Nawal Bouyahyaoui : "Le Maroc ne doit pas rater le train de la médecine dentaire digitale"


Du 22 au 25 novembre 2023, Rabat accueilli le congrès international sous l’égide du “Dentisterie 4.0: L’avenir de l’esthétique, de l’innovation et des soins numériques”. Doyenne de la Faculté de médecine dentaire de Rabat, organisatrice de l’événement, Pr Bouyahyaoui nous en dit plus.

Vous venez d’organiser, au niveau de la Faculté de médecine dentaire de Rabat, un congrès autour de ce que l’on appelle la “dentisterie 4.0”. De quoi s’agit-il exactement?
La médecine dentaire a été considérablement influencée par les avancées technologiques, qui lui ont apporté plusieurs innovations significatives. Je cite, à titre informatif, l’utilisation de l’imagerie 3D en radiologie dentaire ainsi que de scanners intraoraux, de technologies de réalité virtuelle et augmentée, d’intelligence artificielle et de la technologie laser. Ces avancées transforment la pratique dentaire en améliorant la précision des diagnostics. Mais au-delà de cela, elles simplifient également les procédures et rendent les soins plus personnalisées et accessibles.

Comment faites-vous pour que les étudiants de votre faculté restent à la page par rapport à toutes ces avancées? Avez-vous mis en place des mesures pédagogiques spécifiques?
Nous avons adapté notre programme d’enseignement en ajoutant des modules dédiés à l’utilisation des technologies digitales en médecine dentaire. De plus, nous avons créé un centre de simulation financé par le ministère de l’Enseignement supérieur, avec cinq salles dotées des équipements les plus récents (salle de simulation virtuelle, salle de simulation d’anatomie virtuelle, salle de conception et de fabrication assistée par ordinateur CFAO studio d’enregistrement, salle de simulation des urgences médicales et de radiologie numérique). Nous offrons également aux étudiants un accès aux ressources en ligne, webinaires, conférences et ateliers animés par des experts internationaux. Ainsi, nous visons à intégrer les nouvelles techniques et équipements digitaux dans la formation des étudiants en médecine dentaire, tout en leur offrant des opportunités d’apprentissage enrichissantes.

Pensez-vous que la médecine dentaire digitale va finir par supplanter la médecine dentaire classique?
La médecine dentaire digitale représente une avancée significative dans le domaine dentaire, offrant des avantages considérables en termes de précision, d’efficacité et de personnalisation des soins. Cependant, elle ne peut pas remplacer la médecine dentaire conventionnelle, mais elle vient la compléter. Certains aspects de la pratique dentaire, tels que l’interaction humaine, l’examen clinique approfondi et la prise en compte des facteurs émotionnels des patients, demeurent fondamentaux dans la médecine dentaire et ne peuvent pas se substituer à celle-ci. Elle devrait donc plutôt compléter et améliorer la médecine dentaire classique que de la remplacer.

Voyez-vous tout de même la médecine dentaire digitale se généraliser au Maroc?
La transition vers la médecine dentaire digitale au Maroc provoque des défis que nous devons relever pour garantir une intégration efficace et optimale des nouvelles technologies. Pour ce faire, il faut d’abord assurer une formation adéquate aux professionnels de la santé dentaire. Ensuite, il faut oeuvrer de concert à trouver des moyens commodes pour alléger les coûts des équipements et logiciels utilisés. La démocratisation de l’utilisation de ces outils implique de fait la mise en place des normes directives pour encadrer la pratique de la médecine dentaire d’un point de vue qualité des équipements, stockage des données, sécurité des patients… Puis, j’estime qu’il est nécessaire de rester en veille pour suivre le rythme du changement et rester à jour, ce qui peut parfois être un défi en termes de mise à niveau des compétences et des équipements. Et enfin, je pense qu’il faut intégrer la médecine dentaire digitale dans le système de santé au Maroc, et ce en assurant une coordination avec d’autres professionnels de la santé et en facilitant l’échange d’informations entre les praticiens. La gestion logistique posera assurément un défi majeur.

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