PAR LES LIBYENS, POUR LES LIBYENS

PRÉSIDENTIELLES LIBYENNES

Pour la première fois de son histoire, la Libye doit connaître ce 24 décembre 2021 des élections présidentielles. Certes, le scrutin n’est même pas vraiment sûr de se tenir, mais il n’empêche que les enseignements ne manquent déjà pas, y compris pour le Maroc, impliqué depuis plusieurs années dans le processus de résolution.

Libyennes, les élections présidentielles qui s’apprêtent à se tenir le 24 décembre 2021 en Libye le sont bien sûr naturellement, évidemment. Mais pas que. De par l’enjeu international qui les sous-tend, elles demeurent aussi, en même temps, celles de nombreux autres pays.

Au plan européen, l’objectif est, on le devine, que le pays se stabilise enfin, dix ans après que le Printemps arabe l’eût conduit à une quasi partition (qui demeure d’ailleurs dans le pipe, quoique peut-être de façon de moins en moins prononcée).

Car le fait d’avoir un foyer de tension sur sa rive sud méditerranéenne équivaut pour le Vieux Continent à une chienlit qui risque à tout moment de l’impacter et au niveau de la sécurité, du fait de la présence d’organisations terroristes telles Daech, et celui de la migration irrégulière, dont le territoire libyen est devenu un passage hautement fréquenté.

Régionalement, les mêmes enjeux sont bien évidemment de mise, à la différence près que ce n’est pas n’importe quelle voie de sortie que l’on souhaite utiliser: pour un pays comme la Turquie, qui tient à préserver les termes qui lui sont éminemment favorables de l’accord maritime du 27 novembre 2019, l’objectif est logiquement que ce soit ses alliés islamistes de l’Ouest, avec lesquels elle avait signé l’accord, qui triomphent; du côté de l’Est, la guérilla de l’autoproclamé maréchal Khalifa Haftar jouit plutôt, depuis son lancement en mars 2015, de l’appui des Émirats arabes unis et, dans son sillage, l’Égypte, dont on sait qu’ils redoutent que la Libye devienne un fief des Frères musulmans (Abou Dhabi et Le Caire sont, en cela, soutenues par la Russie, qui, pour sa part, cherche une deuxième base d’opération en Méditerranée orientale après celle de Tartous, en Syrie, ainsi qu’un peu plus discrètement par la France, à travers la fourniture d’armements).

De son côté, le Maroc, lui aussi acteur dans le conflit libyen, semble inscrire son action dans une logique différente, à savoir celle du soutien au processus onusien et plus particulièrement celui des accords du 17 décembre 2015 de la ville de Skhirat, dont c’est donc son sol qui avait accueilli la signature. Et cela peut aller jusqu’à la confrontation, comme l’avaient démontré les “désaccords” reconnus fin mars 2019 par le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, avec les Émirats.

“Le seul parti que chacun doit prendre est celui d’accompagner la Libye unie -sans hérauts et sans intrusions- pour asseoir les conditions d’une paix durable, y compris par la démilitarisation, le départ des mercenaires étrangers et la réinsertion des miliciens locaux; accompagner la Libye sur le chemin de la consolidation de la paix et du raffermissement des institutions de l’Etat de droit; et aider la Libye à se reconstruire, grâce à ses ressources propres et à la faveur d’investissements gérés par les Libyens eux-mêmes,” avait, à cet égard, plaidé, le 12 octobre 2021 à la Conférence de Paris sur la Libye, M. Bourita.

Pour expliquer cette intransigeance, si l’on peut dire, le directeur de Stractegia Consulting et professeur à l’Université Saint-Louis de Madrid, Barah Mikaïl, met en exergue qu’“en s’érigeant comme pôle important sur le plan de la résolution diplomatique sur le plan régional, le Maroc se met en valeur par rapport aux États-Unis” (lire ci-contre). Et si les multiples médiations menées aussi au Mali tendent à démontrer cette ambition marocaine -sans pour autant la corréler à l’alignement sur Washington-, il faut dire aussi qu’un échec de la mise en oeuvre des accords de Skhirat constituerait immanquablement un échec pour la diplomatie du Royaume elle-même.

Ce que le régime algérien n’ignore par exemple pas, lui qui fait notamment des mains et des pieds pour imposer ce qu’il appelle la solution des pays voisins, en embarquant avec lui la Tunisie. L’agence officielle Algérie presse service (APS) ne manque, ainsi, jamais de pourfendre lesdits accords, quand bien même objectivement parlant, il s’agit de la solution la meilleure qu’on ait trouvé à ce jour pour permettre à la Libye de relever la tête. Indépendamment de qui aurait intérêt à quoi, le plus important surtout est qu’au final le triomphe soit libyen et qu’il permette enfin à la nation de Omar al-Mokhtar d’atteindre les aspirations de son peuple. Que les Libyens puissent donc choisir librement et que les autres se contentent enfin de suivre...