CGAM Hssabe 970X250

Les non-dits du gouvernement El Othmani

LE SECRET DU RETARD DE LA LIVRAISON DU VACCIN ÉVENTÉ PAR LE PATRON DE L’OMS

L’OMS a levé le voile sur les sous-entendus du gouvernement El Othmani. Le blocus imposé par les puissants de ce monde et leur égoïsme, qui rend rare et inaccessible le vaccin anti-Covid, justifie le retard du lancement de la campagne vaccinale au Maroc. Le gouvernement n’ose pas en parler. Et c’est là où le bât blesse. Ce manque de communication et de transparence amplifie l’angoisse des Marocains.

Encore un manque de visibilité! Visiblement, le gouvernement a le don d’alimenter, indirectement ou directement, la spéculation et les rumeurs autour de l’arrivée du vaccin anti-Covid pour le démarrage de la campagne vaccinale. Annoncée mi-novembre 2020 par un communiqué du Cabinet royal, avec comme échéance imprécise «quelques semaines», 67 jours après, à la Chambre des conseillers au Parlement, mardi 19 janvier 2021, le Chef du gouvernement n’a pas trouvé mieux que d’évacuer la responsabilité sur les deux laboratoires Sinopharm et AstraZeneca, au sujet du retard des livraisons de ce qui est considéré par les Marocains comme le seul et unique espoir de reprendre une vie normale. Plus encore, il a fustigé vertement les conseillers qui reprochaient à son gouvernement d’être derrière le retard de la campagne de vaccination.

Résultats des études
Le comble, c’est que certains accusent les médias de nourrir les fake news et de semer la zizanie en publiant des fausses informations relatives aux dates de livraisons des vaccins et du début de la campagne de vaccination. Qu’à cela ne tienne! Les médias, admettons-le, relayent des intox. Pourquoi? Parce que le Chef du gouvernement et son ministre de la Santé, Khalid Aït Taleb, ne communiquent tout bonnement pas. A commencer par la composition du comité scientifique et les compétences de son équipe «pluridisciplinaire». Petit rappel, le roi Mohammed VI avait donné ses orientations pour le lancement de la campagne suite à l’avis favorable du comité national scientifique ad hoc. Cet avis comprenait le choix des deux laboratoires Sinopharm et AstraZeneca et partant de leurs vaccins respectifs. Quels sont les critères scientifiques sur lesquels ce comité a fait son choix? Voici la question principale de la lettre adressée en novembre 2020 par le réseau des compétences médicales des Marocains du monde au Chef du gouvernement et au ministre de la Santé.

Des sommités mondiales comme le Pr Allal Boutajangout, établi aux Etats-Unis, premier auteur du premier vaccin au monde contre l’Alzeimer, se sont insurgés même contre le non-respect des exigences scientifiques des essais cliniques du vaccin de Sinopharm au Maroc surtout en rapport avec le nombre des volontaires aux études. En principe, plusieurs milliers sont censés être soumis à ces tests et non quelques centaines. En sus de cela, les tests ont été effectués sur un échantillon de 18 à 58 ans. Ne s’est-on pas posé la question si un sexagénaire ou un octogénaire supportera- t-il le vaccin?

Une autre interrogation s’impose: la souche du virus découvert à Wuhan est-elle la même découverte au Maroc? Car s’il s’avère qu’elle n’est pas la même, le vaccin chinois sera-t-il efficace? Et puis, avec l’apparition de la nouvelle variante mutante du virus, ce vaccin ou celui d’AstraZeneca seront-ils efficaces ou pas en l’absence d’études scientifiques pour l’heure? A ces questions, le comité scientifique n’a pas apporté la moindre réponse à ce jour. Le pire, c’est que le choix de ces deux vaccins et non pas d’autres a fait perdre au Maroc la course vers l’acquisition de vaccins anti-Covid autres que ceux de Sinopharm et d’AstraZeneca. Sans compter l’opacité, qui crée la méfiance et le doute, concernant la composition du vaccin chinois, tenue comme secret d’Etat par le laboratoire chinois non moins étatique. D’ailleurs, les chinois ne communiquent jamais sur n’importe quelle affaire.

Forte demande
Par rapport à ceux-ci justement, ni le comité scientifique ad hoc ni le ministre de la Santé n’ont expliqué un fait qui ne peut pas passer inaperçu: la démission brusque et inexpliquée le 12 janvier 2021 du président et du directeur général de Sinopharm. Aussi, si ce qui remet en cause l’immunogénicité, l’efficacité et la sécurité d’un vaccin sont les résultats des études cliniques, notamment dans leur phase III, le laboratoire chinois n’a pour le moment pas communiqué sur ces résultats préliminaires sachant que ces essais sont censés être achevés en novembre 2020. Et à ce propos, comme de coutume, le comité scientifique ad hoc n’a rien à expliquer ou à communiquer.

C’est dire la carence chronique en communication du gouvernement depuis le début du débat sur la campagne de vaccination et les vaccins sélectionnés à cet effet. De retour justement à la séance de questions orales dédiée à la campagne de vaccination à la Chambre des conseillers du mardi 19 janvier 2021, le Chef du gouvernement, Saâd Eddine El Othmani, a, pour la première fois, directement visé Sinopharm et AstraZeneca, les deux laboratoires dont les vaccins seront utilisés au cours de la campagne. Ces laboratoires font face à une forte demande, notamment des pays où ils sont implantés.

