Visite de Staffan de Mistura en Afrique du Sud

OMAR ET NASSER, LES DEUX FONT LA PAIRE

Une tempête dans un verre d’eau, alors? À partir de l’argumentaire de Nasser Bourita, on pourrait dire que oui; mais une tempête qu’il ne faut tout de même pas négliger.


Dans un intervalle de trois jours, ce sont deux sons de cloche relativement différents, mais substantiellement complémentaires, que l’on a entendu de la part des représentants de la diplomatie marocaine au sujet de la visite effectuée le 31 janvier 2024 par l’envoyé personnel du secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (ONU), Staffan de Mistura, en Afrique du Sud. Le premier de ces sons de cloche, c’est celui de Omar Hilale. Dans le cadre d’une interview publiée le 3 février 2024 par l’agence Maghreb arabe presse (MAP), le représentant permanent du Maroc à l’ONU a fustigé l’initiative de son compère italo-suédois, expliquant que Rabat avait eu vent de ses intentions de se rendre à la pointe méridionale du continent “plusieurs semaines” auparavant, et qu’à partir de là une “opposition catégorique” lui avait été exprimée par la partie marocaine.

Du fait qu’elle “reconnaît l’entité chimérique (la pseudo “République arabe sahraouie démocratique” (RASD), ndlr) et appuie le [mouvement séparatiste du] Polisario politiquement, diplomatiquement, médiatiquement et militairement”, l’Afrique du Sud n’est ainsi, aux yeux de Omar Hilale, aucunement indiquée pour avoir voix au chapitre à la tribune onusienne quant au différend autour des provinces du Sud du Royaume -elle n’est pas neutre, en gros, pour jouer un quelconque rôle dans le processus de paix actuellement en cours-, de même que, à la base, Staffan de Mistura n’a lui-même aucun compte à lui rendre: il faut dire que ce dernier aurait, à en croire de propres indiscrétions de la ministre des Relations internationales sud-africaines, Naledi Pandor, fait état de différentes approches qui seraient discutées en ce moment, alors qu’à la connaissance du Maroc la seule qui, valeur aujourd’hui, soit posée sur la table est celle d’une autonomie dans le cadre de sa souveraineté; indiscrétions qui semblent avoir eu le don particulier d’exaspérer Omar Hilale.

Plus circonspect (à son image habituelle, dira-t-on), le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, a, lui, plutôt minimisé jusqu’à l’importance même de l’Afrique du Sud en tant que partie pouvant influer de quelque façon que ce soit sur le cours du dossier -il s’agit de l’autre commentaire marocain suscité par le déplacement de Staffan de Mistura.


Répondant à une question qui lui avait été posée lors d’un point de presse tenu le 6 février 2024 à Rabat à l’occasion de la Conférence ministérielle de haut niveau sur les pays à revenu intermédiaire, le chef de la diplomatie nationale a, à ce propos, rappelé plusieurs faits saillants qui abondent dans le sens de sa réflexion: le fait que cela fait près de 20 ans déjà -depuis le 15 septembre 2004, très exactement- que Pretoria reconnaît la “RASD”; que durant ce laps de temps, elle avait siégé pas moins de trois fois au Conseil de sécurité (2007-2008, 2011-2012 et 2019-2020), sans jamais parvenir à mener à bout ses visées pro-séparatistes; et qu’au contraire, on avait plutôt observé une augmentation du nombre de retrait de reconnaissances de l’entité séparatiste, y compris dans son pré carré traditionnel d’Afrique australe (où les Comores, l’Eswatini, le Malawi, la République démocratique du Congo et la Zambie se sont mêmes dotés, depuis décembre 2019, de consulats à Laâyoune et Dakhla).

Nasser Bourita a aussi renvoyé au point que malgré l’opposition massive de l’Afrique du Sud, c’est le Maroc qui préside aujourd’hui le Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’Union africaine (UA) -depuis le 1er février 2024- et que le 10 janvier 2024, il avait réussi à accéder à la tête du Conseil des droits de l’Homme de l’ONU à ses dépens (par 30 voix contre 17). “Avec son agitation et ses gesticulations, l’Afrique du Sud n’a pas d’influence sur le dossier, elle ne l’a jamais influencé et elle ne pourra jamais l’influencer”, a-t-il tranché. Une tempête dans un verre d’eau, alors? À partir de l’argumentaire de Nasser Bourita, on pourrait dire que oui; mais une tempête qu’il ne faut tout de même pas négliger, surtout si l’envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU se met à lui accorder le crédit de la mission dont il a été chargé -c’est, semble-t-il, le sens du recadrage apporté à Omar Hilale et qui, on peut le deviner bien sûr, n’a pu se faire sans l’aval de sa hiérarchie.

Demain, d’autres pays également hostiles à l’intégrité territoriale du Maroc pourraient, ainsi, vouloir se prévaloir d’un tel vernis pour faire avancer des agendas qui, très souvent, n’ont aucunement à voir avec le Sahara marocain, et beaucoup plus avec des calculs étriqués à caractère interne (lire pages 20-23). À moins que lui-même n’en soit à poursuivre des objectifs inavoués, et on voudra croire que ce n’est pas le cas, Staffan de Mistura devrait sans doute être le premier à en prendre de la graine.

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