Quotient électoral: Le parti de la justice et du développement isolé

Seule la formation islamiste a voté, ce 3 mars 2021 à la Chambre des représentants, contre la suppression du seuil électoral. Étant désormais menacée, si la Chambre des conseillers avalise, de perdre un tiers de ses sièges aux prochaines législatives, va-telle pour autant boycotter ces dernières?

Le Parti de la justice et du développement (PJD) continue de s’opposer à la suppression du seuil électoral, qui pourrait selon certains calculs lui coûter quelque quarante sièges, au bas mot, aux législatives prévues cette année 2021 -lui qui en avait obtenu, en 2016, 124.

Son groupe parlementaire à la Chambre des représentants vient ainsi de voter, ce 3 mars 2021, contre cette disposition inscrite dans le large projet d’amendement des lois électorales, que le conseil des ministres avait adopté le 11 février 2021 sous la présidence du roi Mohammed VI.

Va-t-il pour autant boycotter les élections? Car certains de ses leaders, à l’instar de l’ancien ministre Mohammed Najib Boulif, en agitent depuis plusieurs mois la menace. Le secrétaire général du parti et chef du gouvernement, Saâd Eddine El Othmani, n’avait certes pas été aussi loin, mais il avait tout de même clamé en octobre 2020, au cours de travaux de la commission nationale du PJD, que la suppression du seuil électoral “fera[it] classer [le Maroc] parmi les pays hybrides démocratiquement”. Il avait même parlé d’“un véritable recul par rapport aux différents acquis que le Maroc a réalisés au cours des deux dernières décennies”.

Aberration
C’est que le PJD estime que la suppression du seuil le vise principalement, même si le Parti authenticité et modernité (PAM), qui constitue, avec son groupe parlementaire fort de 102 députés, la deuxième force politique derrière lui à la Chambre des représentants, a voté pour alors que lui aussi pourrait se voir privé de nombreux sièges, peut-être même vingt-cinq selon certains de ses membres.

En gros, il fallait avant dépasser les 3% de voix dans une circonscription pour que les votes obtenus soient comptabilisés, de sorte à ne pas se retrouver en face d’un paysage politique balkanisé avec une foultitude de petits partis isolés. De fait, on ne trouve que douze partis, sur 34 ayant pignon sur rue, à être représentés à la Chambre des représentants.

Sauf qu’une des conséquences, aussi, en est qu’un parti comme le PJD, même s’il dépasse à peine le quart des suffrages exprimés et n’a en fait été plébiscité que par un électeur sur dix inscrits sur les listes électorales, contrôle presque le tiers de la première chambre. Une aberration qu’une partie de la classe politique dénonce depuis plusieurs années, en conséquence de quoi le soutien massif apporté à l’amendement afférent dans les nouvelles lois électorales n’en était qu’attendu.

Bien évidemment, on pourrait se retrouver, à l’issue des prochaines législatives, avec une situation pire qu’en 2016, qui avait vu l’ancien secrétaire général du PJD, Abdelilah Benkirane, échouer à former un nouveau gouvernement, en dépit de plus de cinq mois de consultations avec les partis de la place.

Et puis, il n’est pas du tout question de fraude électorale, comme veulent le laisser penser certaines parties du PJD: les législatives refléteront peut-être de façon différente la volonté des Marocains qui se seront pressés aux urnes, mais cette façon n’en demeurera pas moins, au final, fidèle.