L'offensive diplomatique du maroc porte ses fruits

Fini le flou et l’ambivalence

Pour la énième année de suite, le factuel est encore venu consacrer la souveraineté du Maroc sur son Sahara, désormais solidement acquis et irréversible.

Groggy, la diplomatie algérienne l’est, à l’évidence, ce 19 mars 2022, alors que le Cabinet royal vient de révéler la veille la décision prise cinq jours plus tôt par le gouvernement espagnol, présidé par Pedro Sanchez, de commencer à considérer l’initiative pour la négociation d’un statut d’autonomie comme la base la plus sérieuse, réaliste et crédible pour la résolution du différend autour du Sahara marocain.

Dans un communiqué rendu public ce jour-là, elle indique que les autorités algériennes sont “très étonnées” et “surprises” par ce qu’elles qualifient de “brusque revirement” et annonce le rappel pour “consultations” de son ambassadeur à Madrid, Saïd Moussi. Ainsi, il va sans dire que l’Algérie ne s’attendait pas à ce que M. Sanchez franchisse le pas et procède tacitement à reconnaître la souveraineté du Maroc sur son Sahara, puisque c’est de cela qu’il s’agissait en substance, et ce même après que son ministre des Affaires étrangères depuis juillet 2021, José Manuel Albares, en a préalablement averti son homologue algérien, Ramtane Lamamra, comme il allait plus tard le laisser entendre: après tout, l’Espagne ne dépendait- elle pas à 45% du gaz algérien? M. Sanchez avait-il donc perdu la tête? Ce que les responsables algériens avaient toutefois négligé, c’est qu’en décidant de ne plus fournir la partie espagnole en gaz en passant par le Maroc à travers le gazoduc Maghreb-Europe dans un objectif affiché d’asphyxier le Royaume, ils s’étaient tiré une véritable balle dans le pied en poussant Madrid, désormais plus suspicieuse, à chercher à se fournir ailleurs notamment auprès des États-Unis et du Nigéria, de sorte que la capitale espagnole ne se sentait plus pieds et poings liés comme au printemps 2021, où elle avait accepté l’hospitalisation dans la ville de Logroño du secrétaire général du mouvement séparatiste sahraoui du Front Polisario, Brahim Ghali, au risque de mettre en péril ses relations avec les autorités marocaines (ce qui était d’ailleurs finalement advenu).

Lorsque, à cet égard, les attaques algériennes se feront plus virulentes à son endroit, notamment par la voix du soi-disant “envoyé spécial chargé de la question du Sahara occidental (sic) et des pays du Maghreb”, Amar Belani, M. Albares s’en moquera complètement et confiera, le 25 avril 2022, sur la radio espagnole Onda Cero, qu’il n’allait “pas alimenter des polémiques stériles” -propos que M. Belani taxera dans la foulée de “désobligeants”, “lamentables” et “totalement inacceptables”. “L’Espagne a pris une décision souveraine dans le cadre du droit international, et il n’y a rien d’autre à ajouter,” tranchera également M. Albares.

A l’issue d’une brouille de près de onze mois, le Maroc a, de fait, parfaitement réussi à tirer son épingle du jeu vis-à-vis de l’Espagne et fait preuve d’une véritable maestria diplomatique qu’il serait, toutefois, réducteur de mettre sur le seul compte de l’ineptie de l’Algérie. Autrement, comment expliquer qu’avec l’Allemagne aussi, avec qui la rupture avait été consommée en mai 2021 en raison, pareillement, de ses positions hostiles à l’intégrité territoriale du Royaume -son représentant permanent auprès de l’Organisation des Nations unies (ONU), Christoph Heusgen, s’était personnellement mobilisé au niveau du Conseil de sécurité pour contester la décision de décembre 2020 des États-Unis de reconnaître la marocanité du Sahara-, les choses aient également fini par s’arranger dans un sens favorable à Rabat (le gouvernement allemand entré en fonction le 8 décembre 2021 avait qualifié de “contribution importante” le plan d’autonomie)? Bien qu’ayant bien évidemment toujours défendu bec et ongles sa souveraineté sur son Sahara, le Maroc semble, ainsi, avoir totalement changé d’approche au fur des années et ne plus hésiter à aller, quand il le faut, au cassepipe, après qu’il est devenu évident que beaucoup pays se complaisaient, comme le dénonce régulièrement le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, dans une sorte de “zone de confort”, se contentant de saluer les efforts de la diplomatie marocaine, quand ils ne la faisaient pas, en vérité, chanter en échange de leur neutralité toute relative dans le différend avec l’Algérie. En somme, et comme l’avait souligné le roi Mohammed VI dans son discours de la Révolution du Roi et du peuple du 20 août 2021, le Maroc “n’accepte pas que ses intérêts supérieurs soient malmenés”.

Liberté de manoeuvre
Dans la sortie qu’il fait annuellement à l’occasion de la Marche verte en commémoration de la récupération de la région sahraouie de Sakia El Hamra, le Souverain avait même annoncé, le 6 novembre 2021, la décision ferme que “le Maroc n’engagera (...) aucune démarche d’ordre économique ou commercial qui exclurait le Sahara marocain”, en faisant vraisemblablement allusion à l’Union européenne (UE), dont les institutions continuent tous les quatre matins à contester les différents accords bilatéraux passés, à commencer par ceux relatifs à l’agriculture et à la pêche maritime.

Et ce qui contribue à donner cette liberté de manoeuvre et, conséquemment, de choix nouvelle, c’est sans doute aussi la décision prise au milieu des années 2010 par le Maroc de ne plus se contenter d’uniquement traiter, dans l’espace international, avec ses partenaires traditionnels occidentaux, mais de s’ouvrir en plus à d’autres pays tels la Chine, l’Inde et la Russie, où Mohammed VI s’était d’ailleurs à l’époque personnellement rendu. Avec Moscou, certes, l’entêtement russe à s’allier à l’Algérie dans sa croisade séparatiste contre le Maroc n’a finalement rien donné en dépit des efforts fournis, en se proposant par exemple d’accueillir la sixième édition du Forum de coopération russo-arabe qui devait initialement avoir lieu le 28 octobre 2021 dans la ville de Marrakech -finalement ajourné, voire peut-être annulé-, mais il est clair qu’à l’heure actuelle le Royaume semble aborder dans les conditions les meilleures le nouveau monde multipolaire en train de se dessiner.

Au niveau africain, notamment sur le flanc ouest du continent avec qui il a des relations multiséculaires -l’islam de la région, malékite de doctrine achâarite, est essentiellement marocain-, le Maroc pourrait d’ailleurs lui-même contribuer à façonner un des nouveaux pôles en constitution, ce dont Mohammed VI semble lui-même, à titre personnel, porter l’ambition: comme l’illustre notamment le projet de gazoduc Afrique Atlantique, qui a entrepris des pas décisifs cette année 2022 avec le lancement de l’étude d’avant-projet, il y a bien loin des slogans creux, et dans l’avenir le Royaume pourrait très bien devenir le seizième pays membre de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CÉ- DÉAO), à laquelle il est candidat depuis février 2017. Reste maintenant à l’Algérie de trancher et de déterminer si, oui ou non, elle se voit aussi partie prenante de ce grand récit à construire...