LE PALAIS TRANCHE POUR LE PATRONAT

LA CGEM REÇUE AU CABINET ROYAL

LA RÉCEPTION RÉCENTE DU BUREAU DE LA CGEM PAR LE CABINET ROYAL SEMBLE AVOIR EU POUR PRINCIPAL OBJECTIF DE LUI DONNER VOIX AU CHAPITRE DANS LES POLITIQUES DE RELANCE À SUIVRE AU COURS DES PROCHAINS MOIS.

C’est le président de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), Chakib Alj, qui en a fait la révélation au cours du dernier conseil d’administration de l’organisation patronale, tenu le 28 mai par visioconférence: récemment, le patronat était présent à une réunion au cabinet royal, à laquelle ont également participé “plusieurs membres du gouvernement” -sans que leur identité ait été précisée- et au cours de laquelle de “hautes instructions” ont été données “pour une mobilisation forte de l’État pour accompagner les opérateurs économiques pour la réussite de cette reprise”. “Sa Majesté le roi Mohammed VI que Dieu l’assiste, suit de très près les actions en cours et soutient le secteur privé,” s’est félicité, à ce propos, M. Alj. Et d’ajouter, dans la foulée, que “cette confiance royale nous honore et consolide notre détermination à réussir la relance de notre économie, sous la conduite éclairée de Sa Majesté, dans les valeurs qui sont les nôtres: la solidarité, le patriotisme et la citoyenneté”.

Surprenant! Et surtout, intrigant: non, en soi, que les patrons aient été conviés par le Palais, puisque celui-ci est toujours demeuré ouvert à eux et, en l’espèce, à leurs griefs -de nombreux discours royaux des dernières années ont, ainsi, ouvertement pris fait et cause pour eux au dépens notamment de l’administration-, mais que personne n’en ait, entre-temps, pipé mot. Car aucun communiqué n’avait, jusqu’à ce que M. Alj vende la mèche, été publié, et, si l’on peut dire, ce n’est pas vraiment dans les habitudes de la “maison”. Et dire que la réunion n’était pas importante pour mériter d’être répercutée n’est pas plaidable: on sait désormais que c’est au cours de sa tenue que la CGEM s’était vu confier la charge de coordonner, à partir de ce 3 juin, la “très large” campagne de dépistage du Covid-19 auprès des employés du secteur privé. Et à lire entre les lignes des déclarations de M. Alj, la réunion aurait également donné lieu à des décisions autrement stratégiques en matière de relance.

Pacte pour la croissance et l’emploi
Y avait-il simplement une préférence pour travailler dans la discrétion, loin de tout tapage en laissant, dans les faits, les différentes parties mettre en oeuvre les instructions royales chacune à sa manière propre? Possible, car telle a été, en fait, la façon de procéder depuis la déclaration de l’état d’urgence sanitaire le 20 mars. Et, dans ce sens, l’on ne peut pas dire que le gouvernement de Saâd Eddine El Othmani n’ait pas eu les mains libres, comme peuvent le démontrer les nombreuses décisions qu’il a prises au cours des dernières semaines, à commencer par celle de prolonger le confinement jusqu’au 10 juin contre l’avis de son ministre de l’Economie, des Finances et de la Réforme de l’administration, Mohamed Benchaâboun -qui, certainement, ne serait pas monté au créneau s’il s’agissait véritablement d’une directive royale. Et si, justement, c’était ces décisions de l’Exécutif qui étaient en cause et qu’en faisant mystère de la réunion, le Palais n’ait, au vrai, pas voulu désavouer publiquement ce dernier et reprenait simplement la main? S’il serait tout-à-fait hasardeux de l’affirmer, il demeure toutefois évident qu’en ce qui s’agit précisément du patronat, le gouvernement a commis de nombreux impairs au cours de l’état d’urgence sanitaire et que ceux-ci devaient être incessamment solutionnés.

Ainsi, si la CGEM a, naturellement, été intégrée au Comité de veille économique (CVE) mis en place le 16 mars au niveau du ministère de l’Economie pour anticiper les répercussions surtout économiques de la pandémie de Covid-19, son rôle est, tout ce temps durant, resté principalement figuratif; ce qui, bien entendu, ne pouvait que fortement l’indisposer. Par exemple, sa demande de reporter l’augmentation du salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) au-delà de la date initialement prévue du 1er juillet n’a même pas été vraiment débattue, quoiqu’elle ait été fondée ou pas. Au sein, particulièrement, du CVE, le manque de communication et de coordination avec les autres parties avait notamment été flagrant au cours de la passe d’armes qui l’avait opposée, fin mars, au Groupement professionnel des banques du Maroc (GPBM), suite à la lettre ouverte au vitriol, relayée par les médias, de M. Alj fustigeant les présumés “écarts” et “situations en décalage” des institutions bancaires nationales à l’égard des patrons (lire n° 1342, du 3 au 9 avril 2020).

Et c’est, supposément, ce sentiment d’absence de considération à son endroit qui, selon diverses sources, aurait le plus décidé la CGEM à lancer, à partir du 18 avril, l’élaboration de son propre plan de relance, en concertation avec 25 des 33 fédérations sectorielles qui la constituent; ce qui a donné la feuille de route qui avait été rendue publique le 25 mai par M. Alj. En même temps, M. Benchaâboun échafaudait son propre “pacte pour la croissance et l’emploi”, comme il avait désigné, au cours justement de la réunion du conseil d’administration de la CGEM du 28 mai à laquelle il avait été invité à prendre part, le plan qu’il souhaite implémenter pour permettre à l’économie nationale de reprendre des couleurs.

Et d’ailleurs dans l’esprit, les deux visions coïncident, en capitalisant toutes deux sur l’investissement public. Restait seulement que tout le monde se mette enfin à tirer dans une seule et même direction, ce que l’intervention du Palais semble avoir permis. Surtout, ce dernier paraît avaliser le plan de la CGEM, comme le laisse entendre la référence de M. Alj, dans son allocution devant le conseil d’administration de la confédération, à la “confiance royale”, et le fait que la réunion du cabinet royal ait été tenue juste après la présentation du document. En tout cas, il sera important au cours des prochains mois que toutes les parties soient mises à contribution, y compris les syndicats -qui, pour l’heure, ne semblent pas vraiment avoir eu un droit de regard sur les politiques adoptées par le gouvernement et auraient eux aussi bien des raisons de se plaindre-, le caractère exceptionnel du moment actuel le commandant d’autant plus...


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