Entretien avec Nisrine Ibn Abdeljalil, directrice générale de la Fondation marocaine pour la promotion de l’enseignement préscolaire.

Nisrine Ibn Abdeljalil : "La FMPS est l’acteur principal du déploiement du chantier royal du préscolaire"

Avec 22.000 classes à travers le Royaume, soit plus de 70% du préscolaire public, la FMPS est devenue l’acteur national de référence dans l’enseignement préscolaire. Sa directrice générale, Nisrine Ibn Abdeljalil, nous parle des projets de cette institution publique, ses réalisations et ses ambitions pour les années à venir.


La Fondation marocaine pour la promotion de l’enseignement préscolaire (FMPS) vient de fêter son 16ème anniversaire. Quel bilan faites-vous de ces seize années?
Effectivement, la Fondation a fêté son 16ème anniversaire en ce mois de mars, célébrant ainsi de grandes réalisations dans le domaine du préscolaire. Il faut rappeler que la fondation a été créée en 2008 à l’initiative de feu Meziane Belfkih, conjointement par le Conseil supérieur de l’enseignement (CSE), du ministère de l’Éducation nationale, du ministère de l’Intérieur et de la Fondation Mohammed-VI pour la promotion des oeuvres sociales de l’éducation-formation, avec pour mission de préparer les piliers de la généralisation du préscolaire et expérimenter des modèles de déploiement.

Depuis sa création, la FMPS a connu trois étapes majeures dans sa trajectoire. Les dix premières années (de 2008 à 2018), ont permis de concevoir et affiner les programmes pédagogiques et de formation et d’expérimenter le modèle de gestion grâce d’abord à l’appui de la Fondation Mohammed-VI pour la promotion des oeuvres sociales de l’éducation- formation qui a créé les premières écoles préscolaires gérées par la Fondation, et par la suite à des partenariats spécifiques avec quelques collectivités territoriales, pour atteindre un réseau total de près de 400 classes en 2018. Ces partenariats ont nécessité un plaidoyer important auprès des parties prenantes, et malgré le faible taux de réalisation, les équipes de la Fondation ont maintenu leur engagement et leur persévérance pour faire avancer le préscolaire au Maroc.

Mais la deuxième étape a été probablement la plus charnière dans le parcours de la Fondation…
Effectivement, cette étape est marquée par le lancement du Programme national de la généralisation du préscolaire (PNGP) et plus particulièrement par le partenariat de la fondation avec l’INDH (initiative nationale de développement humain). En effet, dans le cadre de sa phase 3, et en appui au PNGP, l’INDH a lancé un programme important de développement du préscolaire dans le rural, qui concerne la création de 10.000 classes de 2019 à 2023.

La FMPS, qui disposait alors du plus grand réseau préscolaire à l’époque et qui avait progressivement développé une chaine de métiers intégrée, a été choisie, avec une autre association, pour la gestion de ce réseau. Ce partenariat avec l’INDH était une opportunité pour la Fondation de formaliser son modèle de gestion qui s’appuyait sur la supervision des classes et de disposer de frais de gestion. Grâce à son savoir-faire, la Fondation est actuellement gestionnaire de 80% du réseau rural développé par l’INDH.

Dans quelle mesure le nouveau gouvernement a-t-il donné une nouvelle impulsion à l’enseignement préscolaire?
Après évaluation des modèles de déploiement existants, le ministère de l’Éducation nationale a opté pour le modèle que la Fondation avait expérimenté avec l’INDH. Par ailleurs, la FMPS avait également expérimenté un modèle de gestion avec les directions provinciales du ministère et gérait au total un réseau de 12.000 classes. Tenant compte de ces expérimentations, le ministère et la Fondation ont conclu un partenariat qui repose sur le modèle de Délégation de service public (DSP) avec quatre mandats attribués à la Fondation: la gestion de 70% du préscolaire public; la formation initiale et continue des éducatrices; la mise en place d’un dispositif de suivi et évaluation; et la mise en place d’un dispositif de labellisation

Le développement du préscolaire a connu un essor à la suite de la lettre royale de 2018 pour le lancement du PNGP. Quel est le rôle joué par la FMPS pour faire avancer ce chantier?
La FMPS a joué un rôle important pour faire avancer la généralisation du préscolaire au Maroc. Avec 22.000 classes préscolaires à travers le pays, soit 70% du préscolaire public, la FMPS est aujourd’hui l’acteur de référence national du préscolaire, qui accompagne le ministère dans l’accélération de la généralisation et la maîtrise de la qualité. Il est à noter que le taux de préscolarisation a gagné près de 30 points depuis 2018, avoisinant les 80% aujourd’hui. Le lancement du programme national de généralisation et de développement d’un préscolaire de qualité en 2018 a été pour la Fondation la consécration de tous les efforts et plaidoyers réalisés pour convaincre de l’importance d’investir dans le préscolaire, selon un modèle centré sur l’enfant et la qualité. Dans ce cadre, la FMPS a mis à la disposition du ministère de l’Éducation nationale toute son expertise et a contribué activement à l’élaboration du PNGP. Ainsi, la Fondation a joué un rôle déterminant et actif pour le lancement du PNGP et a été, sous l’égide du ministère, l’acteur principal du déploiement de ce chantier royal.

