Laura palatini :“Des milliers de marocains peuvent être victimes de l’arnaques dans les recrutements à l’étranger”

Laura Palatini, Cheffe de mission de Organisation internationale pour les migrations (OIM) Maroc.

Cheffe de mission de l’OIM Maroc, Laura Palatini revient pour Maroc Hebdo sur le phénomène de l’arnaque dans les recrutements à l’étranger et présente les efforts fournis pour protéger les travailleurs migrants.

 

Compte tenu du contexte marqué par les effets économiques de la pandémie, de la guerre, l’inflation, etc… la migration économique semble comme une solution pour beaucoup de personnes. Une situation dont profitent également beaucoup d’arnaqueurs. De combien de migrants, ou potentiels migrants, parle-t-on?

Il faut d’abord préciser que les motifs de migration sont multiples et complexes. Quant aux pratiques frauduleuses dans les recrutements internationaux, elles existent depuis longtemps, dans plusieurs pays, et ne sont pas uniquement liées à la situation actuelle. Selon le ministère des Affaires étrangères, de la Coopération et des MRE, il y a environ 4.8 millions de Marocains vivant à l’étranger et effectivement les raisons économiques constituent la première raison du désir d’émigrer pour 73,5% des gens, suivies des raisons sociales pour 21,8%. Notons cependant que ces statistiques datent de 2019 et ne tiennent compte que des personnes enregistrées au niveau des consulats. Au niveau mondial, selon les Nations unies, 5% de la main d’œuvre mondiale est constituée de travailleurs migrants. Malheureusement, il est estimé que plus de 25 millions de personnes sont actuellement victimes du travail forcé, et la moitié d’entre elles sont piégées à cause de leurs dettes et des milliers de marocains peuvent être victimes de l’arnaques dans les recrutements à l’étranger. Il est difficile d’établir des statistiques officielles pour le Maroc, tant les pratiques sont multiformes et les fraudeurs sont nombreux et insidieux. Nous espérons que la campagne de sensibilisation que nous avons lancée permettra d’éveiller les consciences sur ces pratiques dangereuses et de faire parler de ces fraudes pour protéger les travailleurs et limiter le nombre de victimes des fraudeurs.

Comment les arnaqueurs profitent-ils de la vulnérabilité des migrants?

Nous avons constaté que les réseaux sociaux comme Facebook ou WhatsApp sont les moyens les plus utilisés dans la recherche d’emplois à l’étranger. Ces outils sont également utilisés par les faux recruteurs pour attirer les migrants potentiels. C’est d’ailleurs pour cela que l’OIM a lancé la campagne «Koune Ala Bal» pour prévenir les travailleurs de ces phénomènes, en grande partie sur les réseaux sociaux. Il est difficile de trier le vrai du faux dans les informations sur Internet, et certaines personnes malhonnêtes en tirent parti. Des fausses offres d’emploi y circulent, ainsi que des fausses promesses d’embauche, ou encore des contrats de travail factices utilisant illégalement les logos d’organismes officiels tels que l’ANAPEC. On peut également citer les salons de l’emploi informels qui ne disposent d’aucune autorisation officielle mais qui attirent cependant un grand nombre de personnes. Les travailleurs peuvent aussi ne pas être informés de tous leurs droits. Par exemple, un point principal du recrutement éthique international est que tous les frais sont à charge de l’employeur. Or les recruteurs informels peuvent demander des frais injustifiés aux candidats pour, soi-disant, leur trouver ou leur finaliser un contrat de travail. Ce type de pratiques est totalement contraire aux normes de recrutement éthique et équitable. Quant aux travailleurs migrants qui sont déjà partis dans un pays étranger, ils peuvent aussi être mal informés et donner leur passeport ou pièce d’identité à leur employeur, ce qui va également à l’encontre des normes internationales de protection des travailleurs. 

Comment les personnes souhaitant travailler à l’étranger peuvent-elles se protéger?

Comme le nom de la campagne de sensibilisation que nous avons lancée l’indique, il faut toujours être attentif, «Koune Ala Bal», rester vigilant. Par exemple, s’il s’agit d’une offre d’emploi avec le logo de l’ANAPEC, il faut aller à l’agence ANAPEC la plus proche et vérifier qu’il s’agit bien d’une offre officielle. Si l’offre émane d’une agence privée, voir si celle-ci est agréée en allant sur le site du ministère de l’Inclusion économique, de la petite entreprise, de l’emploi et des compétences. Il faut chercher le plus d’informations possibles sur les droits et les obligations en tant que travailleur, par exemple en consultant le code du travail marocain et celui du pays de destination, qui sont en général disponibles sur Internet. Dans la mesure du possible, il faut se faire conseiller par des professionnels, notamment sur la légalité du contrat, ou pour remplir les formulaires. Et, enfin, et surtout, il faut suivre les procédures de migration régulières, avoir un visa de travail, faire viser le contrat par le ministère avant de partir, ce sont ces mesures qui assureront la meilleure protection aux travailleurs.

À qui s’adresse la campagne «Koune Ala Bal» et pour quels objectifs?

La campagne «Koune Ala Bal», lancée en décembre 2021, s’adresse à tous les travailleurs marocains, qui voudraient partir à l’étranger, qui sont dans un processus de recrutement international, ou qui sont déjà partis et seraient éventuellement en difficulté dans un pays étranger. L’objectif de cette campagne est de leur apporter toutes les informations officielles et utiles pour qu’ils puissent éviter les fraudes éventuelles et connaître leurs droits. En allant sur le site kounealabal.ma ils auront des conseils de prévention, les sites Internet officiels sur le travail à l’étranger ou encore les numéros à contacter en cas problème. Une deuxième phase de la campagne doit débuter dans quelques semaines et s’adressera principalement aux agences de recrutement et de placement international. Il s’agira, cette fois-ci, de les encourager à appliquer des pratiques éthiques et équitables, et à toujours se conformer aux normes et standards internationaux, tels que les standards IRIS