LE MAROC ET LE BRÉSIL CONSOLIDENT LEURS RELATIONS

Par-delà l’océan, plus que des partenaires

Situés sur l’une et l’autre rive de l’Atlantique, Rabat et Brasilia consolident de plus en plus leurs relations à tous les niveaux à la faveur d’une vraie complémentarité entre les deux capitales.


Nasser Bourita et son homologue brésilien, l’Ambassadeur
Mauro Vieira. Rabat, le 7 juin 2024.


Près de vingt ans après la visite qu’y avait effectuée en novembre 2004 le roi Mohammed VI, le Brésil n’a jamais eu de relations aussi raffermies avec le Maroc. On peut même mettre en avant “l’excellente qualité du partenariat” entre les deux pays, comme s’en sont félicités le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, et son homologue brésilien, Mauro Vieira, dans la déclaration conjointe qui a sanctionné les entretiens qu’ils ont eus le 7 juin 2024 à Rabat.

“La visite [de Mauro Vieira] intervient (...) dans le cadre d’une dynamique très positive des relations bilatérales au cours de la période récente sur le plan politique, sur le plan économique, sur les plans sécuritaire et militaire”, a renchéri, dans une déclaration à la presse, Nasser Bourita, à l’évidence très satisfait de recevoir au Maroc le chef de la diplomatie de la huitième économie de la planète, mais aussi, en l’occurrence, de lui avoir arraché un soutien à l’initiative pour la négociation d’un statut d’autonomie au Sahara marocain par le biais d’une déclaration en faveur des “efforts sérieux et crédibles faits par le Maroc pour aller de l’avant vers un règlement [au] différend” autour de la région: il faut dire qu’il y a une dizaine d’années à peine, il était carrément question que Brasilia reconnaisse la pseudo “République arabe sahraouie démocratique” (RASD) après que la Chambre des députés brésilienne eut adopté, en septembre 2014, une résolution l’y incitant, et que la diplomatie marocaine revient donc de loin.

La déclaration de Nasser Bourita et Mauro Vieira écarte d’ailleurs d’emblée tout établissement de liens par l’actuel gouvernement brésilien, que dirige depuis janvier 2023 le président Lula, avec l’entité séparatiste, dans la mesure où elle conditionne l’avenir des provinces du Sud “aux efforts des Nations unies en vue de parvenir à une solution politique et mutuellement acceptable, conformément aux résolutions pertinentes des Nations unies”, ce que l’établissement d’une soi-disant république au Sahara marocain ne permet pas. Et soit dit en passant, on rappellera aussi que c’est le Brésil qui présidait le Conseil de sécurité au moment où ce dernier prolongeait, le 30 octobre 2023, le mandat de la Minurso, la mission de paix des Nations unies au Sahara marocain, et qu’il avait à ce moment voté favorablement à la résolution afférente, largement à l’avantage du Maroc.

Il n’y a pas que le Sahara
De ce fait, cela tombe sous le sens que la partie marocaine considère que le déplacement de Mauro Vieira au Maroc constitue une réussite; néanmoins, il serait sans doute réducteur d’en faire l’appréciation sous le seul angle, certes vital pour le Royaume, du Sahara marocain, comme le propos déjà cité plus haut de Nasser Bourita lui-même le laisse entendre, justement. Ainsi, sur les vingt-trois points de la déclaration de Nasser Bourita et Mauro Vieira, deux seulement ont concerné le Sahara marocain, et même dans leur sortie médiatique les deux responsables se sont personnellement davantage attardés sur la dimension non-saharienne du partenariat bilatéral.

À cet égard, Mauro Vieira a notamment mis sur le tapis, au cours de son séjour, quatre accords, dont le Maroc est désormais signataire avec son pays: un accord d’assistance administrative mutuelle en matière douanière; un mémorandum d’entente sur la promotion de Tanger Med comme plateforme logistique auprès des opérateurs brésiliens, entre Tanger Med Special Agency (TMSA) et la Chambre de commerce arabo- brésilienne; un mémorandum d’entente portant sur les volets recherche, développement et achat de pièces aéronautiques fabriquées par le parc industriel Midparc, entre Embraer et le ministère de l’Industrie et du Commerce; et un mémorandum d’entente sur l’organisation du Business Forum, entre l’Agence marocaine du développement des investissements et des exportations (AMDIE) et la Chambre de commerce arabo-brésilienne.


Conquêtes de marché
On relèvera ainsi plutôt, à ce niveau, une prédominance de l’économique pur et dur, et cela, il faut le signaler, se ressentait déjà il y a deux décennies, au moment où Mohammed VI foulait le sol brésilien: concrètement, il s’agit pour le Maroc de conquérir un nouveau marché, qui se trouve aussi être, en l’espèce, un des plus dynamiques au monde, surtout si on y adjoint les autres pays du Mercosur, le Marché commun du Sud (qui comprend, outre le Brésil, également l’Argentine, le Paraguay et l’Uruguay et doit bientôt compter pas moins de 300 millions d’habitants); du côté du Brésil, l’objectif est de partir à l’assaut du monde arabe, où le milieu des affaires brésilien estime qu’il n’est pas suffisamment présent et où depuis plusieurs années il lorgne des accords de libreéchange (le Maroc fait partie, avec le Liban et la Tunisie, des trois pays arabes avec qui le Brésil envisage de signer de tels accords).

Certes, le Maroc et le Brésil ne partent pas de zéro, leur balance commerciale ayant à titre d’exemple représenté 2,7 milliards de dollars en 2023 (ce qui fait du Maroc le premier partenaire commercial arabe du Brésil, et le troisième en Afrique); toutefois, leurs échanges restent essentiellement circonscrits au domaine agricole, avec principalement, vu du Maroc, l’export d’engrais marocains (le groupe OCP dispose, on le rappelle, de deux filiales brésiliennes, à savoir OCP Do Brasil et OCP Fertilizantes) et l’import de produits agro-alimentaires brésiliens (c’est, à titre d’exemple, du Brésil qu’avaient été ramenés les zébus ayant défrayé la chronique au printemps 2023). On dira bien évidemment que cela coule, dans une certaine mesure, de source, du moment que le Maroc se trouve être le premier réservoir mondial de phosphates et le Brésil la première puissance agricole, mais il y a bien, de toute évidence, matière à diversifier davantage.

Business Forum et tourisme
Et c’est dans cette optique que les accords paraphés en présence de Mauro Vieira interviennent sans doute le plus à point nommé: l’institution d’un Business Forum devrait notamment constituer un grand pas en avant dans ce sens, d’autant qu’il devrait s’adjoindre aux efforts mis dans la balance depuis dix ans déjà par la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) et le Groupe des chefs d’entreprise (LIDE) brésilien, organisateurs dès novembre 2014 d’un Forum Maroc-Brésil à Casablanca.

Aussi, la reprise de la ligne aérienne Casablanca-Sao Paulo, arrêtée au tout début de la pandémie de Covid-19 en mars 2020, permettra sans doute d’intensifier les échanges humains, notamment ceux de touristes, avec le Maroc qui vise désormais ouvertement à attirer 100.000 touristes brésiliens à l’avenir, soit le double du nombre actuel (précisons que depuis mars 2024, l’Office national marocain du tourisme (ONMT) dispose d’un bureau à Sao Paulo). De bien bon augure pour le Maroc et le Brésil à la fois...

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