Nouvelle-calédonie : Chaos et enjeux stratégiques

La Nouvelle-Calédonie est secouée par des émeutes et des destructions massives, en réponse à une réforme constitutionnelle controversée visant à élargir le corps électoral.


Depuis le 13 mai 2024, la Nouvelle- Calédonie est en proie à des troubles qui réveillent ses vieux démons. Emeutes, incendies, pillages, destructions d’entreprises désolent l’archipel. Ces violences ont éclaté en réaction à une réforme constitutionnelle controversée, qui vise à élargir le corps électoral. Face à cette situation, les autorités françaises ont instauré un couvre-feu, déployé des renforts militaires et déclaré l’état d’urgence, mais les tensions persistent, avec déjà 6 morts signalés, et 84 policiers et gendarmes blessés.

Gestion imprudente du dossier
Les Accords de Nouméa, signés en 1998, prévoyaient une autonomie accrue pour l’archipel. Les Kanaks avaient salué cet accord qui raffermissait leurs droits et renforçait leur influence politique. Les communautés européennes, y voyaient le maintien d’un lien fort avec la France et la garantie de prendre part à la gouvernance locale. Depuis la réforme constitutionnelle de 2007, seules les personnes qui résidaient en Nouvelle-Calédonie avant 1998 étaient autorisées à voter. Les nouveaux arrivants étaient exclus ; aujourd’hui ils représentent un cinquième de la population de l’archipel. Cette restriction quoique antidémocratique avait au moins le mérite d’empêcher la marginalisation des Kanaks, qui sont encore majoritaires mais souffrent d’un déclassement socio-économique inquiétant.

Ce déclassement menace de s’aggraver, avec le dégel prévu du corps électoral. Si cette réforme est légitime et découle du bon sens, - car il est difficile de faire valoir que des français présents depuis 20 ans en Nouvelle-Calédonie ne puissent voter à des élections, - néanmoins cette affaire a été conduite sans finesse et sans tact par le gouvernement français. Par exemple, sans égard à la tradition, ce délicat dossier a été transféré au ministère de l’Intérieur, tandis qu’il a toujours été géré par le Premier ministre, et de plus, la réforme a été initiée sans qu’au préalable un consensus local ne soit trouvé.


Si l’Elysée prend ce problème à bras le corps, c’est que la souveraineté et l’influence extérieure du pays sont en cause. Par sa position dans le Pacifique et ses précieux minerais de nickel, l’archipel occupe à n’en pas douter une place stratégique dans la géopolitique française. En effet, le «caillou» concentre jusqu’à 30% des réserves mondiales de nickel. C’est le salut économique de l’archipel, son espoir d’autonomie, son identité matérialisée. Les locaux exagèrent à peine en affirmant que « le nickel, c’est le sang des calédoniens ». Cependant la concurrence est acharnée.

La Chine, dont l’influence croît dans la région, et de loin le premier producteur mondial de nickel, suit avec intérêt, et même avidité, ce désordre politique qui menace la production industrielle du nickel dans l’archipel. C’est que Pékin considère la Nouvelle-Calédonie comme une pièce maîtresse dans son projet d’expansion dans la zone indopacifique. Grâce à cela, elle contournerait l’encerclement par les forces américaines et leurs alliés. Ainsi donc, en soutenant les mouvements indépendantistes, la Chine espère obtenir l’accès aux riches gisements de nickel.

Ces prochains jours s’annoncent sous le signe de l’apaisement et du dialogue. Il semble qu’une trêve se dessine. Macron, moins cavalier et plus soucieux de ménager les susceptibilités en conflit, prend à tâche de rencontrer tous les camps et d’écouter toutes leurs doléances et revendications.

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