Qui sont les nouveaux putshistes africains ?

De Bamako à Libreville, les hommes en kaki prennent le pouvoir. Portraits.


BURKINA FASO: IBRAHIM TRAORÉ, LE NOUVEAU SANKARA?
Le plus jeune dirigeant d’Afrique de l’Ouest est sans doute la principale attraction médiatique pour ceux qui rêvent de multipolarité. Né à Kera le 14 mars 1988, le président du Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR), groupe de militaires créé au lendemain de sa prise de pouvoir en septembre 2022, a attiré l’attention mondiale lors du dernier sommet Russie-Afrique tenu le 27 et 28 juillet 2023 à Saint-Pétersbourg en déclarant vouloir “en finir avec l’exploitation des ressources naturelles des pays africains”. Il reprend également la rhétorique de l’un de ses prédécesseurs, Thomas Sankara, sur la nécessité de garantir l’autosuffisance alimentaire du continent ainsi que sur la souveraineté des Etats africains. Des prises de positions radicales qui lui valent l’antagonisme de certains de ses vis-à-vis. Le dernier en date est le président sénégalais Macky Sall, qui l’avait sèchement recadré en Russie après que le chef d’Etat effectif du Burkina ait parlé de “mendicité” des dirigeants du continent. Issu de l’Académie militaire George-Namoano, il est bombardé, après le coup d’Etat de Paul-Henri Damiba contre Roch Marc Christian Kaboré en janvier 2022, chef d’artillerie du dixième régiment de commandement d’appui et de soutien (10e RCAS). Dans un contexte de détérioration de la situation sécuritaire, notamment concernant l’avancement des groupes terroristes, il décide, avec d’autres officiers, de renverser à son tour Damiba. Malgré son dynamisme et sa popularité en interne, Ibrahim Traoré demeure néanmoins toujours isolé à l’international. A ce jour, son seul voyage à l’étranger est son déplacement en Russie.


NIGER: OMAR TIANI, LE PARIA DE L’AFRIQUE DE L’OUEST
Chef de la garde présidentielle, le général Omar Tiani a créé le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) avant de s’autoproclamer chef de l’État. Né en 1964 à Toukounous, dans la région de Filingué, une ville située au nord-est de la capitale, Niamey, Abdourahamane Tiani a été formé en partie à l’étranger. Il a notamment fréquenté l’École royale d’infanterie de Benguerir, au Maroc. C’est en 2011 qu’il s’était vu confier la charge de la garde présidentielle nigérienne par Mahamadou Issoufou, prédécesseur de Mohamed Bazoum à la tête de l’État nigérien. Le 26 juillet 2023, il est aux manettes du coup d’Etat qui renverse M. Bazoum. Sa prise de pouvoir est largement contestée en Afrique de l’Ouest. En effet, les dirigeants de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) s’étaient réunis le 31 juillet 2023 à Abuja et avaient fixé un ultimatum à la junte militair, exigeant la libération immédiate de M. Bazoum et le retour à l’ordre constitutionnel dans un délai d’une semaine. Les chefs d’état-major de la défense des pays membres avait reçu instruction de se réunir immédiatement. Avaient fait exception aux pays membres le Burkina Faso, la Guinée et le Mali, suspendus depuis leurs coup d’État respectifs.


