Oignon chéri, redescends sur terre

Louay Kerdouss Louay Kerdouss

Crise dans les ménages marocains.  Alors qu’ils s’attendaient  à ce que la saison  agricole soit sauvée  par les récentes pluies, un véritable  casse-tête est venu hanter leur quotidien.  Du jour au lendemain, ils se  sont retrouvés devant une réalité  effarante: le prix du kilo d’oignons  a pratiquement explosé, pour atteindre  des sommets records.  Désormais, la ménagère devra faire  preuve de retenue devant les rangées  d’oignons dans les souks, car  un simple kilo lui coûtera 12 à 15 dirhams.


Mais qui l’eût cru? L’oignon! Ce légume  dégueulasse, surtout quand il  n’est pas bien cuit, ou tout simplement  pas cuit, et qui, de surcroit,  laisse une odeur horrible pour marquer  son passage dans nos bouches,  a frappé là où les consommateurs ne  s’y attendaient pas le plus: leur pouvoir  d’achat.


Les Marocains auraient compris  que ce coup bas soit l’oeuvre des  délicieuses bananes, des succulentes  pommes ou encore des savoureuses  poires. Mais surtout pas  ces misérables oignons, que l’on  pouvait s’offrir facilement à 3 ou 4  dirhams maxi, et que les marchands  de fruits et légumes rangeaient sans  le moindre soin ni discrétion.  Face à cette situation délicate, tout  le monde avait, évidemment, son  mot à dire. Les explications fusent  alors, depuis fin février 2016, sans  pour autant pouvoir percer le mystère  de ce coup de sang des oignons  contre nos porte-monnaies. Certains  évoquent les conditions climatiques  défavorables, notamment le  retard des pluies et le froid glacial,  qui auraient négativement affecté la  culture d’oignon, entraînant, ainsi, la  hausse de ses prix.


Mouais, peut-être. Mais cette hypothèse  ne tient pas trop la route,  vu que les autres denrées n’ont  pas augmenté aussi subitement, et  trois fois plus de valeur habituelle.  D’autres parlent du monopole de  certains grossistes comme cause de  cette hausse, tandis qu’un troisième camp accuse même les exportateurs  marocains d’oignons vers la  Mauritanie d’être à l’origine de cette  crise. Pour sa part, le gouvernement  a préféré garder le silence, et aurait  procédé à l’importation de cette  denrée du Canda et de l’Espagne,  afin de limiter la casse.


Du pain bénit pour les internautes  marocains, qui ont encore une fois,  puisé dans leur imagination et leur  sens de l’humour, pour dénoncer, à  leur manière, la flambée des prix des  oignons.  Celle-ci n’affecte pas seulement nos  bourses, déjà écrasées sous le coup  élevé de la vie, mais révolutionne  tout le système de valeurs des Marocains.


Le très expressif proverbe dialectal  marocain «Ma tswa heta bessla»,  littéralement «tu ne vaux même pas  un oignon», jadis utilisé pour rabaisser  son interlocuteur, voit son sens  totalement métamorphosé. Comme  quoi, au Maroc, le climat et les spéculateurs  peuvent, en l’espace de  quelques jours, transformer une  insulte ancrée dans la culture populaire  en un compliment des plus  élogieux


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