Le "Nihilisme pragmatique", de Hicham Nostik

Philosophie

Avec son troisième ouvrage en trois ans, celui que l’on qualifie sur les réseaux sociaux de “prophète de l’athéisme” continue d’afficher son ambition de rééditer son succès digital de défaiseur autoproclamé de fables religieuses.

Dans l’univers de l’internet marocain, Hicham Nostik n’est plus à présenter. Depuis plusieurs années, il s’active sur les réseaux sociaux contre ce qu’il taxe de fables religieuses, ou ce qu’il appelle en arabe, sa langue d’usage avec le dialectal marocain, la “khourafa”. Avec comme principale cible, extraction marocaine oblige, l’Islam.

Bien sûr, beaucoup ne goûtent pas. On se plaît par exemple à faire le parallèle entre lui et l’écrivain britannique Salman Rushdie, visé depuis février 1989 par une fatwa du guide de la révolution iranienne Rouhollah Khomeini après la publication quelque cinq mois plus tôt des Versets sataniques, roman caricaturant dans certains de ses passages le prophète Mohammed.

Différence majeure, toutefois, c’est qu’on ignore presque tout de lui, en dehors des détails qu’il avait notamment donnés dans son autobiographie sortie début février 2019 et présentée alors au Salon international de l’édition et du livre (SIEL) de Casablanca, Mémoires d’un Marocain infidèle.

On sait par exemple que c’est à Taza qu’il a vu le jour -en 1976-; qu’orphelin, il a grandi à Kénitra et fréquenté dans sa jeunesse des mouvements islamistes comme Al-Adl Wal Ihsane et le Mouvement unicité et réforme (MUR); que c’est en Allemagne, où il avait émigré pour étudier la littérature, qu’il a abjuré sa foi, après avoir entre-temps frayé avec des organisations jihadistes; et qu’après qu’on lui a trois fois refusé la nationalité allemande, il vit aujourd’hui au Canada.

Et c’est à peu près tout. Quant à son visage, personne ne l’a jamais vraiment vu. C’est entièrement (et de façon intentionnellement burlesque) grimé qu’il était apparu à la seule interview vidéo qu’il ait donné à ce jour, laquelle avait été diffusée en deux parties en août 2018 sur YouTube dans le cadre de l’émission “Soundouq al-Islam” (“La Boîte de l’Islam”) du politologue égyptien Hamed Abdel-Samad.

Registre plus sérieux
En dehors des détracteurs, Nostik ne manque cependant pas de suiveurs, ou de “followers” pour en rester au langage de l’internet. Rien que sur sa page Facebook, il en compte plus de 107.000. Sans compter les quelque 115.000 de sa chaîne YouTube, devenue célèbre grâce à sa série comique “Qabassate” (“Extraits”) et qui, récemment, a donné lieu à des interviews d’un registre plus sérieux avec des personnalités marocaines comme l’ancien porte-parole du Palais, Hassan Aourid, ou étrangères comme l’ancien président tunisien, Moncef Marzouki, ou l’actrice égyptienne Elham Shahin.

On parle même de Nostik comme du “prophète de l’athéisme” au Maroc, même si c’est d’abord en tant qu’agnostique -d’où son sobriquet- qu’il s’est fait connaître. Et il faudrait peut-être aussi dire désormais nihiliste pragmatique, titre qui renvoie à son ouvrage le plus récent, justement intitulé Le Nihilisme pragmatique.

Publié ce 9 janvier 2022 chez Dar Attaouhidi, la même maison d’édition que pour son précédent livre, Dialogue avec le Musulman en moi, le nouvel écrit de Nostik nourrit des ambitions plutôt philosophiques, dans la mesure où il explore la notion du sens de la vie dans un monde selon lui absurde.

On y reconnaîtra d’évidents accents camusiens, doublés aussi d’un certain épicurisme car l’objectif n’est pas moins que de livrer au lecteur “la clé du bonheur”, expression figurant comme sous-titre. A voir s’il saura rééditer en librairie son succès digital.