NOTRE AMI LE PRÉSIDENT

Décès de Jacques Chirac, 86 ans

Le Maroc venait de perdre un vrai ami, totalement vrai dans ses relations avec notre pays, où il était à l’aise dès qu’il y mettait les pieds.

Un Jacques Chirac vous manque et la scène politique française est subitement dépeuplée. Normal. Le défunt était unique. Il avait 86 ans. Aucun duplicata ne peut restituer à l’identique cet ancien président français pendant douze ans (1995-2007). Au Maroc, la nouvelle est tombée dans la matinée du jeudi 26 septembre 2019. C’est la consternation. Pas celle de circonstance, au gré des moments graves dont l’Histoire raffole. Mais une vraie affliction. Le Maroc venait de perdre un vrai ami, totalement vrai dans ses relations avec notre pays, où il était à l’aise dès qu’il y mettait les pieds. Il avait ses habitudes, souvent, sinon toujours, accompagné de son épouse, Bernadette Chirac. Le couple logeait à l’hôtel la Gazelle d’or, dans la banlieue de Taroudant dans la région d’Agadir. En politique aussi, on peut avoir des moments de vérité avec soi-même et avec les autres. C’est comme s’il répétait la célèbre boutade «La Corrèze avant le Zambèze.» Une exception pour son patelin, la Corrèze, qu’on lui accordait volontiers à l’étranger.

Émotion collective
Durant sa longue carrière politique, Jacques Chirac nourrissait le rêve de voir le Maroc participer au défilé du 14 Juillet. Ce rêve a été exaucé le 14 juillet 1999.
Le Maroc était au défilé par un contingent militaire des FAR et par la présence de feu Hassan II; son grand ami décédé quelques jours après, le 23 juillet 1999. Le 25 juillet, le monde entier et les Marocains surtout, regardaient à la télévision toute la disponibilité d’un Chirac, à Rabat, quasiment co-organisateur des funérailles nationales, au plus profond de sa peine. L’amitié qu’il avait pour le défunt-Roi est devenue encore plus forte avec S.M. Mohammed VI. En fait, c’est avec tout le monde arabe, à partir de la question palestinienne que Jacques Chirac avait des relations particulières. Lors de l’une de ses visites rarissimes à Israël, il a été jusqu’à menacer de reprendre l’avion pour un retour précipité qui ressemblait à un incident diplomatique. Chirac n’a cessé de militer pour la cohabitation de deux États, palestinien et israélien.

Gaulliste de conviction
On notera aussi le refus de Chirac d’envoyer un contingent français en Irak pour participer à une invasion menée par les Américains de la génération de Bush fils. L’atlantisme condescendant de cette Amérique là l’énervait, tout autant que l’arrogance israélienne à l’échelle internationale. Tous les sondages réalisés à tout moment de la vie politique française, donnaient Jacques Chirac au premier rang des présidents les plus appréciés par les Français. Sa désinvolture apparente, ses tics de toujours, quelle que soit la conjoncture, ainsi que son côté séducteur le rendaient encore plus proche des Français. Il leur ressemblait dans les moments d’émotion collective comme dans leur approche de réflexion.

À l’Elysée comme en ville, il avait pour ses compatriotes le profil type d’un président proche. Gaulliste de conviction et de profession, Chirac ne semblait jamais chausser plus grand que sa pointure naturelle. Il est à ce titre le dernier des gaullistes qui vient de décéder. C’est là une autre dimension, historique celle-là, de la disparition de Jacques Chirac. La France contemporaine peut s’estimer définitivement orpheline. Jacques Chirac, tout comme Charles de Gaulle, avait l’étoffe de la fonction.

La France, dans sa quasi totalité est en deuil. Dans beaucoup de pays de par le monde, on regrette la disparition durement ressentie d’un interlocuteur hors pair.


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