Pourquoi le gouvernement a-t-il gardé le silence alors que l’affaire concerne un de ses membres? Et pourquoi la CNSS n’a pas tranché avec les spéculations des uns et des autres en révélant la vérité sur les personnes déclarées et non déclarées ces 24 dernières années au sein du cabinet Ramid Law Firm?

En dehors de cette question centrale à laquelle il n’a pas répondu, M. Ramid aurait gratifié la défunte d’un montant d’argent conséquent qu’il venait de recouvrer auprès de ses anciens clients. Il se serait même chargé des frais de son hospitalisation, peu de temps avant son décès. Elle lui tenait à coeur. Mais était-ce un remord? Car il aurait pu penser à ce moment fatidique qui nous attend tous, la mort, pour se demander l’importance de la cotisation à la CNSS pour la famille proche de la défunte. Contre toute attente, celle-ci a fait une sortie pour s’acharner sur les médias qui ont révélé au grand jour cette infraction pénale. Mais le Maroc est un pays de droit. Et personne n’est au dessus de la loi. Certains ont avancé que ses “adversaires politiques” nourrissent une “campagne” contre lui.

D’abord, dans le jeu politique, c’est tout à leur honneur. D’ailleurs, les règles du jeu sont connues. Mais, laissons la politique de côté. La personnalité publique qui aurait enfreint la loi dans ce cas de figure est un ministre d’Etat chargé des droits de l’Homme et un ex-ministre de la Justice. Et même au moment où il a été avisé de sa “ministrabilité”, il n’a pas corrigé son erreur. Même après avoir été nommé deux fois de suite ministre, ses responsabilités et les droits des autres l’ont tellement occupé qu’il aurait oublié de s’occuper des droits de celle qui l’a servi 24 ans durant.


5 commentaires

  • ben mhammed

    18 Juin 2020

    Ce qui est hilarant c'est qu'on se demande jusqu à aujourd'hui pourquoi le Marocain n'a aucune confiance dans les politiques . les politicards se demandent encore pourquoi le peuple boude le scrutin. L'un est un fin connaisseur des lois et de la jurisprudence et qui fait oeil de MICA pour léser son employee. L'autre est un ancien chauffeur de taxi converti en homme politique puis en banquier en ses temps de loisirs et chez qui on a retrouvé 400 millions s en plus des 15 kilos d'Or, Entre l un et l'autre il y a toute une armée de profiteurs en tous genres qui ne cessent de défendre leurs intérêts mercantiles sans vergognes sur le dos du pauvre contribuable .Ce même contribuable qui a été traité d'Etourdi (madaouikh) par plusieurs ministres a l'intérieur même de ce parlement .Et comme un malheur ne vient jamais seul, les institutions et les autorités qui sont censes être les protecteurs des lois et des citoyens ferment les yeux quand ils s agit de cette catégorie de supers marocains .Dans le plus beau pays du monde, dans une société non pas a deux vitesses mais a multiviteses, tu regardes faire et tu la fermes. Faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais.Quel culot ,a se demander comment le pauvre marocain fait pour garder son envie pour vivre ,

  • Belhajilali

    19 Juin 2020

    Il s'agit d'un système défaillant ;les individus ne sont pas des anges,ces derniers vivent au ciel.Le cabinet de Ramid est une entreprise capitaliste or capitalisme et humanisme sont deux notions qui s'excluent comme l'eau et le feu.Encore une fois,il faut corriger le système ;les individus? On doit les soumettre à la force de la loi,c'est une condition fondamentale pour la construction de l'état de droit.L'impunité n'a que trop duré dans ce pays.Si ce monsieur et des milliers d'autres,comme lui, savaient qu'ils paieraient très cher leur égoïsme,ils y renonceraient et se conformeraient à la loi.Là encore ,la toile va se tromper de pâture en s'en prenant à un individu seulement parce qu'il vient d'un parti donné et qu'il a occupé des postes de responsabilité...

  • Adine

    21 Juin 2020

    Ce fameux ministre doit démissionner s'il a encore un peu d'honneur et de dignité. Les donneurs de leçons se sont montrés avec leur vrai visage. C'est un piètre personnage qui se revendique de l'islam. Comment voulez vous que le Maroc avance avec des responsables politiques véreux ? Où sont les inspecteurs du travail, de la CNSS. Ce malhonnête a pu bénéficier de la complexité pour ne pas être inquiété mais tout est révélé maintenant. Comment ce pauvre personnage peut-il encore représenter le Maroc lors de réceptions officielles ou de déplacements à l'étranger. Il est grand temps de faire le ménage et exiger que chacun puisse faire son travail conformément au droit. Partez Mr le ministre vous êtes déshonoré!

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