LES NOMINATIONS, ON NE S’EN PRIVE PAS !

AU PARLEMENT COMME AU GOUVERNEMENT, MÊME EN TEMPS DE CRISE

On peut s’en offusquer ou en rire, ce qui est fait est fait. Ce qui se trame au Parlement se reproduit au sein du gouvernement, où il ne se passe pas un conseil de gouvernement sans approbation de nouvelles nominations avec des salaires mirobolants. Au moment même où un grand malaise social refait surface.

Rien ne se cache dans ce pays! Après une première réunion le 31 août 2020 du bureau du Parlement, durant laquelle les membres du bureau ont refusé de se réunir avec Habib El Malki (président de la Chambre des représentants), en guise de protestation contre la nomination de trois «militants» de son parti (USFP) comme membres de l’Autorité nationale de régulation de l’électricité (ANRE) sans les consulter ou se concerter préalablement avec eux, la deuxième réunion du 7 septembre a finalement eu lieu.

Somme toute, elle s’est bien déroulée pour M. El Malki puisque malgré les contestations acerbes renouvelées par les membres du bureau, autant ceux représentant la majorité que l’opposition, ces derniers étaient devant le fait accompli. Le président de la Chambre des représentants leur a promis d’appliquer la procédure en vigueur et notamment une décision de la Cour constitutionnelle qui a souligné l’obligation du président de se concerter avec les membres du bureau au sujet des nominations aux institutions constitutionnelles et aux établissements de gouvernance.

Il leur a expliqué qu’il ne pourra pas revenir sur sa décision sinon cela suppose que les nominés doivent présenter leur démission. Ce qui va créer un imbroglio juridique et une situation chaotique inédite. Pour ne pas en arriver là, la réunion s’est poursuivie. Et M. El Malki a promis de respecter la procédure la prochaine fois. Les membres ont accepté et imposé une procédure pour les prochains présidents de cette institution.

On peut s’en offusquer ou en rire, ce qui est fait est fait. Ce qui se trame au Parlement se reproduit au sein du gouvernement, où il ne se passe pas un conseil de gouvernement sans approbation de nominations à de hautes fonctions avec des salaires mirobolants et des primes alléchantes. Les décideurs s’en servent à volonté.

Chacun des hauts fonctionnaires nommés par M. El Malki, M. Benchamach (président de la Chambre des conseillers) ou M. El Othmani, à l’Autorité nationale de régulation de l’électricité (ANRE), bénéficie d’une rémunération mensuelle de plus de 70.000 dirhams. Rien que ça! On se croirait dans une situation normale, voire prospère. Rien à voir avec la crise sanitaire actuelle et la suffocante crise économique qui en résulte. Encore moins avec le discours royal du 20 août, qui a été catégorique en rappelant que l’Etat jette l’éponge étant donné que ses dépenses excèdent ses recettes.

L’alerte est sérieuse
Plus grave est le mode de gouvernance de ceux qui sont à la tête de ces institutions. Un mode qui reflète le clientélisme, le népotisme et le favoritisme aux dépens de la méritocratie, gage d’une bonne gouvernance. A l’approche des échéances électorales, chaque parti, au pouvoir ou dans l’opposition, place ses pions et tisse son réseau. Le pire, c’est que cela se passe au moment où l’Etat (le Comité de veille économique né suite à la création du Fonds spécial Covid-19) a décidé de suspendre les aides accordées aux ménages qui vivent dans la précarité, arguant du fait que les finances publiques ne peuvent plus supporter de nouvelles dépenses. Ils sont plus de 5 millions de ménages qui subsistent grâce à des activités informelles qui dépendent fortement de l’économie formelle.

Or, sachant que l’économie est presque à l’arrêt sauf certaines activités liées notamment à la consommation, les produits de désinfection et de prévention sanitaire, les activités informelles subissent de plein fouet cette morosité. La résultante est qu’une large frange de Marocains d’en bas n’arrivent plus à subvenir à leurs besoins rudimentaires, encore moins à payer leurs arriérés de loyers et de factures d’eau et d’électricité. L’alerte est sérieuse. Il y a un grand malaise social qui refait surface. Certains responsables feignent de ne pas le voir. Mais il est visible et même imprévisible.


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