L'OMBRE DU 20 FÉVRIER RÔDE TOUJOURS

Il y a 9 ans le 20 février...

Les symptômes d’il y a neuf ans sont toujours là. Les réformes lancées suffiront-elles pour faire l’économie d’un nouveau 20 février? Celui-ci peut-il renaître de ses cendres?

Neuf ans après, comment le Mouvement du 20 février 2011 est-il rétrospectivement pensé et vécu? Ce printemps arabe à la marocaine a-t-il laissé des empreintes réellement indélébiles dans les mémoires et dans les esprits des décideurs politiques? Et puis, la mère des questions, ce mouvement peut-il renaître de ses cendres pour redevenir opératoire à reculons? L’une dans l’autre, la réponse à ces trois questionnements est forcément positive, dès lors qu’ils touchent à la structure institutionnelle du pays. Une nouvelle constitution est née. Elle est supportée par une nouvelle configuration de l’État dans ses rapports au citoyen et dans sa pratique de la chose publique. Tout un programme. On y reviendra.

Pour le moment, l’ultime interrogation qui taraude les esprits est celle de savoir si le Mouvement du 20 février 2011 avait suffisamment secoué la classe politique, ne serait-ce que le temps d’un printemps marocain pas comme les autres. Une observation est d’ores et déjà acquise, la chose politique n’était plus cantonnée dans l’axe Rabat-Casablanca. Elle devenait, par la force des nouvelles technologies de l’information et de ses réseaux sociaux proliférants, à la portée de tout un chacun, pratiquement sans distinction entre mobilisés et mobilisables. Il a été communément admis, avec un peu de retard, que les revendications majeures du 20 février sont foncièrement sociales, soit, mais également politiques, exigeant des réformes constitutionnelles. Sans réagir sous aucune forme de pression que celle d’une rue échaudée, S.M. le Roi avait prononcé son discours mémorable du 9 mars 2011 dans lequel il engage le pays sur la voie de la réforme. Il est tout de même bon à rappeler que cela s’est traduit par un référendum le 1er juillet 2011 sur l’adoption ou pas d’un nouvel encadrement constitutionnel suivi de législatives anticipées le 25 novembre 2011 remportées par le PJD (107 sièges sur 395), malgré le fort taux d’abstention.

Par ailleurs, les forces publiques concernées ont privilégié l’absorption des contestations par la négociation plutôt que la confrontation. Quant au changement «concerté» de la Constitution, la principale promesse consiste à rappeler qu’il n’y a pas d’autorité sans responsabilité et sans reddition des comptes. Les manifestations d’Al Hoceima et de Nador semblent être venues s’intercaler pour faire entendre la singularité de leur voix. Comme il fallait bien objectiver leur mouvement, les manifestants du Rif ont donné un aspect local et régional à leurs revendications sociales, avant qu’elles ne deviennent ouvertement politiques et carrément scissionnistes au nom de la guerre de résistance menée par Abdelkrim Al Khattabi. C’est à ce titre que Nasser Zefzafi ainsi que ses lieutenants Nabil Ahamjik, Wassim Boustati et Samir Ighid ont été jugés et condamnés à de lourdes peines allant jusqu’à 20 ans de prison ferme. Un autre point de tension sous les auspices du Mouvement du 20 février.

Valeur aujourd’hui, que reste-t-il des leçons transmissibles du 20 février 2011? Concrètement et forcément orientés vers un meilleur avenir immédiat, il en reste une accélération des chantiers ouverts et jamais achevés, dans moult domaines qui vont de la santé publique à l’école du village, en passant par des voies pas toujours carrossables. Après une intervention royale bien sentie, les pelleteuses et autres engins du même genre, se sont subitement remis à l’oeuvre. Il en va de même des documents administratifs en attente du cachet officiel, avant d’être délivrés.

Pendant cette période, on a vraiment eu le sentiment que le Maroc bouge dans le sens d’un 20 février libérateur. Ultime question, comme il en reste toujours dans ce cas d’espèce. Avec ce 20 février, sommes-nous l’objet d’une poudre aux yeux, juste pour passer le gué d’une série de revendications socio-politiques du moment, donc éminemment provisoires; ou bien d’une vraie lame de fond faite pour perdurer? Dans cette toute dernière interrogation, il y a de la place pour les plus sceptiques autant que pour les optimistes invétérés. En somme, ce 20 février 2020 est-il le produit d’un orage passager, du genre averse estivale; ou l’annonce d’un Maroc nouveau en gestation?.


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