Pas de pitié pour les pédocriminels

LE MAROC SOUS LE CHOC APRÈS L’ASSASSINAT DE ADNANE BOUCHOUF

L’horrible assassinat à Tanger du jeune Adnane Bouchouf pose de nouveau le problème de la peine capitale. Faut-il ou non exécuter les condamnés à mort.

L’affaire a fait réagir jusqu’au plus haut sommet de l’État, tellement l’opinion publique et la classe politique nationales en ont été émues et que ses détails, connus progressivement au fil des jours, se sont révélés encore plus sordides que ce que l’on imaginait au départ. Ce sont, ainsi, des centaines de milliers d’internautes marocains qui, dans les jours ayant suivi la découverte du corps du jeune Adnane Bouchouf, violé puis tué le 7 septembre 2020 dans son quartier de Zemmouri à Tanger, demandaient la mise à mort de son meurtrier présumé, lequel a finalement pu être appréhendé par la police dans la nuit du 11 au 12 septembre 2020 après s’être terré quatre jours durant dans l’appartement qu’il co-louait dans le même quartier et où il a commis son insoutenable forfait.

Les pétitions ont, dans ce sens, afflué en grand nombre sur les réseaux sociaux, à telle enseigne que les contempteurs de la peine de mort ont, au final, semblé minoritaires, se voyant même accusés de défendre un “monstre”. Un sit-in a également été tenu, le lundi 14 septembre 2020 devant le siège de la cour d’appel de Tanger, dont la chambre criminelle avait fait comparaître, ce jour-là, le meurtrier présumé.

Dans un message de condoléances et de compassion qu’il a adressé à la famille Bouchouf et dont la teneur a été révélée dans une dépêche de l’agence Maghreb arabe presse (MAP), le roi Mohammed VI a dénoncé un “acte criminel odieux”. “Nous partageons avec vous et toutes les familles marocaines qui ont compati avec vous, l’ampleur de cette perte cruelle,” dit le Souverain dans ce message. Réagissant, pour sa part, le 13 septembre 2020 sur Facebook, le Chef du gouvernement, Saâd Eddine El Othmani, a, lui, sans faire directement référence à la peine de mort, appelé à “prendre des mesures pour éviter que de tels crimes ne se reproduisent à l’avenir”. Il a, à cet égard, exprimé “sa confiance en le système judiciaire afin qu’il rende justice à cet enfant et décrète les sanctions nécessaires contre le criminel et tous ceux qui ont participé à ce crime”.

Une partie de la colère exprimée par les Marocains semble provenir du fait que, plus de quatre jours durant, l’espoir a été entretenu que le jeune garçon serait encore en vie. Son père, Mohamed Bouchouf, avait ainsi reçu dans la soirée du 7 septembre 2020, vers 8h, un SMS d’un numéro qu’il ne connaissait pas exigeant de lui une rançon en échange de la libération de son fils. Mais, on ne le saura qu’après, Adnane Bouchouf avait, à cet instant, d’ores et déjà rendu son dernier souffle, et il allait même, quelques heures plus tard, très exactement aux environs de 4h le matin du 8 septembre, être enterré dans un bosquet situé non loin du domicile familial.

Le meurtrier présumé voulait, de fait, brouiller les pistes après avoir vu les appels se multiplier sur Facebook pour aider à retrouver Adnane Bouchouf, et il allait même, le lendemain, se rendre chez le coiffeur pour changer de look, dès après que sa photo eut commencé à être partagée sur le même réseau. C’est que, pris de panique sans doute, il avait contacté le père de Adnane Bouchouf via son propre téléphone, facilitant par là même la tâche à la police judiciaire, qui fut tout au long de ses investigations soutenue par la Direction générale de la Surveillance du territoire (DGST).

Vidéos de surveillance
Il ne resta alors qu’à retrouver le meurtrier présumé, que l’on ne considérait pas encore en tant que tel puisqu’on croyait donc Adnane Bouchouf encore vivant, ce qui tarda du fait que si l’on savait qu’il répondait au prénom de Hamada et qu’il était natif, en 1996, de Ksar el-Kébir, on ignorait qu’il vécût désormais à Tanger, son nom n’étant nulle part mentionné dans le contrat de location de l’appartement où, avec trois autres hommes également originaires de Ksar el-Kébir qu’il semble avoir connus dans la cité du détroit même, il s’était installé mi-août 2020. Dans des vidéos de surveillance visionnées par la police judiciaire, dans les premiers jours de l’enquête, on vit aussi que Adnane Bouchouf, vêtu d’un tee-shirt rose et d’un short gris, suivait de son plein gré le meurtrier présumé, lequel portait pour sa part une gandoura beige. Se pouvait- il donc qu’ils se connaissaient? Plus tard, il fut établi que le meurtrier présumé s’était, en fait, à plusieurs reprises depuis son déménagement au quartier de Zemmouri rendu dans le restaurant tenu par Mohamed Bouchouf juste en bas de son domicile.

