Najwa El Barrak : "La communauté marocaine est respectée en Corse"


Le 27 août 2023, une tête de sanglier était déposée devant le consulat du Maroc en Corse à Biguglia. Depuis, beaucoup crient au racisme antimusulman sur l’Île de Beauté, mais la principale représentante du Royaume sur place a un avis tout-à-fait différent. Et tient à souligner les “excellentes relations” qui, à ses yeux, prédominant entre Marocains et riverains.

L’incident récent du dépôt d’une tête de sanglier devant le consulat du Maroc en Corse a suscité un vif émoi. Comment avez-vous, à titre personnel, vécu la chose?
Cet incident a été surprenant pour nous, d’autant plus que le consulat entretient d’excellentes relations avec les riverains et que notre personnel n’a de différends avec personne. A cet égard, il serait hâtif, à mon avis, de suggérer que cet acte est directement lié au consulat. En effet, de telles actions peuvent survenir même entre les Corses. En outre, la communauté marocaine en Corse est, je peux vous l’assurer, très respectée. Quoiqu’il en soit, nous avons déposé une plainte. J’en profite aussi pour souligner la prompte réaction des autorités corses. Je tiens notamment à saluer le soutien que nous avons reçu de la part de la présidente de l’assemblée de Corse, Marie-Antoinette Maupertuis, du maire, Sauveur Gandolfi Scheit, et d’autres élus locaux. Des citoyens corses lambdas nous ont également fait parvenir des fleurs et des cartes postales.

A quoi ressemble en général la vie d’un Marocain en Corse?
Environ 40.000 Marocains vivent en Corse. Leur présence remonte aux années 1960. Ces ressortissants, souvent de troisième génération, se sont principalement installés pour travailler dans l’agriculture et la construction. Selon une étude préliminaire menée par les services du consulat général, ils rencontrent généralement peu de problèmes. Le fait que le Maroc soit le seul pays avec une représentation consulaire étrangère sur l’île est aussi, par ailleurs, pour témoigner de la force de la communauté sur place.


Un article récent du Monde avait évoqué le “nouveau visage maghrébin et gitan” de la mafia en Corse, en citant notamment le nom d’un Marocain. Ce genre d’informations n’est-il, selon vous, pas de nature à altérer l’image de nos concitoyens auprès des Corses?
Il est, à mon avis, essentiel de ne pas se laisser influencer par une vision biaisée. Ces allégations concernent des affaires internes à la Corse, et nous préférons rester en retrait. La vérité est complexe, et il est inapproprié de faire des amalgames hâtifs en impliquant la communauté marocaine. En réalité, les médias locaux se concentrent davantage sur les actions des nationalistes et tentatives “séparatistes” des Corses que sur des sujets liés à la mafia. Dans les années 1970 et 1980, les nationalistes corses protégeaient même la communauté marocaine quand il y avait des attentats. Il est toutefois important de souligner que jusqu’à présent, aucun ressortissant marocain n’a été sollicité au consulat en relation avec une affaire de mafia.

On annonce ici et là une augmentation du nombre travailleurs saisonniers marocains en Haute-Corse en particulier. Un mot sur la collaboration entre le Maroc et la Corse au niveau du secteur agricole?
Depuis des années, la Corse a une tradition de culture des agrumes, en particulier les clémentines. A ce titre, la demande pour les saisonniers marocains est passée de 6.300 travailleurs en 2018 à près de 16.000 en 2022. Les Corses sont au fait de la capacité de travail de nos concitoyens. Cette année par exemple, 1.200 saisonniers marocains sont par exemple attendus à partir d’octobre 2023 en Corse pour participer à cette récolte. Ce flux va s’organiser entre le 6 octobre et le 2 novembre via des vols commerciaux, les frais étant pris en charge par les producteurs eux-mêmes.

Cette augmentation s’explique aussi par la signature récente, en juillet 2023, d’une convention entre l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII), la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA), un syndicat agricole français, et, du côté marocain, l’Agence nationale de promotion de l’emploi et des compétences (ANAPEC). Cette convention vise à faciliter le recrutement de travailleurs saisonniers agricoles marocains par des exploitants français. D’ailleurs,depuis mon arrivée, j’ai collaboré avec différentes associations pour améliorer leurs conditions de travail. En plus,je suis régulièrement sollicitée par des entreprises agricoles mais aussi artisanales, et nous discutons constamment des opportunités pour les Marocains.

Au niveau institutionnel, que prévoit-on de faire pour raffermir les relations maroco-corses?
Les relations entre la Corse et le Maroc sont profondes et diversifiées. Nous planifions plusieurs initiatives pour renforcer ces liens. Par exemple, nous souhaitons collaborer avec l’Académie du Royaume du Maroc pour explorer les archives et mieux comprendre notre histoire commune. Le passage de la famille royale marocaine en Corse est toujours rappelé avec affection, en particulier le séjour de feu Sa Majesté Mohammed V. Puis, malgré l’importance du passé, il est aussi crucial de se concentrer sur le présent et le futur. Plusieurs investisseurs corses s’intéressent au Maroc, et nous travaillons également à établir une ligne aérienne directe entre la Corse et le Maroc. Notre objectif est de promouvoir la culture marocaine en Corse tout en veillant aux intérêts de nos citoyens.

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