Nous sommes tous Zouhaïr Chorfi

Avec responsabilité, Zouhaïr Chorfi est allé plus loin que la mise à l’index de certains. Il a appelé à construire le Maroc, le Maroc de tous par tous.

Même Abdelilah Benkirane, pratiquement reclus dans sa résidence du quartier des Orangers, à Rabat, s’est emparé de cette polémique visant Zouhaïr Chorfi. Il a tenu ainsi à faire part de son appréciation de ce haut fonctionnaire du département des Finances -«il est intègre»- alors directeur des Douanes, en ajoutant qu’il était un «homme de gauche». Pas PJD, donc -utile à préciser...

Maintenant, le reste. De quoi parle-t-on? De la saillie de Zouhaïr Chorfi, secrétaire général du ministère de l’Economie et des Finances, lors des troisièmes Assises nationales de la fiscalité, tenue à Skhirat, voici une vingtaine de jours, Qu’a-t-il donc déclaré de bien «blâmable»? Il a réagi lors du débat à propos de certains passages de l’intervention du représentant de l’Association des cliniques privées tournant pratiquement au procès de l’administration fiscale.

La procédure est pour le moins inédite. Mais enfin, Zouhaïr Chorfi avait le droit de parler, de réagir et de recadrer les propos entendus. Il ne s’en est pas pris à une profession mais à certaines données connues, profession par profession, lesquelles vont jusqu’à minorer leurs déclarations de 90%! Il a aussi évoqué certaines pratiques dans les cliniques qui voient celles-ci ne pas accepter de chèques mais exiger des espèces; d’autres imposent des chèques en blanc avant toute admission. Sur la sellette lors des Assises de Skhirat, les professions libérales ont senti le vent du boulet et elles ont ainsi organisé le 19 mai, à Bouskoura, une rencontre regroupant pas moins d’une vingtaine de corps (adouls, agents immobiliers, architectes, avocats, biologistes, experts-comptables, médecins, opticiens, notaires, transitaires,...). Une initiative à saluer. conclue par des recommandations pour une «fiscalité équitable et juste» -c’était d’ailleurs le thème des Assises. Mais Zouhaïr Chorfi n’a pas dit autre chose. Faut-il donc le stigmatiser et le pendre haut et court?

Il a assumé; il a osé une expression publique toute de civisme et de pleine citoyenneté servie sans doute par une fibre progressiste encore vivace. Qui est fondé à s’en plaindre? Alors, nous sommes tous Zouhaïr Chorfi! En réplique, voilà l’Association nationale des cliniques privées qui réagit. En annonçant, tout d’abord, l’engagement d’une procédure de plainte en diffamation auprès du tribunal de première instance de Témara, territorialement compétent -les propos incriminés de Zouhaïr Chorfi ayant été tenus à Skhirat. En même temps, elle s’emploie activement à prendre attache avec le ministère de l’Economie et des Finances pour voir avec lui les conditions d’un dialogue. Une position paradoxale: comment assigner pénalement le secrétaire général de ce département et mettre en avant une disposition d’esprit de concertation? Il est clair que cette association s’est trouvée fortement déstabilisée en cristallisant sur elle des pratiques passablement sujettes à caution -ou à tout le moins dénoncées comme telles.

En tout état de cause, conduira-t-elle jusqu’au bout la procédure visant Zouhaïr Chorfi? N’a-t-on pas affaire finalement qu’à une posture, une gesticulation supplémentaire? Nombreux sont ceux, au sein du bureau de l’Association, qui poussent au retrait de cette plainte tant il est vrai que son instruction donnerait lieu à un déballage dont cette profession n’a guère besoin, Les syndicalistes UMT du département de l’Economie et des Finances ont, eux, pris position pour soutenir Zouhaïr Chorfi. Un soutien général de tout le corps de cette administration va dans ce même sens. Plus encore, l’opinion publique nationale est du même côté; les réseaux sociaux ne sont pas les moins solidaires ni les moins «activistes». De quoi nourrir et entretenir un mouvement citoyen -un hirak...- qui a décidé de se mobiliser contre tant de turpitudes, d’incivisme et de graves manquement au pacte social, non seulement dans ce secteur mais dans beaucoup d’autres.

Avec responsabilité, Zouhaïr Chorfi est en effet allé plus loin que la mise à l’index de certains. Il a ainsi appelé à construire le Maroc, le Maroc de tous par tous. C’est aussi cette recommandation qui a eu un grand écho parce qu’elle est en phase avec les attentes et les aspirations les plus authentiques des Marocains.


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