Là, il aurait, petit à petit, cherché à nouer contact avec Adnane Bouchouf en lui souriant, essayant en même temps de gagner sa confiance. Et le 7 septembre 2020, il passa donc à l’action. Ce jourlà, Mohamed Bouchouf remit, d’après ce qu’il a lui-même raconté plus tard, 20 dirhams à son fils pour aller dans la pharmacie du coin acheter des médicaments pour sa mère.

Selon les estimations des riverains, une vingtaine de minutes seulement auraient normalement dû suffir à Adnane Bouchouf pour faire l’aller-retour, médicaments en plus en poche. Sauf qu’après vingt minutes, Adnane Bouchouf n’était pas encore revenu, lui qui n’avait pas vraiment coutume de traîner dans le quartier et dont la mère est réputée, d’autant plus, être fort protectrice. Ce qui arriva en fait est que son futur meurtrier, qui le guettait, l’accosta aussitôt qu’il fut sûr de ne pas être vu par Mohamed Bouchouf, et lui demanda alors de lui montrer le chemin d’un jardin d’enfants qui se trouvait juste à côté de son appartement. Son objectif fut, selon la police, de lui tendre un guet-apens, de sorte à ce qu’il accepte à un moment de l’accompagner chez lui.

Pour ce faire, il aurait feint, croient savoir certaines sources, d’avoir oublié son téléphone chez lui et aurait demandé à Adnane Bouchouf de l’accompagner car, se lamentait-il, il en aurait nécessairement besoin une fois arrivé à destination. Malheureusement pour lui, l’enfant le suivit, et c’est ainsi qu’il se retrouva piégé chez le meurtrier présumé, qui tenta d’abord de le soudoyer s’il acceptait de se plier à ses désirs. Mais Adnane Bouchouf aurait refusé, et ce de façon tellement énergique que le meurtrier présumé se serait dès lors jeté sur lui pour tenter de le maîtriser.

Décrire la suite reviendrait à céder à un voyeurisme de bien mauvais aloi, et, en définitive, il vaut mieux sans doute ne pas s’y attarder, car rien de ce que l’on peut écrire ne rendra de toute façon Adnane Bouchouf à sa famille, et encore moins à tous ceux qui l’ont connu. Ses amis, qui se comptaient, selon les témoignages, sur les doigts d’une main tellement le garçon était réservé, n’ont pu retenir leurs larmes devant les caméras, n’arrivant pas à concevoir que quelqu’un de leur âge, de si proche, soit parti trop tôt -Adnane Bouchouf allait, le 13 octobre 2020, souffler sa onzième bougie.

Changement de comportement
Son professeur de taekwondo, qui fut une des dernières personnes à le voir en vie alors qu’il était en compagnie de son meurtrier présumé, s’est également effondré, rempli du remord de ne pas avoir au moins demandé à Adnane Bouchouf si tout allait bien alors qu’il avait constaté que l’homme avec qui il était était inconnu au quartier. Et il y a, surtout, l’incompréhension. Comment pouvait-on donc si froidement tuer un enfant et, en plus, faire croire à ses parents, de façon on ne peut plus abjecte, qu’il était encore de ce monde?

Selon des éléments diffusés dans les médias mais qui restent, ceci dit, encore à confirmer, le meurtrier présumé aurait lui-même, au cours de son enfance, subi des sévices. Il aurait, dès l’obtention de son baccalauréat en 2016, quitté Ksar el-Kébir pour se diriger à Larache, où il allait poursuivre des études universitaires. C’est en juillet 2019 qu’il serait, enfin, venu à Tanger. On ne lui connaît pas de véritables amis, sinon des connaissances, en l’occurrence ses colocataires qui ont également été embarqués avec lui, n’ayant pas eu la présence d’esprit d’alerter la police en dépit du changement de comportement dont avait fait preuve le meurtrier présumé.

Ses collègues de travail décrivent quelqu’un de mystérieux, ayant toujours des écouteurs aux oreilles. De fait, personne n’osait vraiment l’aborder, du fait de la distance qu’il mettait avec les autres. Son procès saura, sans doute, apporter davantage d’éclaircissements, de même que l’issue finale devrait faire l’objet d’une attention toute particulière...


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