Les oignons font-ils trembler le NASDAQ ?

Rien qu'à l’essai sur la fermeté, les consommateurs, ménagères en tête, pleurent à chaudes larmes.

Les grandes places boursières de la haute finance internationale sont très inquiètes. Le DowJones, le Nasdaq et le Cac 40, pour ne citer que ceux-là, tremblent. Ce n’est pas d’effondrement brutal, sous la forme de crash des valeurs boursières, qu’il s’agit, comme en 1929- 1930. Aucun agriculteur, même parmi les gros producteurs, ne s’est suicidé. À l’évidence, nos paysans tiennent plus à leurs terres ici-bas que leurs congénères nord-américains à leurs actions en bourse. Il s’agit plutôt d’une tendance inverse avec des effets économiques et sociaux réels: c’est la grande crise des oignons. Baisse draconienne de l’offre et tension insoutenable sur les prix à la demande. En somme, la loi du marché dans ses beaux déploiements démonstratifs. Un marché qui se régule par lui-même où le kilo d’oignons passe de 3 à 8 dirhams, avec une accalmie actuelle de 5 à 6 dh.

Rien qu’à l’essai sur la fermeté de l’oignon, les consommateurs, ménagères en tête, pleurent à chaudes larmes. Leur affection est grande pour un légume dont ils risquent de ne plus avoir les moyens. Au cas où cette évolution se confirme, notre tagine national n’aura plus le même goût. Catastrophe également nationale. Renseignements pris, plusieurs facteurs combinés seraient à l’origine de la tendance à la hausse des oignons, beaucoup plus que d’autres légumes. Arrive en premier, expliquent les doctes de l’agriculture et de la climatologie, le décalage dans le temps entre la production et la demande, provoquant un déséquilibre entre l’offre et la demande et une valse haussière des étiquettes. Comme chacun sait, nous vivons dans la partie nord du pays sous les effets collatéraux d’un climat méditerranéen plus qu’instable, lunatique.

Son irrégularité légendaire a une incidence déstabilisante sur la conjonction entre la période de maturation et la période de commercialisation. Les deux se sont chevauchées cette année pour le compte de l’oignon excessivement renchéri. Le retour à la normale est prévu pour très bientôt sur le calendrier. Ça ne sera évidemment pas oignons gratis, tout comme on ne rase pas gratis; mais simplement oignons accessibles et appétissants à même d’honorer notre riche culture culinaire.

Outre Atlantique, les agriculteurs en train de devenir industriels ont les yeux rivés sur les tablettes statistiques de leurs ordinateurs pendant que nous adressons un regard implorateur vers le ciel. Une posture à mi-chemin entre l’alimentation à base de précuits fournis par l’agro-industrie et une production fraîche et saine. Devant les fourneaux et la table de préparation, les oignons, aussi indispensables soient-ils, font partie d’un tout. Mieux, ils sont perçus comme le porte drapeau d’une alimentation bio. Ils contribuent à la renommée de la cuisine marocaine. Un argument qui vaut son pesant d’oignons.


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