Paris se veut rassurant

VISITE DU MINISTRE DE L’INTÉRIEUR FRANÇAIS AU MAROC

Contrairement à ce que pouvait laisser entendre le récent discours d’Emmanuel Macron sur le séparatisme islamiste, la France n’a pas du tout l’intention, selon son premier flic, de se passer du Maroc dans sa stratégie de gestion de l’islam hexagonal.

C’est donc pressé que le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a dû quitter le Maroc le 16 octobre 2020, suite à l’assassinat le même jour du professeur Samuel Paty, alors que la visite qu’il effectuait dans le Royaume depuis la veille devait se prolonger quelques heures encore. Mais il a pu, cependant, s’entretenir avec le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, et celui de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit, et échanger avec eux au sujet des principales questions d’intérêt bilatéral, et il y en a une pelletée: terrorisme justement, où, c’est connu, le Maroc a souvent apporté un coup de main décisif à la France au cours des dernières années, notamment pour neutraliser l’auteur des attaques de Paris de novembre 2015 ; migration irrégulière, sujet dominé récemment par l’affaire des mineurs marocains dispersés un peu partout en Hexagone et ce, sans disposer de papiers; ou encore trafic de drogue, le Maroc étant d’un côté le principal exportateur de cannabis en Europe -trois quarts des saisies, selon l’Initiative mondiale contre la criminalité transnationale organisée-, mais, de l’autre, ayant lui aussi à faire face à une avalanche de “produits psychotropes et de drogue de synthèse” depuis le Vieux Continent, comme M. Darmanin l’a lui-même signalé dans ses déclarations aux médias.

Future stratégie
Mais il s’agissait surtout, à l’évidence, d’aplanir les malentendus qui, ces derniers temps, ont semblé crisper les relations bilatérales, après notamment le discours du 2 octobre aux Mureaux du président français Emmanuel Macron contre le soi-disant “séparatisme islamiste” et où il a, par deux fois, nommément désigné le Maroc; l’une pour évoquer son implication dans les enseignements de langue et culture d’origine (ELCO), un programme qui vise à permettre aux Français d’origine étrangère de garder un lien linguistique et culturel avec leur pays d’origine, et l’autre au sujet du détachement qu’il fait chaque année d’imams et de psalmodieurs de l’autre côté de la Méditerranée.

En gros, M. Macron avait sous-entendu que le Royaume, à travers ses fonctionnaires dépêchés dans son pays, avait vocation à encourager le discours anti-républicain, pour ne pas dire extrémiste. Un point qui bien sûr, au Maroc, avait fait hausser les sourcils et que M. Darmanin comptait, comme il l’avait annoncé, discuter directement avec le ministre des Habous, Ahmed Toufiq, mais l’assassinat de M. Paty n’a finalement pas permis que cette rencontre ait lieu.

Ceci dit, le ministre français avait précisé en marge de ses discussions avec M. Laftit que son pays ne comptait pas, comme pouvait le laisser imaginer le discours des Mureaux, se passer totalement des autorités marocaines pour sa future stratégie de gestion de l’islam mais, au contraire, “de le faire en lien tout particulier avec” elles. “Nous avons des relations séculaires, amicales et qui sont fondées sur le respect et la confiance,” a-t-il indiqué. Plaidoyer ou simple discours de circonstance?.


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