NÉCESSAIRE DÉBAT CITOYEN

L’APPLICATION DE TRAÇAGE DES CONTAMINATIONS TOUJOURS DANS LE PIPE

Le secret qui a entouré l’application de traçage marocaine Wiqaytna a fini par alimenter les spéculations sur sa véritable finalité:

Comparaison n’est pas raison. Mais il y avait matière à méditer ce 27 mai 2020 au Maroc alors qu’en France l’Assemblée nationale, qui tient lieu de chambre basse du parlement, donnait son approbation pour l’usage de StopCOVID19, l’application censée aider les autorités françaises à mieux tracer les cas de Covid- 19 et ainsi lutter plus efficacement contre la pandémie.

Car comme chacun sait, le Royaume est en train de mettre au point depuis plus de six semaines une solution équivalente, Wiqaytna, présentée le 11 mai aux médias par le ministère de l’Intérieur et celui de la Santé en les personnes respectives du gouverneur-directeur des systèmes d’information et de communication, Abdelhak El Harrak, et du directeur de l’épidémiologie et de lutte contre la maladie, Mohammed Youbi.

Respect de la vie privée
Et pourtant, point de procédure législative analogue: c’est à peine si la question fut abordée le 29 avril, au cours de son passage à la Chambre des représentants pour faire voter les dispositions relatives à l’état d’urgence sanitaire et aux procédures de sa déclaration, par le ministre de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit, après et seulement après que le député FGD (Fédération de la gauche démocratique) Omar Balafrej l’ait interpellé à son sujet.

Pis encore, c’est pratiquement accidentellement, si l’on peut dire, que les Marocains apprirent l’existence du chantier de son développement après la fuite d’un document de cadrage adressé le 9 avril à l’Agence de développement du digital (ADD) par le ministère de l’Intérieur pour lancer un appel à manifestation d’intérêt pour être accompagné. Même la Commission nationale de Contrôle de protection des données à caractère personnel (CNDP), qui normalement devait être au préalable saisie par la «mère des ministères » pour l’établissement d’un cahier des charges respectueux de la vie privée et des données à caractère personnel des citoyens, ne fut tenue au courant que par voie de presse, comme elle le révéla ellemême dans un communiqué dont elle s’était fendue le 16 avril.

Le secret qui a de longues semaines durant entouré Wiqaytna et qui continue, dans une certaine mesure, de prédominer en dépit de la présentation qu’en avait faite M. El Harrak, de même que la célérité prise par M. Laftit pour expédier en moins de deux minutes le débat à son propos, et ce, d’autant plus, en ne l’ayant abordé qu’à la toute fin de son intervention comme pour en signifier le faux manque d’intérêt, a naturellement fini par alimenter les spéculations dans les chaumières et à poser la question de sa véritable finalité: s’agissait-il d’un moyen prétextant le Covid-19 pour épier de (plus) près les citoyens? Comment garantir, si tel n’est pas le cas, que les données recueillies ne puissent pas être utilisées à mauvais escient? Si l’engagement des autorités, par la voix de M. El Harrak, de rendre public le code source de Wiqaytna est normalement de nature à balayer tout doute quant à ses objectifs, les suspicions, devant une telle façon de faire, ne peuvent que demeurer, alors que M. Laftit lui-même soulignait, dans sa réponse à M. Balafrej, que «s’il n’y a pas la coopération des gens et la confiance mutuelle, cela ne sert à rien» de recourir à de tels «programmes».

Rien n’empêche ainsi aujourd’hui, au nom du respect des citoyens, de leur volonté et de leur intelligence, de soumettre, comme en France, le projet de l’application au crible au sein du parlement et d’en débattre en toute transparence, même si ce ne serait que pour la forme.


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