Nizar Baraka: "L’Espagne doit restituer Sebta et Mellilia au Maroc"

Le Parti de l’Istiqlal ne rate aucune occasion pour rappeler la nécessité de mettre fin à la colonisation de Sebta et Mellilia, tout en agissant pour des relations de partenariat solides empreintes de respect mutuel entre le Maroc et l’Espagne. Le point avec Nizar Baraka, secrétaire général du parti à la lumière de l’affaire Brahim Ghali.

Quelle a été la réaction du Parti de l’Istiqlal par rapport à la vague d’immigrés qui ont pu pénétrer dans les villes de Sebta et Mellilia?
D’abord, nous saluons la décision royale, annoncée mardi 1er juin 2021, de rapatrier les mineurs non accompagnés se trouvant dans pays européens, de leur permettre de retrouver leurs familles et leur pays et de les protéger contre toute exploitation malsaine et contre tout mauvais traitement.

Pour ce qui est de votre question, nous avons été choqués par cette vague d’émigration massive de familles, de femmes et d’enfants marocains vers Sebta et par ces images insupportables d’enfants en bas âge traversant la mer au risque de perdre leur vie pour aller à Sebta.

Nous considérons que cette situation est la meilleure illustration de l’échec du gouvernement, qui a ignoré notre mémorandum proposé en 2018 pour un plan de développement spécifique pour les zones frontalières et nos appels à des solutions alternatives pour les populations touchées de plein fouet par la fermeture des frontières avec Sebta et Mellilia et qui, par sa politique ultra libérale, a fortement aggravé les inégalités sociales.

Cette opération a remis sur le tapis le statut des deux villes occupées par l’Espagne, dont votre parti ne rate aucune occasion pour évoquer leur marocanité…
Comme vous le rappelez dans votre question, la position du Parti de l’Istiqlal concernant l’intégrité territoriale de notre pays est connue. De par son histoire, et comme l’attestent les écrits de ses pères fondateurs, dont Si Allal El Fassi, le Parti de l’Istiqlal a toujours appelé au parachèvement de l’intégrité du territoire marocain et a toujours agi dans ce sens.

Concernant les deux villes de Sebta et Mellilia, notre engagement s’inscrit en droite ligne avec la position officielle de notre pays, qui considère que la question de ces deux villes ne peut être résolue que dans le temps et dans le cadre du dialogue et de la concertation entre l’Espagne et le Maroc. L’Espagne doit restituer Sebta et Mellilia au Maroc, dans le respect du partenariat stratégique qui lie nos deux pays et en tenant compte de nos intérêts communs.

Mais le Maroc, par le biais du ministère des Affaires étrangères, a souligné que l’Espagne ne joue pas franc jeu au sujet de l’intégrité territoriale du Maroc. Qu’en pensez-vous?
Notre parti, comme l’ensemble des composantes du paysage politique marocain, a considéré que recevoir le chef des séparatistes en Espagne, Brahim Ghali, est un acte inacceptable et condamnable et porte atteinte à la relation de confiance qui lie nos deux pays. En fait, nous avons considéré que c’était un coup de poignard dans le dos qui est en flagrante contradiction avec la qualité des relations bilatérales entre les deux peuples, les deux pays et le bon voisinage.

Comment l’Espagne a pu accueillir, sous une fausse identité et sans informer le Maroc, cet individu qui est le chef d’une organisation séparatiste militaire, qui a déclaré la guerre au Maroc, viole, depuis novembre 2020, l’accord de cessez-le-feu de 1991 et continue de le faire, et traine des accusations graves de violation des droits humains, de crimes contre l’humanité, de viols et de torture? A ce propos, nous considérons que le fait que la justice espagnole l’ait écouté sur ces dossiers a été une occasion pour que l’opinion publique espagnole connaisse son vrai visage. Certes, le juge n’a pris aucune mesure conservatoire contre ce dernier, qui a pu rentrer en Algérie, mais le monde entier est au courant des crimes qu’il a commis, et que la longue liste de ses victimes comprend également des Espagnols.

Le Maroc parle également d’une confiance rompue entre Rabat et Madrid. Quelle évolution cette crise peut-elle avoir et comment rétablir la confiance, d’après vous?
L’Espagne doit préserver les relations de bon voisinage et conforter ses intérêts communs avec le Maroc. C’est pourquoi le gouvernement espagnol actuel est appelé à corriger cette situation et à changer son attitude envers le Royaume et rétablir la qualité exceptionnelle de la relation qui liait nos deux pays. Pour ce faire, des mesures de confiance s’imposent, notamment sur le dossier du Sahara marocain, qui a connu un nouveau tournant suite à la reconnaissance par les Etats unis de la marocanité du Sahara.

Qu’entreprend le Parti de l’Istiqlal pour faire entendre la voix du Maroc sur ces questions-là, en Espagne et ailleurs?
Dès l’affaire de la fermeture par les milices du Polisario du passage de Guergarat, en novembre 2020, et ensuite lors de la décision américaine de la reconnaissance de la marocanité du Sahara, le 4 décembre 2020, nous avons saisi l’ensemble des partis de l’Internationale démocratique du centre et les partis de l’Union internationale des partis démocratiques pour les informer de ces évolutions et des implications futures.

Par ailleurs, lorsque l’affaire Ghali a éclaté, j’ai adressé une lettre à Pablo Casado, président du Parti populaire espagnol. Nous avons eu tous les deux une conférence à distance où j’ai partagé avec lui le sentiment de tous les Marocains de rejet de l’attitude du gouvernement espagnol et je n’ai pas manqué de saluer la position ferme de M. Casado vis-à-vis du gouvernement de son pays quant à la nécessaire préservation des relations maroco-espagnoles.