QUEL NOUVEAU CONTRAT SOCIAL?

C’est l’individu qui est le capital le plus précieux; c’est lui qui est à la base du changement et la finalité du développement.

Le gouvernement actuel est confronté à une triple crise, sanitaire, sociale et économique. Il s’emploie à y apporter des réponses déclinées autour de plusieurs points. Le premier a porté sur des mesures liées à l’état d’urgence sanitaire et au confinement. Ce dispositif va s’étendre jusqu’au 10 juillet 2020 avec divers assouplissements depuis le 10 juin, suivant des zones géo-pandémiques. Le deuxième intéresse la nécessité d’une loi de finances rectificative parce qu’il faut revoir toutes les prévisions du 1er janvier. Dans le même temps, il est prévu des plans sectoriels de relance (tourisme, PME et TPME, transport…).

Le Comité de veille présidé par Mohamed Benchâaboun, ministre des Finances, est à la barre depuis près de trois mois et il a la charge d’évaluer régulièrement la situation et d’y apporter des réponses opératoires. Un chantier permanent ouvert, pragmatique, s’adaptant aux multiples conjonctures créées par la crise. Mais, par-delà, quelle place a -ou doit avoir- la question institutionnelle et, plus globalement, ses composantes, notamment la nature et la dimension des institutions, des valeurs et de la culture? Le jour d’après, qui va s’imposer à terme, ne ressemblera en rien à l’avant Covid-19. Tout le monde s’accorde à ce sujet et les partis ainsi que les groupements professionnels et les associations planchent sur cette problématique.

Une convergence peut-elle être relevée jusqu’ à conduire à un consensus, et partant, à un nouveau contrat social? Rien n’est moins sûr, pour l’heure. Certains partis multiplient les propositions, tels l’Istiqlal de Nizar Baraka, le PAM de Abdellatif Ouahbi ou le PPS de Mohamed Nabil Benabdellah. Ils présentent cette particularité commune: celle d’être dans l’opposition. Mais les autres, sont-ils visibles et audibles? Rien de bien significatif et de notable en effet du côté des cinq composantes de la majorité actuelle (PJD, RNI, MP, UC, USFP).

Le Maroc a enregistré de profondes mutations au cours des précédentes décennies. Malgré la modestie de la participation électorale -43% aux législatives d’octobre 2016–, personne ne peut nier l’élévation du niveau de conscience politique de la société marocaine. Un mémorandum du Centre d’études et de recherches en sciences sociales (CERSS), dirigé Abdallah Saâf, après des mois de travaux, a mis en relief cet aspect. Il y a en effet un grand changement dans le système de valeurs; une nouvelle relation s’est établie et instaurée sans doute durablement dans le rapport de l’individu à la société, en particulier pour ce qui est des institutions et de l’État.

Les citoyens assument de plus en plus le périmètre des droits de l’Homme devant et face à l’État; un processus émergent dès le début du nouveau Règne et qui a été consacré par la Constitution de 2011. Corollaire de tout cela: la diffusion de la culture de la protestation que l’on peut résumer comme suit: «je suis, je manifeste…» Des avancées ont bien été enregistrées à cet égard. Ont-elles été suffisantes? Le développement, ce n’est pas un paradigme réduit à quel référentiel «économiste », financier et comptable au niveau des grands agrégats des comptes de la Nation, c’est aussi autre chose: une finalité tournée vers l’individu, ses conditions de travail et de vie, le progrès social et le bien-être. Il est juste de rappeler que le Souverain, dès les premiers discours de son règne, avait fait sien ce crédo. Le progès socio-économique, c’est le droit au développement sur des bases inclusives et de justice sociale et de solidarité.

La consolidation des libertés est un facteur de production –au même titre que le capital et le travail- et un vecteur de développement. Enfin, une large place doit être accordée aux valeurs culturelles lesquelles fondent et soutiennent la réussite, la continuité et l’efficacité. C’est l’individu qui est le capital le plus précieux; c’est lui qui est à la base du changement social en même temps que la finalité du développement. Le bloc des valeurs religieuses, morales et civiques est sans doute pluriel mais tourné vers un référentiel identitaire partagé.

Une nouvelle méthodologie donc, une autre gouvernance des politiques et une décentralisation plus affirmée. Voici près d’une dizaine d’années, la Constitution avait mis en exergue ces principes: «une démocratie citoyenne et participative» basée sur une «organisation territoriale décentralisée, fondée sur une régionalisation avancée.» Des avancées dans ces domaines, oui, mais bien modestes faute d’un grand élan réformateur et volontariste...


1 commentaire

  • Belhajilali

    13 Juin 2020

    Nous avons du retard à rattraper,certes,mais sans essayer de brûler les étapes pour autant.La tâche n'est pas facile :se battre sur plusieurs fronts ,ouverts, en même temps est de nature à compliquer les choses.Il faut avoir le courage de préciser les priorités et la mère des priorités demeure l'enseignement.Et c'est là le "laboratoire" où se façonne l'individu.Malheureusement,on consacre plus ,beaucoup plus de temps, à l'arithmétique des chiffres, histoire d'impressionner (ou bien de se disculper?)Des milliards sont engloutis par le secteur,oui mais vu le résultat,des questions s'imposent en ce qui concerne la gestion...Des pays dépensent mille fois moins et y arrivent.Chez-nous,on manque affreusement de salles de classes,d'enseignants et d'une vision claire .Les projets se succèdent et ne sont jamais menés à terme.Il faut trancher:afin d'assurer la continuité,le MEN doit revenir au seul palais,c'est à dire en faire un ministère de souveraineté sinon,nous n'arriverons jamais à rien. Il va falloir dessaisir aussi les communes de la construction des établissements car elles ne font quasi rien .Le système des académies qui regorgent de personnel en sous-emploi est à revoir de fond en comble:depuis qu'il a été mis en place,la gestion du secteur va de mal en pis et avec la régionalisation des recrutement et de l'emploi des enseignants,c'est la catastrophe.Sur le plan pédagogique,la fièvre qui caractérise la course aux approches a déjà fait des ravages et l'on fait comme si de rien n'était.Certaines approches pédagogiques n'ont été introduites que des années après leur abandon dans d'autres pays et n'ont été appliquées chez-nous que durant un mandat ministériel,or Dieu sait qu'on en a vu des ministres de l'éducation... Pire encore,nous avons un gros problème dans la répartition des matières(tous niveaux confondus) et une surcharge hallucinante en nombre de leçons pour certaines matières.Tel qu'il survit,notre système est honteusement sélectif:il est fait pour les plus intelligents.Aussi assistons-nous à la vague des abandons,chaque année plus importante et à tous les niveaux.Les enfants moyens commencent à être vidés dés la fin du primaire et cela va en progressant si bien que même les plus doués sont obligés de recourir aux cours payants.Pour conclure,sans un travail sérieux et une préparation de deux années au moins,l'enseignement demeurera l'obstacle dressé devant le développement dans son sens large.Démocratie,système électoral,etc,etc...tout dépend de l'issue de la bataille de l'enseignement .Le reste n'est que vent de paroles.

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