«Nouvelles judéo-maghrébines», de Jacob Cohen


Évocations d’antagonismes communautaires, historiques ou actuels, réels ou potentiels.

Le recueil de sept nouvelles que nous livre Jacob Cohen est riche à lire. Plein de détails nous sont présentés par l’auteur sur le vécu et le ressenti non seulement des musulmans vivant en France mais aussi des juifs marocains, français et israéliens. Des personnes autant semblables que singulières. Vivant entre un passé lointain et nostalgique et un présent plein de promesses. Nous nous limiterons, ici, à relater quelques histoires meublant ces «Nouvelles judéo-maghrébines ». En commençant par la première qui s’intitule «Hassan Imazighen, une cible parfaite».

Hassan Imazighen n’est autre que ce franco-marocain sur lequel travaille la cellule de vigilance de l’Union des Étudiants Juifs de France (L’UEJF) siégeant dans les locaux de la Mairie du 16ème arrondissement parisien. Les deux membres de cette cellule que sont Jonathan Adler et Esther Choukroun étaient spécialement chargées de traquer tous ceux qui portaient atteinte aux intérêts d’Israël et du peuple juif. Ils mènent ce combat contre des personnes comme Hassan qu’ils considèrent comme appartenant à cette catégorie d’ennemis invisibles et influents dans les communautés musulmanes pour les empêcher d’arriver à «orienter la politique française» vers des positions contraires aux intérêts d’Israël. La deuxième nouvelle porte le titre de «Oncle Messod et le protectorat».

Cette nouvelle est d’autant plus attachante qu’elle nous plonge dans la ville de Meknès pendant le protectorat (les années cinquante) .Ville marocaine qui avait la particularité unique d’être divisée en deux Mellahs : l’ancien et le nouveau .Ville où vivait le narrateur et son oncle Messod, un menuisier de son état qui fréquentait «Le Puits de Jacob», un café «où se trouvaient quelques mécréants qui s’y adonnaient à la boisson et aux jeux d’argent, sourds aux supplications du grand rabbin Tolédano». Pour l’auteur cette situation unique du Mellah de Meknès n’est autre qu’«une concession à l’entrée du Maroc dans la modernité».

Tout en restant parmi les membres de la communauté de Meknès qui ont émigré en France, la cinquième nouvelle qui porte le titre de «Mimouna à Meknès sous le signe de la normalisation» nous rappelle ce moment de l’histoire des juifs marocains qui vont connaitre ce début du «dépérissement de la communauté». C’est l’histoire de Maurice Bohbot, cet homme traditionnel, qui, après des années passées en France, revenait au bercail pour passer la soirée de la Mimouna. «Il se considérait comme un occidental pétri de cartésianisme, face à des coreligionnaires englués dans la tradition, d’autant plus qu’il n’y avait aucun renouvellement de générations. Les bacheliers partaient tous à l’étranger net ne revenaient jamais».

Aussi, à travers ces trois nouvelles et les quatre autres, le recueil nous livre des instantanés dans le quotidien des Maghrébins, juifs ou musulmans, en France ou au Maroc, en solo ou en interagissant, à l’ombre de forces aussi influentes qu’indéfinies. Florilèges de quelques situations familières auxquelles on aimerait donner quelques éclaircissements. Évocations d’antagonismes communautaires, historiques ou actuels, réels ou potentiels. Ainsi se présente l’ambition modeste de cet essai littéraire.

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