Opération des FAR à Guergarat: Rabat fait l'unanimité

La junte algérienne risque de s’isoler davantage si elle persiste à appuyer la thèse de la séparation du Sahara marocain.

Si la crise de la zone tampon de Guergarat a confirmé une chose, c’est que le Maroc ne prêche pas dans un désert son intégrité territoriale, quand bien même il s’agit du Sahara. Au contraire, l’intervention des Forces armées royales (FAR) dans la zone en question, qui se trouve à la frontière entre le Maroc et la Mauritanie, a, comme tout le monde l’a vu, bénéficié d’un soutien presque unanime à l’international, si l’on excepte bien sûr les quelques voix anti-marocaines habituelles pour qui rien ne saurait justifier une révision de leurs positions et qui, somme toute, constituent une cause perdue.

Ainsi, l’on a notamment vu l’Afrique immédiatement se ranger du côté du Royaume, elle qui avait pourtant commis l’impair d’adjoindre, en novembre 1984, la soi-disant “République arabe sahraouie démocratique” (RASD), au nom de laquelle le mouvement séparatiste du Front Polisario revendique la partie du Sahara marocain anciennement colonisée par l’Espagne, à l’Organisation de l’unité africaine (OUA), ancêtre de l’actuelle Union africaine (UA).

Des pays traditionnellement amis comme le Gabon et la Guinée équatoriale, ou même des États ayant par le passé entretenu des relations avec l’entité polisarienne comme la Zambie, se sont fendus de communiqués qui, in fine, en disent long sur le revirement qu’a connu le continent en faveur de Rabat au cours des dernières années, surtout suite à l’adhésion de janvier 2017 à l’UA justement.

Instances africaines
Cette dernière d’ailleurs, qui avait pourtant l’habitude de prises de position hostiles à la partie marocaine après que le Polisario et surtout la junte algérienne eurent noyauté ses différentes instances plusieurs années durant, est elle-même finalement restée neutre, se contentant d’“exprime[r] sa profonde préoccupation” quant à l’escalade provoquée par le mouvement séparatiste à Guergarat, alors qu’au milieu de la dernière décennie encore elle tentait de s’ingérer dans un sens favorable à la proclamation de la soi-disant “RASD” à travers la nomination en tant qu’envoyé spécial de l’ancien président mozambicain Joaquim Chissano -en juin 2014.

En opérant son retour dans les instances africaines -il avait quitté l’OUA dès après l’admission de la soi-disant “RASD”-, le Maroc a en fait damé le pion à Alger, et la preuve la meilleure de ce fait a été l’inauguration de pas moins de quinze consulats par des pays africains au Sahara marocain rien qu’au cours des onze derniers mois, ce qui constitue de fait de la part de ces pays une reconnaissance de la souveraineté du Royaume sur la région.

À cet égard, le roi Mohammed VI a sans doute parfaitement résumé la situation, dans son dernier discours de la Marche verte du 7 novembre, quand il a parlé de “scénario typique d’une fuite en avant” en évoquant “les provocations stériles et les manoeuvres désespérées des autres parties”, alors que le Polisario bloquait depuis le 21 octobre la circulation des biens et des personnes à Guergarat en dépit des remontrances du secrétaire général de l’Organisation des Nations unies, Antonio Guterres, “himself”.

Et la capitale algérienne risque, de fait, de s’isoler davantage si elle persiste à appuyer la thèse de la séparation du Sahara marocain, sachant que ce n’est pas qu’en Afrique que l’on voit la première cause nationale avoir de plus en plus de succès. Au niveau arabe surtout, pas moins de onze pays, soit la moitié des États membres de la Ligue arabe, ont ouvertement cautionné l’opération des FAR à Guergarat, notamment au Golfe où l’Arabie saoudite, Bahreïn, les Émirats arabes unis, le Koweït, Oman et le Qatar ont pour une fois, tous, accordé leurs violons sur une question d’intérêt diplomatique. Ce qui ne saurait, du reste, surprendre de la part de ces pays, dont le roi Mohammed VI avait, dans son mémorable discours de Dariya de mars 2016 à l’occasion du premier sommet Maroc-Pays du Golfe, mis sur un même pied leur sécurité et celle du Maroc.

Solution politique
Au cours des derniers mois et dans le sillage des pays africains susmentionnés, les Émirats arabes unis -le 27 octobre- et la Jordanie -le 19 novembre- ont même pris la décision, eux aussi, de se doter de consulats au Sahara marocain, et d’autres pays arabes devraient sans doute, au fur et à mesure, également suivre.

Ailleurs, les grandes puissances, si elles n’ont pas voulu balancer aussi clairement du côté du Maroc afin de ménager l’Algérie et par là-même le processus de règlement du conflit saharien dépendant évidemment en grande partie de la bonne volonté de la voisine de l’Est, n’en ont pas moins adopté une attitude cautionnant le discours marocain, qui insiste sur une solution à la fois politique, juste, durable et mutuellement acceptable.

Le président français, Emmanuel Macron, l’a notamment souligné dans une interview publiée le 20 novembre dans l’hebdomadaire panafricain Jeune Afrique. “Je suis convaincu que les différents protagonistes savent que la seule issue est politique,” a-t-il dit. Au vu de la persistance de l’Algérie à vouloir organiser un référendum qu’elle sait irréalisable sur le terrain, on peut toutefois en douter...


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