Où va le Maroc ?

La presse internationale ironise sur le chaos induit par l’interdiction des déplacements dans 8 villes marocaines


L’«ultimatum» éphémère, de 5 heures, lancé par le ministère de l’Intérieur dans le cadre de sa décision prise in extremis d’interdiction de déplacements de et vers 8 villes marocaines, par le biais d’un simple communiqué publié le dimanche 26 juillet 2020 à 19 heures, a provoqué bouchons, embouteillages, accidents de circulation et nombre de décès, selon des témoins. Des centaines de milliers de Marocains  fuyaient, comme des bandits, leurs villes, dans la nuit, sous le regard complice des autorités. Une scène choquante, un affront !
Cette décision expresse a provoqué aussi l’ire des Marocains qui ont vu en cette décision et l’écart de temps entre sa délibération et le dernier délai de déplacements autorisés, du mépris et du manque de considération.

Mais cette «cruelle» décision, injustifiée et surtout injustifiable si l’on rattache uniquement aux cas de contamination en hausse ou plutôt ses répercussions fâcheuses, ont fait les choux gras de la presse internationale particulièrement française (Le Nouvel Obs, L’Express, Le Point…) qui n’a pas manqué d’ironie pour dépeindre les scènes de chaos qui ont régné de 19h à minuit ce dimanche «noir».
Comme c’est désolant, voire déprimant, de constater combien le bien de plusieurs mois peut être oublié en un jour à cause d’une décision irréfléchie ! Tous les efforts louables fournis depuis le début de la pandémie, qui ont permis de soigner l’image du Maroc à l’étranger et valu des éloges de par le monde, ont été anéantis par une décision qui s’apparente à une sorte de caprice, dénote de mauvais choix, d’absence de concertation, de manque de considération envers la population et surtout, d’une absence de vision et de projection à moyen terme.
Autant ce qui a été fait jusqu’ici en redorant le blason du royaume sur la scène internationale, autant cette décision et ses incidences l’ont ternie.
Venons-en à la manière et aux justifications de telles décisions auxquelles le gouvernement et le ministère de l’Intérieur nous a habituées.

La manière est non convaincante. Voire sournoise. D’abord, elle fait fi de la presse marocaine. Toutes les décisions prises jusqu’alors ont été communiquées via communiqués et posts sur Facebook ou tweets. Depuis quand un gouvernement qui se respecte et respecte ceux qui l’ont porté au pouvoir passe par les réseaux sociaux pour faire savoir des décisions qui intéressent le commun des mortels.
Ensuite, les arguments présentés ne convainquent personne. Depuis le début de la pandémie, les chiffres de contamination ont toujours servi afin de justifier des décisions prises à la dernière minute. Tout se prépare et se communique à l’avance. Et tout s’explique par les médias interposés. Car pour passer des décisions brusques et populairement rejetées, l’argument selon lequel il y aurait une hausse soudaine des chiffres les trois ou quatre derniers jours précédant leur communication, est le moyen récurrent et favori, voire le seul.

Et puis, les hausses des cas de contamination sont dues aux clusters professionnels et industriels. En quoi un relâchement du contrôle des autorités locales et des commissions du ministère de l’Intérieur peut être utilisé pour sanctionner tout un peuple qui vient de respirer après plusieurs mois de confinement. Et même concernant les citoyens, que les messages de menace et de représailles ciblent en premier et sur lesquels ils font leur effet, ils seraient les premiers responsables. Le gouvernement et le ministère de l’Intérieur en particulier oublient ou omettent qu’il existe une institution censée faire respecter le décret-loi relatif à l’état d’urgence sanitaire et aux mesures de prévention. S’il y a relâchement, et relâchement il y a, il est des deux côtés. Beaucoup plus des côtés des forces de l’ordre et des autorités locales qui ont vraiment lâché du lest. Il s’agit soit de menaces suivies de contrôles fermes de deux ou trois jours, soit un relâchement quasi-total suivi d’annonces de chiffres effarants de cas de contamination.

C’est dire l’absence de transparence qui sert à alimenter le flou, le doute et l’incompréhension. Et cela dure trop qu’il est devenu légitime de se demander si les responsables savent bien où ils vont et maîtrisent tous les risques y afférents. A bon entendeur cette fois.


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