La ministre de la Transition énergétique dans la tourmente

NE TIREZ PAS SUR LAILA BENALI

La ministre devait, certes, s’attaquer à ces publications étrangères du moment qu’il s’agit de désinformation. M. Baitas devait, lui, s’exprimer pour expliciter la position du cabinet Akhannouch. Mais rien ne justifie cette «meute» qui cible une ministre naguère appréciée.


Le minaret est tombé, pendons le coiffeur! Cet adage marocain s’applique parfaitement aux articles de presse diffusés ces derniers jours et qui relaient, sans prendre le soin de vérifier et de recouper l’information, mot à mot et cliché par cliché, la publication du 27 mai 2024 du média australien ‘’The Australien’’ qui montre une photo d’un homme et une femme enlacés, en train de s’embrasser. Nos médias ont traduit le commentaire de The Australien qui a assuré qu’il s’agit Andrew Forest, homme d’affaires australien et deuxième fortune de son pays avec un patrimoine de plus de 33 milliards de dollars et de Leila Benali, ministre marocaine de la Transition énergétique et du Développement durable, qui se seraient rencontrés une semaine auparavant à Paris où la ministre effectuait une visite de travail.

D’autres médias marocains sont tombés dans l’excès de zèle. Ils ont cédé au sensationnalisme en prétendant un possible «conflit d’intérêt» puisque Mme Benali serait intervenue au profit du richissime homme d’affaires australien pour la conclusion d’un marché important entre la holding de celui-ci et le groupe OCP. Rien qu’à y penser, c’est la preuve qu’on ignore tout de la gouvernance du pays.

En piétinant les règles de la déontologie professionnelle, ces médias ont fait de cette «photo» ou de ce «cliché» dans les sens propre et figuré du terme, leurs choux gras, criant au scandale ! Sans prendre la peine de vérifier la véracité de la rumeur ou encore d’enquêter pour trier le bon grain de l’ivraie, des «journalistes» ont repris tout ce que «The Australien» ou de «The Daily» ont publié, comme si c’était une révélation sacrée !


Certains passages des articles devenus viraux sur les réseaux sociaux menaient en bateau les lecteurs et les auditeurs. Ils donnaient l’impression qu’un travail d’investigation a été entrepris, en soulignant qu’ «une source proche» ou des «collaborateurs » de l’homme d’affaires australien leur ont murmuré quelques indiscrétions. En agissant avec une nonchalance ahurissante et un laisser-aller déconcertant, personne n’a réfléchi aux éventuelles conséquences fâcheuses de cette histoire sur le pays, sur ce département ministériel névralgique et clé de voûte de notre modèle de développement durable ou surtout sur cette ministre, femme, épouse de quelqu’un, mère d’enfants, fille de quelqu’un, soeur de quelqu’un…

Une de ces conséquences- il fallait s’y attendre- est que notre voisin de l’Est, ou plutôt la junte militaire algérienne a, une fois de plus, pêché en eau trouble, en tentant de dénigrer nos institutions. Qu’importe ! Qui se soucie de ce que dit l’Algérie officielle et une frange de la presse à ses bottes ? Ce qui compte vraiment maintenant, c’est de faire valoir la rigueur professionnelle et le bon sens. Peut-être que le Conseil national de la presse (CNP) devrait s’autosaisir pour «rappeler à l’ordre» surtout quand les preuves de certaines allégations et diffamations font défaut.

Le journalisme est un art et une science, mais aussi une manière d’être régie par des règles de déontologie et d’éthique. C’est ce qui donne ses lettres de noblesse à cette profession. On a le devoir d’informer, d’agir dans l’intérêt public et non dans l’intérêt du public qui est plus proche du voyeurisme. Dans le respect de l’Autre, de la vie privée, des lecteurs, auditeurs et téléspectateurs...

C’est un contrat social à préserver encore plus aujourd’hui que par le passé, à l’ère des fake news et de l’information malveillante. La ministre Laila Benali a fait, à juste titre, sa part des choses en publiant une mise au point qui dénonce une information fallacieuse véhiculée pour servir des intérêts sordides, visant à ternir l’image du pays. Il est vrai que madame la ministre devait s’attaquer à ces publications étrangères du moment qu’il s’agit d’une campagne de désinformation. Notre ministre porte-parole du gouvernement devait, quant à lui, faire une sortie médiatique pour expliciter la position du cabinet Akhannouch, solidarité gouvernementale oblige. Mais cela ne justifie point cette «meute» qui cible une ministre appréciée, encore hier, pour ses compétences avérées.

Articles similaires