Affaire Omar Raddad: Une révision du procès, trente ans après ?

L’affaire “Omar Raddad” renaît de ses cendres trente ans après avoir été close par une grâce présidentielle partielle au profit du ressortissant marocain Omar Raddad. Un élément nouveau pourrait-il l’innocenter enfin?

Un jeune immigré d’origine marocaine, âgé de 23 ans, jardinier de son état, c’était le profil idéal pour la justice française il y a 30 ans pour clore un dossier qui avait défrayé la chronique. Surtout que la victime est une Française riche. Aujourd’hui, l’affaire «Omar Raddad» renaît de ses cendres et les avocats du jardinier demandent une révision du procès.

Tout a commencé le 23 juin 1991. Ghislaine Marchal, 65 ans, riche veuve d’un équipementier automobile, est retrouvée baignant dans son sang dans la cave de sa propriété de Mougins, dans le sud de la France. Sur les lieux du crime, les enquêteurs découvrent deux inscriptions rédigées sur deux portes avec le sang de la victime: «Omar m’a tuer» et «Omar m’a t». Une preuve suffisante pour le parquet, qui inculpe rapidement Omar Raddad, 27 ans, son jardinier, un père de famille dont le casier judiciaire était vierge.

Omar Raddad sera condamné en 1994 à 18 ans de prison ferme, sans possibilité de faire appel à l’époque. Il a passé plus de sept ans en prison. Le jardinier marocain, qui n’a jamais cessé de clamer son innocence, a bénéficié d’une grâce partielle de l’ex-président français Jacques Chirac et d’une libération conditionnelle en 1998. Mais il n’a jamais été innocenté. Puis, un rebondissement inédit: une demande de révision du procès a été déposée, jeudi 24 juin 2021, par la défense de l’ancien jardinier, qui vit à Toulon.

Intime conviction
Cette demande s’est basée sur les résultats du rapport d’un expert privé en 2019, révélés il y a quelque temps par le journal Le Monde. Dans ce rapport, on souligne la présence d’une trentaine de traces d’un ADN complet masculin n’appartenant pas au jardinier et trouvées dans l’une des fameuses inscriptions faites avec le sang de la victime. «Grâce aux éléments nouveaux découverts depuis la dernière décision de rejet de la Cour de révision » en 2002, «la vérité sur l’innocence d’Omar Raddad sera reconnue, c’est notre intime conviction», lit-on dans le communiqué de la défense.

Le capitaine de gendarmerie Georges Cenci, qui a dirigé l’enquête sur l’assassinat de Ghislaine Marchal, a écrit dans son ouvrage magistral, intitulé Omar l’a tuée: «Les caractères nets, appliqués, non déformés, écrits par une personne lucide et déterminée, excluent toute écriture sous la menace et la contrainte.»

Même en 2002, quand la chambre criminelle de la Cour de cassation a rejeté la demande de révision, elle avait refusé d’admettre de nouvelles traces ADN: «Si la découverte d’empreintes génétiques masculines sur les deux portes servant de support aux inscriptions accusatrices, ainsi que sur le chevron, constitue un élément nouveau, il est impossible de déterminer à quel moment, antérieur, concomitant ou postérieur au meurtre, ces traces ont été laissées; attendu que de nombreuses personnes ont pu approcher les pièces à conviction avant le meurtre et, faute de précautions suffisantes, après celui-ci; que, dès lors, serait privée de pertinence toute recherche complémentaire sur les empreintes génétiques découvertes, comme sur celles qui pourraient l’être par de nouvelles investigations».

Des propos et des conclusions qui renseignent que durant trente ans, la justice française ne se laisse pas convaincre par la présence d’autres empreintes que celles de Omar Raddad. Celui-ci est-il vraiment le coupable idéal?.