Nizar Derdabi : "L'Algérie n'a pas les moyens pour satisfaire aux besoins que nécessite un conflit de haute intensité"


Nizar Derdabi ancien Officier Supérieur de la Gendarmerie Royale et Enseignant
à l’Ecole de Guerre Economique Campus de Rabat.


Le déploiement massif de l’armée algérienne près de la frontière marocaine, tel que rapporté par des médias, suscite des interrogations quant à ses objectifs et ses implications. Nizar Derdabi, nous en dit plus.

Pouvez-vous nous expliquer les objectifs derrière le déploiement massif de l’armée algérienne près de la frontière marocaine, tel que rapporté par Maghreb Intelligence ?
Il faut analyser ces informations publiées par Maghreb Intelligence avec le recul nécessaire. Tant qu’il n’y a pas d’information émanant de source officielle, on ne peut pas affirmer avec certitude qu’il y a un déploiement massif de l’armée algérienne près de la frontière marocaine. La seule information avérée, c’est que le Président Tebboune a tenu un Haut conseil de sécurité consacrée selon le communiqué officiel à « l’examen de la situation générale dans le pays et au niveau des frontières ». A mon avis, l’armée algérienne n’a aucune raison de déployer davantage de troupes sur la frontière avec le Maroc, étant donné que cette zone est déjà celle qui regroupe la plus forte concentration de moyens humains et matériels de l’ANP. S’il y a actuellement un front qui mérite un renforcement c’est bien celui de la frontière Sud avec le Mali, à cause de l’étendue de cette frontière et de la menace réelle des groupes armés indépendantistes et jihadistes.

Quelles sont les implications potentielles de cette action sur la sécurité régionale et les relations bilatérales entre l’Algérie et le Maroc ?
Si l’information est confirmée, évidement que les FAR suivront de près ces mouvements de troupes. Car on ne décide pas un déploiement massif des forces armées sans raison valable. A mon avis le régime algérien cherche encore une fois à faire monter la pression à travers une guerre informationnelle qui vise aussi bien à déstabiliser le Maroc qu’à manipuler l’opinion publique algérienne. A l’approche des prochaines élections présidentielles de 2024, le pouvoir algérien doit continuer à agiter le spectre de la menace venant du Maroc pour légitimer le maintien du régime militaire actuel.


L’Algerie a-t-elle les moyens militaires de s’attaquer au Maroc ?
La guerre actuelle en Ukraine a démontré que même une puissance militaire comme la Russie ne peut soutenir l’effort de guerre dans la durée sans avoir un impact néfaste sur l’économie du pays. L’Algérie, sans soutien étranger, n’a pas les moyens pour satisfaire aux besoins considérables que nécessite un conflit de haute intensité, en termes de munitions, armement et logistique, alors qu’elle a du mal à subvenir aux besoins essentiels de sa population.

Pensez-vous que la création récente de la Zone Est par les Forces Armées Royales (FAR) était une mesure préventive à prendre à ce moment-là ?
La création de la Zone Est répond d’abord à un besoin de rééquilibrer le rapport de force au niveau de la frontière Est afin de pouvoir faire face à toutes les menaces mais aussi de donner au Commandant de cette zone des moyens et prérogatives lui permettant d’avoir un certain niveau d’autonomie par rapport à l’Etat-Major Général des FAR à Rabat.

Comment évaluez-vous les risques et les conséquences d’une éventuelle confrontation militaire entre l’Algérie et le Maroc, telle que suggérée par les informations sur une possible intensification des combats entre le front Polisario et les forces armées marocaines ?
La confrontation, si elle devait avoir lieu, serait destructrice pour les deux camps qui disposent tous les deux d’armées très puissantes. Mais le Maroc a toujours manifesté sa volonté d’éviter toute escalade qui mènerait à un conflit fratricide entre les deux pays. Et surtout, le régime algérien est conscient que toute provocation militaire de sa part lui vaudrait une condamnation unanime de la communauté internationale et des sanctions économiques qui affaibliraient le régime en place vis-à-vis de sa population.

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