Trois questions à Narjisse El-Hillali, de la Commission nationale des étudiants en médecine, médecine dentaire et en pharmacie du Maroc.

Narjisse El-Hillali : "La suppression de la septième année est particulièrement préoccupante"


Pouvez-vous expliquer les raisons principales de vos manifestations ?
Nos manifestations sont une réponse directe à la décision abrupte de réduire la durée des études de médecine, annoncée en mars 2023. Cette décision, prise sans une véritable consultation avec les principaux concernés - les étudiants - est un exemple flagrant d’une approche unilatérale et de manque de vision stratégique du ministère. Notre principale préoccupation est que cette réforme, sans un cadre de mise en oeuvre adéquat, ne nous prépare pas suffisamment à la pratique médicale directe. Nous sommes contraints de passer des stages, souvent dans des conditions peu optimales, aggravées par l’augmentation des effectifs d’étudiants. Les infrastructures existantes sont débordées et ne peuvent pas accueillir une telle hausse. Cela crée un environnement académique tendu où les étudiants se trouvent privés des opportunités et des ressources nécessaires pour une formation complète et approfondie.

Le ministère a annoncé prendre plusieurs mesures pour améliorer la qualité de l’enseignement et des infrastructures. Qu’est-ce que vous en pensez ?
Depuis l’annonce de cette réforme, il y a plus de deux ans, nous avons été abreuvés de promesses. Cependant, ces promesses ne se sont pas concrétisées en actions tangibles. Les réunions multiples, organisées dans l’espoir de clarifier ces réformes, n’ont fait qu’ajouter à la confusion déjà présente. Cette situation a engendré un climat d’incertitude et d’impréparation parmi les étudiants. La suppression de la septième année est particulièrement préoccupante, car elle représente la perte de 600 heures du volume horaire global de la formation. Concernant le troisième cycle à savoir le résidanat, l’internat et la spécialité, les informations fournies sont vagues et ne fournissent aucune assurance quant à la qualité de la formation spécialisée. Nous n’avons pas une vision claire ou un plan concret pour l’avenir de notre formation.

Quelles sont vos attentes concernant l’avenir et combien de temps pensez-vous que cette situation va perdurer ?
Prédire une échéance pour la résolution de cette situation est difficile. Notre action de boycotter les examens et d’organiser des sit-in au cours des deux dernières années reflète notre détermination à être entendus. La décision de boycotter a été prise à l’unanimité par les étudiants en médecine de tout le Maroc. Nos assemblées générales sont le théâtre de discussions vigoureuses, où nous décidons collectivement de nos actions futures. Ce que nous cherchons avant tout, c’est l’établissement d’un dialogue constructif avec les responsables, sans plus de fausses promesses. Nous exigeons une solution viable et bien pensée à la réduction du cursus d’études et une amélioration significative des conditions actuelles. Notre lutte continuera jusqu’à ce que ces attentes soient pleinement prises en compte et que des mesures concrètes soient mises en place.

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