Il ne faut pas baisser la garde

Embouteillages, trafic normal en ville, petits regroupements...

Le non-respect des consignes du confinement va crescendo. Il est même devenu inquiétant ces trois derniers jours.

Sommes-nous toujours en confinement? Le ministère de l’Intérieur a-t-il assoupli les mesures de confinement prises contre cette pandémie meurtrière? Ce n’est pas une blague. Sinon, elle serait déplacée. Mais un relâchement très inquiétant de la part des citoyens va crescendo, bravant les mesures gouvernementales de confinement a été constaté ces derniers jours. Des centaines de procès-verbaux ont notamment été dressés à l’encontre de jeunes et de moins jeunes, lors de rassemblements nocturnes interdits, ou même pendant la journée. Mais ce n’est pas le plus inquiétant. Au vu des embouteillages relevés ce matin de lundi 20 avril 2020 dans les principales artères et rues de Casablanca et de Marrakech, pour ne citer que ces deux villes où la propagation du nouveau coronavirus est grimpante, la situation est alarmante. Les rues deviennent en effet moins désertes qu’au tout début du confinement.

Un prolongement justifié
Cela a commencé même pendant le weekend écoulé. L’activité dans les marchés et les souks a retrouvé sa dynamique d’antan, d’avant l’apparition du Covid-19. Les gens ne craignent plus la promiscuité. Ils semblent moins circonspects qu’auparavant. Dans les rues et les artères des villes, le nombre des piétons et des automobilistes est monté en flèche. Les masques étant suspendus à la nuque, la bouche et le nez n’étant pas protégés, nombre de personnes s’échangent à une distance qui renforce le risque de contamination. Le tableau est noirâtre dans certains endroits ou commerces. Comme si de rien n’était, des laiteries servent leurs clients qui se mettent dehors, assis à même le trottoir, l’un à côté de l’autre, pour consommer leurs mets.

Des «signes encourageants»
Des librairies et des drogueries et autres commerces ont rouvert après un mois de fermeture. Leurs clients se divisent en deux catégories. En sus des disciplinés, il y a ceux qui ne respectent pas les distances requises. Depuis l’annonce vendredi 17 avril 2020 par un communiqué conjoint des ministères de l’Intérieur et de la Santé, de la prolongation de l’état d’urgence sanitaire jusqu’au 20 mai 2020, ce constat se fait remarquer par tous.

Que se passe-t-il vraiment? Malgré les «signes encourageants» constatés en termes de taux des rémissions, le nombre de cas contaminés a triplé au cours des sept derniers jours. La décision de prolonger la période de l’état d’urgence sanitaire n’est pas, en soi, surprenante, et les citoyens s’y attendaient. Après pratiquement un mois en confinement, ils spéculaient sur le nombre de jours durant lesquels ils allaient encore subir l’état d’urgence sanitaire. Mais presque en aucun cas sur le déconfinement.

Car ces 30 jours supplémentaires se justifient amplement, au regard notamment de la hausse du nombre de cas, qui a explosé en quelques jours seulement. D’ailleurs, lors de la dernière réunion du Conseil de gouvernement, El Othmani a déclaré que «Le nombre de personnes contaminées est en augmentation jour après jour et plusieurs citoyens sont placés dans les unités de soins intensifs».

Le chemin est encore long, a-t-il signifié. C’est dire qu’en aucun cas, pour l’heure du moins, il ne faut baisser la garde. Il faudra s’assurer que le virus est sous contrôle avant de décider de la levée progressive des restrictions. Le déconfinement graduel chez nos voisons d’Europe est tout de même justifié. Anxieux des conséquences dramatiques des restrictions pour leurs économies à l’arrêt et arguant du ralentissement des admissions en soins intensifs et des hospitalisations, plusieurs pays européens ont commencé à élaborer leurs plans de déconfinement et même à assouplir quelques mesures.

La Suisse entend dévoiler son plan jeudi 23 avril tandis que l’Allemagne compte rouvrir prochainement certains magasins et, à partir du 4 mai, les écoles et lycées. Près de la moitié des écoliers du Danemark ont retrouvé leurs salles de classe après un mois de fermeture. Au Maroc, il n’est pas question, pour l’heure, de déconfinement. La propagation est plus ou moins maîtrisée, certes. Mais elle demeure inscrite dans une courbe ascendante. Le jour où le gouvernement a décidé de décréter l’état d’urgence sanitaire, il a explicité les consignes de confinement et a même délimité les secteurs d’activité autorisés à continuer à travailler. Mais là aussi, les règles sont largement bafouées. Beaucoup d’entreprises évoluant dans des secteurs économiques sommés de cesser leur activité, font encore tourner la machine. Si ces dépassements peuvent être réprimés, le pire à craindre, ce sont les sites industriels autorisés à fonctionner qui n’utilisent pas toutes les précautions qui s’imposent pour protéger leurs employés et empêcher ainsi la propagation du coronavirus.

Les consignes bafouées
Une cinquante d’ouvrières ont été contaminées dans une unité industrielle à Aïn Sebaâ, spécialisée dans la production d’équipements médicaux et paramédicaux. Le nombre d’infections dans un seul et même lieu est une bombe si l’on tient compte du fait que les personnes déclarées positives au Covid-19 travaillant dans cette usine rentrent chez elles chaque soir. 50 foyers familiaux, dans 50 lieux différents, pourraient être touchés par le coronavirus. Le cas de cette usine industrielle n’est pas isolé. Cela fait peur quand on imagine les usines en activité actuellement et qui font fi des consignes de sécurité. Dans nombre d’entreprises, les salariés dénoncent sans cesse l’absence des mesures de prévention sur les lieux du travail. Les autorisations actuelles de travail doivent être revues. Les secteurs névralgiques autorisés sont censés démontrer leur bonne foi et attester d’avoir pris toutes les précautions nécessaires et mis en place toutes les consignes de désinfection pour protéger leurs employés.

Quant au relâchement des individus en circulation, il va falloir renforcer le contrôle. A Casablanca, le nombre de policiers mobilisés à cette fin n’est pas suffisant. Les Caïds doivent cesser d’accorder des autorisations de déplacement inter-villes inutiles. C’est en renforçant les mesures d’application des consignes de confinement que l’on va rappeler à l’ordre nos concitoyens.


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