Entretien avec Omar Mahfoudi, artiste plasticien

Etre plasticien, c’est un hommage à mon père

Artiste plasticien à l’oeuvre prolifique, Omar Mahfoudi est natif de la mythique cité du détroit, Tanger. Fasciné par la couleur et la puissance de la nature, il participera à 1-54 London du 14 au 17 octobre 2021 avec la galerie parisienne Afikaris.

Comment êtes-vous venu à l’art?
Dès ma prime enfance, j’aimais dessiner. Au lycée, je devais choisir entre une filière littéraire ou scientifique; un professeur m’a toutefois conseillé de suivre des études d’arts plastiques à Tanger. D’emblée, cette voie a trouvé un évident écho en moi. J’adorais échanger avec les autres étudiants au sujet de courants artistiques emblématiques, je dévorais la revue Beaux- Arts.

J’étais fasciné par les grands chantiers qui se déployaient au coeur de la ville, par la diversité des couleurs et les gros pinceaux que je voyais grâce à mon père, peintre en bâtiment. Je me disais que je voulais être libre, en réalisant des dessins à coups de graffitis sur les murs. Etre plasticien, c’est un hommage à mon père. Il m’a toujours soutenu et encouragé, il venait accompagné de ses amis à chaque exposition, plein de fierté.

Vous avez vécu l’effervescence artistique nayda, dite la movida, dans les années 2000. Parlez-nous de ce mouvement, notamment à Tanger.
Nous formions divers collectifs artistiques avec de nombreux amis plasticiens, improvisant souvent des vernissages dans la kasbah ou au sein de lieux improbables. Jeune artiste, je dessinais énormément. Pudique, j’étais gêné lorsque ma mère tombait sur des nus en rangeant ma chambre.

J’adorais copier Modigliani. (Sourire). C’est la peinture qui m’a permis de prendre mon envol. J’ai loué un atelier pour me consacrer pleinement à mon art. Les Tangérois vivaient encore avec le souvenir très présent, d’écrivains de la Beat Génération. Je croisais souvent Mohamed Choukri, légende vivante de cette puissante littérature. Il était affable, au contact direct.

Vous êtes un artiste voyageur…
J’ai eu l’opportunité de suivre une résidence artistique aux Etats-Unis, à la fondation Djerassi à Woodside California en 2012, axée sur l’art plastique. Précédée d’une autre, à Berkeley au sein de Kala Art Institute en 2009, consacrée à l’art vidéo. Fasciné par l’univers de William Kentridge, je suis passé par une phase dédiée au 7e art, inspiré par la veine de Georges Méliès. En 2008, Navigantès, mon court-métrage situé dans un café à Dar El Baroud avec des Tangérois parlant de politique, au fil de leur quotidien avait été primé et j’ai été invité à suivre une résidence artistique au Festival de Cannes. En 2013, je suis revenu à la peinture avec Désordre, série qui dépeint la symbolique du pouvoir de l’après Printemps arabe.

Quelle est la place de la couleur dans vos oeuvres actuelles?
Je suis guidé par la couleur. Ma composition prend forme face à l’interruption de la vie, à l’inattendu. Ayant grandi à Tanger, la lumière m’habite profondément, surtout depuis que je vis à Paris. J’aime prendre des risques, réaliser une oeuvre n’est pas confortable, c’est un défi constant.

Que vous inspire votre présence à 1-54 London avec la galerie Afikaris?
J’aime l’identité forte de cette foire dédiée à l’art contemporain africain et la vision de Touria El Glaoui. «Eldorado» sera la prochaine série que j’ai hâte d’y partager et où j’ai introduit une nouvelle tonalité. Les personnages en errance laissent place à la puissance et à l’immensité de la nature. Je revisite le passé colonial à travers des espaces insulaires colorés. J’aimerais retourner au Maroc pour saisir la force de la vie, le mouvement.