MALI: ASSIMI GOITA, L’ANONYME DEVENU PRÉSIDENT
Il s’agit probablement du pays le plus embourbé d’Afrique de l’Ouest. Le Mali, déchiré entre les Touaregs du Nord et les populations peules et bambaras du Sud, est en proie à une guerre civile et à la montée du terrorisme. L’opération Barkhane, lancée par l’armée française en août 2014, n’a pas permis d’endiguer les tensions sécuritaires, qui cachent la dure cohabitation ethnique au sein du pays. C’est dans ce contexte qu’avait eu lieu le coup d’Etat du 18 août 2020, destituant le président Ibrahim Boubacar Keita, au pouvoir depuis 2013. Alors âgé d’à peine 37 ans, Assimi Goita, alors très peu connu au niveau international, avait pris la présidence du Comité national pour le salut du peuple. Malgré la mise en place d’une transition et l’organisation d’élections législatives, l’ancien commandement du Bataillon autonome des forces spéciales, devenu colonel, maintient sa mainmise sur le pouvoir. Une situation qui n’a pas permis d’apaiser les tensions puisque plusieurs manifestations, ayant fait une vingtaine de morts, avaient éclaté à Bamako après les élections législatives d’août 2020. Un an après, et suite à la multiplication de gouvernements civils écartant de plus en plus les militaires avec un appui discret de la France, Assimi Goita avait décidé de prendre lui-même la tête du pays en écartant le civil Moctar Ouane le 24 mai 2021. Considéré comme l’un des héros de la guerre contre le terrorisme et plusieurs fois décoré pour ses opérations commandos réussies, Assimi Goita a pu s’adjuger la confiance de plusieurs partenaires étrangers, comme le Maroc, qu’il avait visité en févirer 2021. Il est également populaire en interne. Une enquête d’opinion réalisée en mai 2023 par la fondation allemande Friedrich-Ebert-Stiftung indique qu’une très large majorité de citoyens maliens se déclarent satisfaits du régime de transition présidé par Assimi Goïta.


GUINÉE: MAMADI DOUMBOUYA, LE RÉFORMATEUR
L’effet Assimi Goita en Guinée s’appelle Mamadi Doumbouya. Né le 4 mars 1980 à Bananköröda, ce colosse (1 mètre 90 pour 90 kilos) a derrière lui, malgré son jeune âge, une carrière militaire conséquente. Il sert d’abord au sein de la Légion étrangère, en France. Dans ce cadre, il participe à plusieurs opérations militaires extérieures en Afghanistan, en Côte d’Ivoire ou encore en République centrafricaine. En 2018, Mamady Doumbouya est non seulement promu lieutenant-colonel, mais il se voit également confier la création et la direction du bataillon des forces spéciales. Malgré son apparente loyauté envers le président Alpha Condé, en place depuis 2010, des dissensions seraient apparues entre les deux hommes après l’arrivée au pouvoir du colonel Assimi GoÏta, au Mali. Le 5 septembre 2021, il annonce l’arrestation du président de M. Condé, la destitution du gouvernement, la suspension de la Constitution et la fermeture des frontières terrestres et aériennes. Invoquant “la situation socio-politique et économique du pays, le dysfonctionnement des institutions républicaines, l’instrumentalisation de la justice, le piétinement des droits des citoyens”, il proclame la mise en place d’un Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD) et invite les militaires à rester dans les casernes. Il entreprend, depuis, plusieurs réformes institutionnelles et économiques et ne cache pas sa volonté de diversifier l’économie guinéenne.


GABON: BRICE OLIGUI, LE RÉVOLUTIONNAIRE DE PALAIS
Avant le coup d’État du 30 août 2023, le général Brice Oligui Nguema était déjà un homme puissant. Formé à l’Académie royale militaire de Meknès, au Maroc, ce fils d’officier a rapidement grimpé les échelons militaires jusqu’à devenir un des aides de camp de l’ancien président, Omar Bongo Ondimba (père et prédécesseur d’Ali Bongo), jusqu’à sa mort en juin 2009. D’avril 2020 jusqu’à son putsch, il dirige la Garde républicaine, les soldats chargés de protéger M. Bongo. Il revient de l’étranger après l’AVC du président gabonais, survenu en octobre 2018 en Arabie saoudite. Selon plusieurs sources locales, il avait été chargé par M. Bongo d’aider son fils, Noureddin Bongo Valentin, à préparer la perpétuation de la dynastie. Il en a décidé autrement. Agé de 48 ans, Brice Oligui Nguema porte désormais le titre de «président de la transition» depuis que les militaires putschistes le lui avaient attribué dans un communiqué lu à l’antenne de la télévision Gabon 24. Après la mise à l’écart de M. Bongo, il décide de contacter tous les partenaires étrangers de Libreville, notamment la France, afin de les rassurer de la bonne continuation des relations avec eux. En effet, contrairement aux autres putschistes, il ne porte pas un discours idéologique et d’aucuns indiquent que sa prise de pouvoir était une “nécessité”, au vu de l’impossibilité pour M. Bongo de continuer à assurer ses fonctions, pour des raisons de santé mais également de crédibilité (affaire des biens mal acquis).

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