Néo-colonialisme en Afrique: Un phénomène vivement dénoncé

Le néocolonialisme est une triste réalité en Afrique. Il épouse plusieurs formes et suscite une colère vive auprès du grand public et des leaders d’opinion.

Officiellement, la colonisation a pris fin dans les années 1960 dans plusieurs territoires africains naguère occupés par des puissances étrangères. Mais, dans les faits, la réalité est tout autre. On semble plutôt assister à ce que le célèbre philosophe Jean-Paul Sartre qualifie de «néo-colonialisme ». Une colonisation qui ne dit pas son nom et qui épouse différents contours. Les exemples foisonnent sur le continent. L’un des plus parlants est sans nulle doute la monnaie du Franc CFA.

Cette dernière devise coloniale, qui s’appelait «franc des colonies africaines françaises» avant d’être renommée «franc de la communauté financière africaine», représente un vestige encombrant de cette époque, selon plusieurs spécialistes africains. La «zone franc» qui était instaurée durant la colonisation continue de fonctionner après les indépendances. Elle couvre actuellement le franc CFA d’Afrique de l’Ouest (utilisé par huit Etats de l’Union économique et monétaire ouest africaine, UEMOA), et le franc CFA d’Afrique centrale (utilisé par les six Etats de la Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale, CEMAC).

Une parité imposée
Le fonctionnement de cette monnaie, dont les billets sont imprimés dans des usines françaises, obéit à quatre règles qui font partie des clauses de deux traités signés entre la France et ces Etats. Parmi ces clauses, la convertibilité illimitée du Franc CFA vers toute monnaie étrangère garantie par la France, le maintien du taux de parité fixe avec la monnaie française (l’euro actuellement) et le dépôt de 50% des réserves des pays de la zone monétaire sur un compte d’opération de la Banque de France, basé à Paris.

Les réserves déposées à la Banque de Paris étaient estimées à près de 10 milliards d’euros. Une somme colossale qui, d’après de nombreux experts de la finance africaine, pouvait permettre de contribuer au développement de ces Etats. Très remontés contre cette absence de souveraineté monétaire, société civile, leaders d’opinions et influenceurs africains ont lancé, ces dernières années, plusieurs campagnes de dénonciation dans la rue et sur les réseaux sociaux.

Face à cette forte mobilisation, le président français Emmanuel Macron a annoncé, le 21 décembre 2019 à Abidjan, «la fin du franc CFA». La Communauté des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a aussi pris à bras le corps cette question en lançant le processus de création de la nouvelle monnaie «Eco», qui devrait remplacer le franc CFA.

Outre cette monnaie, la présence militaire française est perçue par une grande partie de l’opinion africaine comme du néo-colonialisme déguisé, une manière de sauvegarder les intérêts stratégiques et économiques de Paris. Et les faits semblent corroborer leur ressenti, notamment les interventions des troupes tricolores en Côte d’Ivoire en 2011 pour installer Alassane Ouattara, ainsi que l’opération «Serval» menée au Mali, où l’armée française a noué une alliance avec le groupe armé «Mouvement national de libération de l’Azawad». Autant dire que la colonisation n’est pas seulement physique comme le cas de Sebta et Mélilia, elle peut aussi se matérialiser sous d’autres facettes.