Omar Hejira: "Fidèle à lui-même, le Chef du gouvernement a fait une nouvelle sortie pour ne rien dire"

Entretien avec Omar Hejira, député et membre du comité exécutif du Parti de l'Istiqlal

Le député istiqlalien n’a pas caché sa déception de la prestation du Chef du gouvernement, Saâd Eddine El Othmani, le 10 juin 2020, au Parlement, pour rassurer les Marocains sur l’avenir et leur donner de la visibilité sur le déconfinement et la relance économique. Pour M. Hejira, le gouvernement El Othmani accentue une fois encore ses failles de communication.

En tant que député, comment avezvous évalué le discours du Chef du gouvernement au Parlement hier, 10 juin 2020, relatif à la prorogation de l’état d’urgence sanitaire?
Le Chef du gouvernement a été fidèle à lui-même. Il a encore fait une sortie pour ne rien dire. Malheureusement, il n’a rien apporté de nouveau aux Marocains sachant qu’en tant que Chef du gouvernement, il est censé être le détenteur de l’information. Il est venu au Parlement pour expliquer une décision déjà divulguée la veille. Ce qu’on attendait de lui, nous parlementaires, lorsqu’il s’est adressé à travers nous aux Marocains, c’est des détails de la gestion de l’après-Covid-19 et de la reprise économique… Il n’avait pas besoin de répéter ce qu’on savait déjà: que le Maroc a évité le pire et a su gérer cette période difficile avec beaucoup de tact sous l’orientation du Roi Mohammed VI et qu’il a réussi à relever le défi avec le moins de dégâts, en se distinguant par rapport à beaucoup d’autres pays.

Il était du devoir du gouvernement durant ces trois derniers mois, durant lesquels les Marocains ont été confinés, avec toutes les répercussions économiques et sociales que ce confinement a engendrées, de préparer des solutions pour, que devant les parlementaires, M. El Othmani vienne les étaler et expliquer comment on va procéder pour le déconfinement et quelle est sa vision de la relance économique et du soutien aux couches sociales impactées par cette pandémie. Contre toute attente, il n’a rien fait de tout cela. Il est venu reprendre ce qui était déjà détaillé dans le communiqué, sans plus. Il y avait même des zones d’ombre à clarifier. Ce n’est qu’après, à la télé, que des responsables sont venus les tirer au clair. En principe, le rôle du gouvernement et du Chef du gouvernement est d’informer les Marocains sur les décisions prises ou à prendre.

Cela confirme-t-il la faille communicationnelle reprochée au cabinet El Othmani?
Durant toute la durée passée du confinement, l’on a constaté, à notre grande déception, un déficit et une faille communicationnels du gouvernement vis-à-vis du peuple. M. El Othmani est passé deux fois à la télé sans donner de visibilité. On l’a vu mais on ne l’a pas entendu. Même chose hier au Parlement. Les attentes étaient grandes. Les Marocains s’attendaient à être informés par rapport aux mesures qui seront prises pour le déconfinement des commerçants, des entreprises et par rapport au soutien aux populations les plus touchées économiquement et socialement mais aussi autour de la relance économique et le détail de l’opération des analyses de dépistage des Marocains lambda et des gens qui travaillent dans l’informel.

On s’attendait à avoir des explications au sujet du virus, de l’éventualité de sa réapparition dans le futur et des mesures qui seront prises pour le contrecarrer… On s’est rendu à l’évidence que le gouvernement n’a ni vision ni visibilité. Il est vrai que les temps sont difficiles et que tout le monde a été pris de court par cette pandémie, mais tous les pays sont dans la même situation que nous. M. El Othmani avait du temps pour voir l’expérience d’autres pays qui ont vécu la même chose et qui, au moment du déconfinement, avaient une visibilité.

Pour les étrangers, il devait donner un délai, une échéance d’ouverture des frontières. Pour les MRE, dans le cadre de l’opération Marhaba, il aurait pu leur dire qu’il n’est pas plausible de penser à rentrer au Maroc avant fin août ou septembre. Concernant les 50.000 étudiants à l’étranger, qui ont un budget limité des 9 premiers mois de l’année universitaire, il devait informer sur la possibilité de retour au Maroc pendant l’été.

La France et l’Espagne ont déconfiné et ont rouvert leurs frontières à l’espace européen pour relancer la machine économique, est-ce que, en retardant le déconfinement, nous serions plus intelligents qu’eux? On ne demande pas à M. El Othmani de prendre des décisions hâtives. Mais si c’est pour nous raconter des choses qu’on savait et faire dans la tautologie, pour nous dire que le chiffre d’affaires de juin sera meilleur que celui d’avril, chose normale puisque l’activité économique reprend petit à petit, il ne faut pas être une lumière pour le comprendre.

Ne fallait-il pas qu’il s’adresse au Parlement quelques jours auparavant pour échanger avec les représentants du peuple?
C’est vrai. Mais même s’il ne l’a pas fait, il avait une opportunité de se rattraper et de rassurer les Marocains. Il avait 60 minutes pour répondre. Il devait informer sur l’avenir, pas sur le passé qui était la période la plus facile à gérer où il fallait se soucier uniquement d’assurer un approvisionnement des denrées alimentaires et des produits de première nécessité pendant que les gens étaient confinés. Car ce qui va advenir, c’est tout ce qu’il y a de pire à attendre. Des entreprises sont au bord de la faillite. Des ménages sont criblés de dettes (loyer résidentiel et commercial, eau et électricité…). Plus de 6.000 entreprises ont mis la clé sous le paillasson. A ce niveau, vraiment, il a raté le coche.


Laisser un commentaire

X

Télécharger le magazine Maroc Hebdo

Télécharger