La FMPS est une institution qui bénéficie d’un soutien important de l’État. Comment se manifeste ce soutien et pensez-vous qu’il est suffisant pour permettre à la Fondation de réaliser ses objectifs?
La Fondation bénéficie du soutien et de la confiance de l’État, qui se manifestent dans le modèle de DSP à travers lequel la Fondation opère aujourd’hui pour le compte du ministère de l’Education nationale et de l’INDH. La DSP permet à la Fondation de mettre son expertise au service de l’État pour le déploiement d’un préscolaire de qualité, dans un partenariat gagnant-gagnant, qui permet à la Fondation de se développer et de bénéficier des ressources financières nécessaires pour la réalisation du service public convenu avec l’État.

Ce modèle repose essentiellement sur un financement innovant, sur trois niveaux: il permet de financer le fonctionnement des classes; d’assurer leur suivi et l’encadrement des éducatrices; et d’assurer à la Fondation des frais de gestion pour l’amélioration continue de ses prestations. D’ailleurs, depuis la signature de la convention avec le ministère, la Fondation s’est restructurée et a renforcé son organisation interne, notamment au niveau central, pour accompagner son développement et ses engagements vis-à-vis de l’État. Il est important de rappeler que l’État apporte un financement conséquent pour couvrir le nécessaire. Toutefois, nos ambitions pour la qualité nous amènent à chercher d’autres acteurs (privé, collectivités territoriales,…) pour les mobiliser autour d’une banque de projets structurée afin de lever davantage de fonds en faveur du développement du préscolaire national de qualité.

Quelles sont vos ambitions pour les prochaines années?
La Fondation a démontré sa capacité à développer et à gérer un réseau national important. La réussite de nos partenariats avec l’INDH et le ministère en sont la preuve. Nous souhaitons consacrer les prochaines années essentiellement à la qualité et à l’amélioration continue de nos prestations, étayée par une évaluation rigoureuse et régulière.

C’est dans cette optique que nous avons élaboré notre vision ATFALOUNA 2030, qui est centrée sur trois axes. Le premier axe concerne l’excellence opérationnelle, qui, dans un court terme, va nous permettre de fluidifier et renforcer nos process opérationnels pour une meilleure gestion de notre réseau et une meilleure réactivité vis à vis de nos partenaires. Sur le plus long terme, l’excellence opérationnelle permettra d’atteindre notre ambition d’amélioration continue. Le deuxième axe concerne, pour sa part, le rayonnement à travers la promotion des activités de la Fondation, de ses travaux de recherche scientifique, la participation aux événements, et le renforcement de la coopération internationale.

Quant au troisième axe, il concerne la diversification des activités de la Fondation par le lancement de nouvelles activités dans le domaine de la petite enfance. Nous avons en projet, entre autres, la création de crèches, la production de jeux éducatifs et le renforcement de l’édition pédagogique. L’objectif de cet axe est de développer de nouvelles activités visant à pérenniser et renforcer les ressources financières de la Fondation, pour soutenir ses programmes préscolaires.

BIO EXPRESS
Une passionnée de l’enseignement préscolaire

Nisrine Ibn Abdeljalil est directrice générale de la FMPS depuis mai 2023. Elle dispose d’un parcours académique et professionnel solide. Titulaire d’un master en gestion des ressources humaines de l’ISCAE en 2016, elle a également obtenu un master en management des systèmes d’information à l’université américaine, Nova Southeastern University en 2000. Son parcours professionnel a débuté par son acquisition d’une solide expérience dans le domaine du conseil. Entre 2004 et 2008, elle a dirigé des projets liés au management et à la gestion des ressources humaines au sein d’institutions marocaines et internationales. Elle a intégré la FMPS en 2008 où elle a d’abord dirigé le réseau de la fondation avec une équipe de plus de 100 collaborateurs avant d’être promue au poste de directrice générale adjointe en 2019 puis directrice générale en 2023. Capitalisant sur son expérience en planification financière, gestion budgétaire et gestion des partenariats stratégiques de la FMPS, son leadership avéré témoigne du succès qu’elle a rencontré dans la gestion de projets, ce qui illustre son engagement envers les objectifs stratégiques de la promotion et le développement de l’enseignement préscolaire au Maroc.

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