Najib Akesbi : "Il y a une relation directe entre la rente et l'inflation"


Le haut-commissaire au plan, Ahmed Lahlimi, vient d’annoncer que l’inflation que connait actuellement le Maroc est structurelle en raison du choc sur l’offre agricole et donc alimentaire. Partagez-vous la même vision ?
Actuellement, la situation économique et agricole au Maroc est préoccupante et ça fait des années qu’on le crie. La politique agricole actuelle est centrée sur la production pour l’exportation. Elle n’est pas destinée à la consommation interne. Si cette dernière est insuffisante, cela implique des importations qui peuvent être subventionnées et qui ont un effet sur l’inflation. Aujourd’hui, l’inflation a atteint un niveau élevé, en grande partie en raison de l’augmentation des prix des produits alimentaires.

Cette situation est due à la fois aux facteurs externes, tels que l’augmentation des prix des matières premières, et aux facteurs internes, tels que les problèmes de productivité agricole. Le Maroc dépend beaucoup des importations de produits alimentaires, ce qui rend le pays vulnérable aux fluctuations des prix sur le marché international. C’est pourquoi nous devons développer une politique agricole qui renforce la souveraineté alimentaire et encourage la production locale de denrées alimentaires avec une dimension durable.


Comment peut-on améliorer la productivité agricole au Maroc et renforcer la sécurité alimentaire ?
Tout d’abord, Il est nécessaire de mettre en place des mécanismes de régulation pour encourager l’augmentation de la production et de la productivité. Cela passe notamment par une utilisation plus efficace des terres, en se basant sur la carte de vocation agricole des terres. Il est également important d’assurer une gestion durable des ressources en eau pour pérenniser la production. Il faut également moderniser les méthodes de production en utilisant des techniques agricoles innovantes et des technologies adaptées aux conditions locales. En outre, il est important de réorganiser les circuits de distribution et les marchés de gros pour mieux connecter les producteurs aux consommateurs.

Est-il possible de réguler l’inflation au Maroc aujourd’hui ?
Il est d’abord important de renforcer la production locale de denrées alimentaires pour réduire la dépendance aux importations. Ensuite, il faut réguler les prix des produits alimentaires pour éviter les fluctuations excessives et protéger les consommateurs. La régulation des prix des produits alimentaires passe par une politique de subventions appropriée, qui ne doit pas être un retour à l’ancien système de la Caisse de compensation qui a été détourné. Il est également nécessaire d’organiser les circuits de distribution pour éviter les effets du marché noir et de la spéculation.

Il est également nécessaire de moderniser les circuits de distribution pour éliminer les pratiques spéculatives et les monopoles qui peuvent entraîner des hausses de prix injustifiées. Les marchés de gros sont un scandale. Ça fait plus de 40 ans qu’on en parle mais sans que rien ne change. Il n y a pas de volonté politique pour changer ça parce que c’est au coeur de la rente. C’est les fondements d’un système clientéliste et pas d’un gouvernement. Il y a une relation directe entre la rente et l’inflation. Enfin, il faut mettre en place des mécanismes de régulation financière pour éviter la création d’une bulle spéculative qui pourrait causer une augmentation des prix à long terme.

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