Ce n’est malheureusement que la partie émergeante de l’iceberg, révélée par M. El Othmani. Dans ce sens où ce qui retarde le départ de la campagne de vaccination au Maroc, à l’instar des pays du sud en général, c’est la surenchère et l’accaparation par les pays industrialisés et producteurs des vaccins de ce seul espoir de l’humanité. Et cela ni le Chef du gouvernement ni son ministre de la Santé n’ont pu le dire par manque de courage politique surtout que les élections législatives approchent à grands pas. Tout a commencé le lundi 18 janvier 2021 lorsque le directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, a averti que le monde ferait face à un échec moral catastrophique si les pays riches accaparaient les vaccins contre le Covid- 19 au détriment des pays pauvres. Dans un discours à l’ouverture d’une réunion du conseil exécutif de l’organisation onusienne à Genève, il a fustigé l’attitude «égoïste» des pays riches et vivement critiqué les fabricants de vaccins qui recherchent l’approbation réglementaire dans les États riches plutôt que de soumettre leurs données à l’OMS pour obtenir un feu vert à l’échelle mondiale pour l’utilisation du vaccin.

Estimant que la promesse d’un accès équitable à travers le monde aux vaccins contre le coronavirus était maintenant compromise, le chef de l’OMS a souligné que 39 millions de doses du vaccin contre le coronavirus avaient déjà été administrées dans au moins 49 pays riches. Dans le même temps, «seulement 25 doses ont été administrées dans un des pays au revenu le plus bas. Pas 25 millions, pas 25.000, juste 25», a-t-il déploré. Tedros Adhanom Ghebreyesus a estimé que même si certains pays se voulaient rassurants sur un accès équitable aux vaccins, ils donnaient la priorité à leurs propres accords avec les fabricants, faisant grimper les prix et essayant de contourner les files d’attente.

Prix des vaccins
Il a indiqué que 44 accords avaient été conclus en 2020 entre ces pays et les fabricants, et au moins 12 signés depuis le début de l’année. «La situation est aggravée par le fait que la plupart des fabricants ont donné la priorité à l’approbation réglementaire dans les pays riches où les bénéfices sont les plus élevés, plutôt que de soumettre des dossiers complets à l’OMS», a-t-il déploré. «En fin de compte, ces actions ne feront que prolonger la pandémie et nos souffrances, ainsi que les restrictions nécessaires pour la contenir, et les souffrances humaines et économiques», a encore dit Tedros Adhanom Ghebreyesus.

Dans les propos du patron de l’OMS un détail important de ce qui se trame dans le monde au sujet de la vaccination anti-Covid. Il s’agit de la question des prix des vaccins. La surenchère sur les prix des vaccins anti Covid-19 sur le marché international est bel et bien enclenchée. Elle bat même son plein à l’heure actuelle. Cette vérité, jusque-là réduite à une simple hypothèse, sera tirée au clair par Adar Poonawalla, directeur général du Serum Institute of India (SII), le plus grand fabricant de vaccins au monde.

Se confiant à l’agence de presse Reuters, il a dit qu’il attend l’autorisation de l’OMS d’utilisation d’urgence du vaccin contre le coronavirus de l’Université d’Oxford/AstraZeneca, qu’il produit pour les pays à revenus intermédiaire et faible et dont le Maroc fait partie. Précisant davantage ses propos, Poonawalla a déclaré que son entreprise avait été approchée, entre autres pays, par le Maroc. Il a précisé que son laboratoire vend chaque dose à 3 dollars pour les pays à faible revenu et à un prix plus élevé pour les autres. Le dossier est clos. La surenchère existe, l’égoïsme des pays riches aussi.

Selon les dire de Poonawalla, SII va envoyer 20 millions de doses pour l’initiative de l’OMS en février 2021, puis 50 millions par mois à partir d’avril environ après la livraison du marché indien à raison de 30 à 40 millions de doses mensuellement. Une chose est sûre: Il va donc falloir attendre encore quelques semaines sinon des mois pour que le Maroc reçoive sa commande. Pire, en dépit de l’accord établi avec AstraZeneca, il ne sera pas servi le premier, ni le deuxième… Mais plutôt après que les pays riches, capables de payer le prix fort et d’exercer une forte pression politique, se soient servis pour vacciner le dernier de leurs citoyens.

Le blocus imposé par les puissants de ce monde, qui rend rare et inaccessible ce fameux vaccin, est pour le moment un véritable casse-tête chinois. Le gouvernement n’ose pas en parler. C’est le non-dit. Et c’est là où le bât blesse. Car ce manque de communication et de transparence de la part du gouvernement au sujet des obstacles empêchant le vaccin anti-Covid-19 de parvenir à notre pays mais aussi des incertitudes liées à son efficacité face à la nouvelle variante de ce virus mutant amplifie l’angoisse des Marocains.

Il est temps que le cabinet El Othmani adopte une nouvelle stratégie de communication basée sur la franchise pour rasséréner tout un peuple qui croit dur comme fer en son Souverain et ses soucis lancinants de faire autant que possible pour relancer l’économie et aider les Marocains à retrouver leur vie normale. Quant aux partis de la majorité comme ceux de l’opposition, il leur reste une dernière chance pour se rattraper avant le rendez-vous électoral de 2021. Pour regagner la confiance d’électeurs qui n’ont que trop souffert d’un mode de gouvernance qui ne prend pas en compte leurs aspirations et d’un modèle de développement qui n’en fait pas un une partie prenante.